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Politique

#Poutou2017

L’abstention comme vote sanction ?

Crédit photo : JACQUES DEMARTHON - AFP S’il est difficile d’être sûr du binôme qui s’affrontera au second tour, il est en revanche évident que le mythe du grand moment démocratique que voudrait représenter le bulletin glissé dans l’urne une fois tous les cinq ans ne convainc plus grand monde. A la perte d’illusion quant aux éternelles promesses non-tenues des politiciens corrompus, l’abstention est-il le vrai vote utile ?

S’abstenir, la voix anti-système ?

« L’abstention est le premier parti de France. » Face aux politiciens corrompus, aux multiples promesses non tenues depuis toujours, à l’approfondissement de la crise sans qu’aucune solution viable ne soit mise en place, autre que l’augmentation de notre temps de travail, la réduction de notre pouvoir d’achat et la multiplication de nos licenciements, une grande partie de la population en France se destine à refuser d’aller voter à ces présidentielles. Selon un sondage Ifop, seuls 68 % des inscrits sur les listes électorales se disent certains d’aller voter. Ce alors que les élections présidentielles sont historiquement un moment phare de la Cinquième République, obtenant généralement le plus gros score de participation, autour de 80 %.

Mais en 2017, il semble en être autrement. Après presque une décennie de crise économique, et sociale, ces présidentielles « toboggans » sont bien plus le théâtre de l’effondrement des principaux partis de la Cinquième République que celui de l’émergence d’un projet stable pour les classes dominantes françaises, d’un cheval de bataille qui leur assurera une « paix sociale » suffisante, un bloc social solide pour continuer leurs grandes casses de nos conquis sociaux.

Le mouvement contre la loi travail du printemps dernier, auquel ont participé des milliers de jeunes, de travailleurs, avec ou sans travail, soutenus par une écrasante majorité de la population, aura continué d’entamer la légitimité d’un gouvernement Hollande-Valls battant déjà des records d’impopularité. La loi travail, passée à coups de 49-3 et de matraques, aura terminé la rupture de la base sociale du PS avec ce parti historique de la Cinquième République. Un bateau bien en détresse que la candidature Hamon est venue couler un peu plus.

Et alors qu’au lendemain des Primaires de la droite, tout le monde se préparait déjà à un prochain gouvernement Fillon, malgré les souvenirs encore bien vivants de son prédécesseur Sarkozy consciemment écarté du pouvoir en 2012, les affaires sans fin du très corrompu candidat ont entrainé dans la chute l’ensemble du second parti traditionnel républicain.

Il nous faudrait donc choisir entre du « renouveau » macronien dont le libéralisme décomplexé se situe largement dans la suite du précédent gouvernement, de la xénophobie lepéniste dont les relents familiaux ne parviennent plus à être camouflés derrière une pseudo-dédiabolisation, ou un tribun Insoumis qui mêle aux bonnes idées d’augmentation des salaires un dangereux chauvinisme. Ou alors encore, des candidats dont on sait qu’ils ne parviendront pas à être au second tour.

Face à ce constat, il est certain que le choix de ne pas aller voter peut être attirant. S’abstenir pour clamer que l’on n’est pas dupe de leurs mensonges en chaine. S’abstenir pour assurer que l’on n’a pas d’illusion sur la fausse démocratie qui voudrait nous faire croire à un sauveur suprême une fois tous les cinq ans. S’abstenir pour refuser de ne choisir que le moins pire. Autour de nous, parmi nos amis, familles et camarades, nombreux et nombreuses sont celles qui, dégoûtés, veulent choisir cette voix-là. Mais si l’abstention a de multiples « pourquoi » légitimes, et que l’on est nombreux à partager, ce sont les « pour quoi » qui semblent moins conséquents.

S’abstenir, c’est constater. S’abstenir, c’est critiquer. Mais en dernière instance, s’abstenir c’est aussi laisser faire. C’est aussi de fait, rester en spectateurs - certes critiques - de ce théâtre des hypocrites.

Voter pour la seule voie conséquente face à ce système

Aux serviteurs des classes dominantes, qui cherchent la meilleure tactique pour mener à bien leur projet, la tête la plus consensuelle pour parvenir à la fin des 35h, de la sécurité sociale, des CDI etc, les jeunes, les travailleurs, avec ou sans travail, ont bien plus à opposer qu’un rôle de spectateurs-critiques. Alors que l’engrenage présidentielle traditionnel semble bien rouillé, nous pouvons ou bien le regarder hésiter sur quel produit réparateur choisir, ou bien vouloir nous préparer à porter le coup décisif.

Si pour la première fois, nous avons vu des Fillon ou Marine Le Pen laissés sans voix par Philippe Poutou, ce n’est pas seulement parce qu’il a trouvé les bons mots. Mais bien plutôt parce qu’il a incarné la seule réponse réelle face à la montée des idées réactionnaires : par la stature d’un ouvrier militant, qui fait le choix de ne pas se taire, de « prendre ses affaires en main », d’énoncer clairement que la seule frontière réelle qui existe dans nos sociétés est une frontière de classe, entre ceux qui possèdent les moyens de produire et de s’enrichir, et ceux et celles qui n’ont le choix que de se vendre à l’un d’entre eux.

Philippe Poutou est une voix indispensable lors de ces présidentielles, une victoire démocratique face aux verrous républicains, un « clasheur » sans égal lors du débat à 11. Mais il n’est pas seulement le plaisir des yeux et des oreilles. Il est aussi la proposition d’un passage à l’offensive pour tous ceux et celles qui ont compris le mensonge qu’incarnent ces élections. L’appel à organiser une force sociale majoritaire, des exploités et des opprimés, des jeunes, des travailleurs, avec ou sans travail, des classes populaires, qui est seule capable de s’affronter aux projets des classes dominantes. Il est l’affirmation que du constat il faut tirer les conclusions en positif : leur démocratie n’en est pas une, et leurs bouffons présidentiables ne nous convainquent plus, faisons alors le choix de décider pour nous-mêmes, et de renverser leur banquet électoral par la promesse d’une réponse de taille aux prochaines attaques.

C’est le sens du vote pour Philippe Poutou au premier tour. Ne pas se taire, ne pas baisser les bras, mais envoyer un signal fort, de combat, d’organisation de notre classe pour enfin, renverser le rapport de force. Que Philippe Poutou ne veuille être Président d’un système bien verrouillé en la faveur des classes dominantes, c’est une chose. Néanmoins le score qu’obtiendra une voix ouvrière, anticapitaliste, révolutionnaire, qui affirme la solidarité de classe face à leur monde, n’est pas anodin, plus haut il sera, plus fort sera le message passé aux dirigeants actuels et futurs de ce monde.




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