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Mobilisations au Pérou

L’ancien président Fujimori gracié pour Noël ? La mobilisation s’organise au Pérou

Ce 24 décembre, le gouvernement de Kuczynski a donné la grâce présidentielle à Alberto Fujimori accusé de corruption et de crimes contre l'humanité. La mobilisation de la population pour s'opposer à la mesure gouvernemental a démarré pendant la nuit.

Afin d’attirer la sympathie d’un secteur des fujimoristes qui avaient voté contre la cessation du président de la République péruvien, Kuczynski, s’appuyant sur le conseil de ministres et sur les prérogatives de son investiture, a donné la grâce présidentiel à l’ancien président Alberto Fujimori, qui était condamné pour des crimes contre l’humanité.

Kuczynski devient ainsi le président ayant donné la grâce présidentielle à l’un des mandataires les plus corrompus et génocidaires de l’histoire péruvienne. Pendant son mandat de 10 ans, Fujimori a orchestré le coup d’état civico-militaire qui a permis d’instaurer un nouveau régime juridique qui a légalisé le pillage néolibéral, et il s’est également enrichi illégalement en violant systématiquement les droits les plus élémentaires. Fujimori est accusé de nombreux crimes contre des étudiants et un professeur de l’université la Cantuta, la tuerie de "Barrios Altos", l’assassinat du dirigeant syndical Pedro Huilca Tecse, l’assassinat de l’ancien agent des renseignements généraux Mariela Barreto et la torture de Leonor La Rosa, entre autres.

Il faudrait rappeler que le président Kuczynski a réussi à battre Keyko Fujimori au second tour des élections présidentielles de 2016, tout en assurant que pendant son gouvernement il n’y aurait pas de grâce présidentielle pour Alberto Fujimori. Cette promesse électorale lui a valu le soutien de certaines forces politiques, telles que celle de Veronika Mendoza et d’un secteur de la "gauche" qui l’a considéré comme le moindre mal qui pourrait permettre à la population péruvienne d’éviter le retour de la dictature "fujimoriste" et précisément la grâce présidentielle à Alberto Fujimori, qui était l’un des axes centraux de la campagne de Keyko Fujimori.

Cette "gauche" a oublié le fait qu’entre le PPK et le "fujimorisme", il existe une identité commune qui est celle de la défense et la promotion du néolibéralisme qui défend les intérêts des patrons, et qui a bénéficié les business des entreprises comme Odebrecht.

Ce nouvel épisode de la crise politique ouverte au Pérou avec la démonstration du passé lobbyste de Kuczynski a permis de mettre une fois de plus en lumière le degré de décomposition des pouvoirs étatiques et l’épuisement d’un régime politique qui est né précisément des entrailles de ce régime qui est rongé jusqu’au bout. Il serait urgent de lutter pour une Assemblée Constituante libre et souveraine, qui émane de la lutte et la mobilisation des travailleurs et du peuple, qui permette a la population de tout discuter, sans aucune imposition ou conditionnement.

Le défi actuel est celui d’arriver à imposer cette Assemblée Constituante avec la mobilisation. C’est le défi actuel de tous les jeunes qui se sont mobilisés dimanche dans différentes régions du pays contre la grâce présidentielle. Mais cette mobilisation de la jeunesse, bien qu’importante, elle n’est pas suffisante. Il faudrait que les centrales syndicales comme la CGTP, Construction civile, SUTEP, la Confédération Paysanne du Pérou, la Fédération des mineurs, etc appellent à une réunion nationale élargie pour discuter d’un plan de lutte et d’un appel à une grève nationale contre la grâce présidentielle et pour une Assemblée Constituante libre et souveraine. C’est la meilleure façon de lutter contre ce gouvernement et contre Fujimori, tout en cherchant à développer la mobilisation.




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