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Politique

Benalla Acte II, le coup de grâce pour Macron ?

L’affaire Benalla s’immisce dans les rangs de la majorité

L’affaire Benalla n’en finit pas de faire trembler l’Elysée. En pleine crise des gilets jaunes, Macron doit de nouveau faire face au scandale et essuie des critiques acerbes de la part de sa majorité parlementaire.

Après les révélations de Médiapart et du Monde concernant les voyages d’affaires d’Alexandre Benalla en Afrique et Israël à l’aide d’un passeport diplomatique, c’est au tour de la majorité La République En Marche de se désolidariser du gouvernement et de sa gestion du scandale, jusqu’à parler de « faute des services de l’Elysée » et de « dysfonctionnement grave de l’Elysée ». Ces mots de la députée LREM Cendra Motin marquent un tournant dans l’affaire, puisque c’est la première fois que le gouvernement se voit défié par sa majorité qui s’aligne sur l’opposition pour exiger la « vérité » sur l’affaire.

L’entrée dans la danse des députés de LREM n’est pas anodine, et témoigne de la gravité de la situation pour le pouvoir en place. A plusieurs égards, ce scandale pourrait bien marquer le coup de grâce pour Macron. Les fissures, déjà palpables au sein du bloc de la majorité LREM, s’approfondissent nettement. Une fragilité supplémentaire pour la Macronie qui compte, à seulement 18 mois de son élection, maintenir son programme de contre-réforme pour la fin du quinquennat et nécessite pour cela la validation de sa majorité.

D’une part, cette seconde affaire Benalla met en lumière l’inefficacité des commissions d’enquête parlementaires, devant lesquelles l’ex-chargé de mission avait pu échapper à toute condamnation en déclarant simplement sur son honneur qu’il ne disposait plus d’aucun passeport diplomatique. Aujourd’hui, la sénatrice Europe-Ecologie-Les Verts (EE-LV), Esther Benbassa, membre de la commission des Lois, est bien obligée d’admettre qu’il s’agit désormais d’une « Affaire d’Etat ». L’affaire résonne d’autant plus que s’expriment, au sein du mouvement des gilets jaunes, des aspirations démocratiques, qui revendiquent la suppression du Sénat et la révocabilité des élus.

D’autre part, la justice de classe est mise à nue. Alors que des dizaines de gilets jaunes sont traduits en justice et mis en prison pour des tags ou des mises en scènes carnavalesques du président, Alexandre Benalla court l’Afrique avec des industriels sous protection diplomatique de l’Etat français quelques mois après avoir été pris la main dans le sac en train de tabasser des manifestants. Et si l’opposition et la majorité exigent des poursuites judiciaires pour parjure, il faut rappeler que l’impunité dénoncée est tout de même le fruit des enquêtes menées par les commissions dans lesquelles toutes ces forces politiques ont siégé. C’est donc une fois dos au mur que les rats décident de quitter le navire.

Enfin, cet acte II de l’affaire Benalla-Macron pourrait coûter très cher à l’Elysée. Alors qu’en juillet dernier le Président parvenait tant bien que mal à conserver sa figure jupitérienne en prenant toute la responsabilité de l’affaire, et en assurant que Benalla était écarté, cette affaire du passeport diplomatique met de nouveau à jour les passe-droits dont l’intéressé a continué à bénéficier. Et les mensonges présidentiels. Car si l’Elysée essaie de montrer patte blanche en assurant avoir demandé la remise des passeports diplomatiques après la démission de Benalla, en menaçant de révéler les dessous du pouvoir, Benalla pourrait en faire surgir d’autres.
La crise est donc plus importante que jamais, et pourrait amplifier la colère sociale. C’est d’ailleurs ce que résume Jean Christophe Lagarde, président de l’UDI, lorsqu’il s’inquiète des conséquences de ce scandale sur le pouvoir, « déjà si fragile ». Affaire à suivre.




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