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Nouveauté en librairie

L’anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital

Nouveauté en librairie : L’anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital d’Andreas Malm propose une analyse radicale de la question de l’anthropocène. Nous en proposons ici un compte-rendu de lecture.

Il y a, parfois, du vocabulaire scientifique qui se retrouve à la mode, repris par les médias généralistes. L’anthropocène en est un bon exemple. Ce terme est évoqué pour la première fois par Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, et se définit comme la nouvelle ère géologique succédant à l’holocène (époque géologique des 10 000 dernières années). Concrètement, la théorie de l’anthropocène consiste à penser que nous sommes entrés dans une période où l’espèce humaine et ses activités ont atteint une influence telle qu’elle se trouve désormais être la force géologique majeure.

Le problème de la théorie anthropocènique vient de sa lecture imprécise de l’histoire et de ses acteurs, lecture qui est en fait une dépolitisation et une déshistorisation de la question écologique. L’ouvrage permet de revenir, de manière très didactique, sur ces questions.

Si la conséquence des activités humaines sur le climat ne fait plus de doute aujourd’hui, chaque année étant plus chaude que la précédente, il convient d’en comprendre l’origine pour pouvoir espérer changer cet état de fait.

À propos de l’anthropocène, les théoriciens classiques nous expliquent que l’espèce humaine a suivi une évolution logique depuis que les premiers hominidés ont contrôlé le feu, traçant ainsi la voie, plusieurs millénaires plus tard, vers la maîtrise de la vapeur et des énergies fossiles et la destruction progressive de notre environnement. En recherchant ainsi des origines millénaires et transhistoriques qui seraient innées à la nature humaine, on décrit une humanité homogène à la responsabilité diffuse face à la question écologique.

Malm nous apprend qu’il faut voir, non dans la maîtrise du feu mais dans la maîtrise de la vapeur, le début de notre rapport auto-destructeur à notre environnement. Et cette maîtrise, bien loin d’être le fait d’une humanité consciente de ses activités, trouve son origine dans une minorité, les propriétaires, hommes blancs, des moyens de production britanniques au XVIIème siècle. Ceux-ci ont réussi à imposer l’utilisation de la vapeur dans l’industrie textile, remplaçant ainsi l’industrie hydraulique. Ce glissement se fait, non parce que la vapeur est plus rentable, l’eau étant une ressource infinie et gratuite, mais parce qu’elle permet de discipliner la main d’oeuvre et une rationalisation de la production, en plus d’être un outil privilégié pour les guerres impérialistes. L’origine de l’anthropocène ne vient pas d’un développement interne à l’espèce humaine, et donc inéluctable, mais est la conséquence de rapports sociaux et historiques spécifiques, ceux du capitalisme naissant.

Au-delà de la question historique du point de départ de l’anthropocène, il s’agit d’une problématique des plus actuelles qui permet de comprendre les rapports de domination internes à l’espèce humaine.

Les pays capitalistes avancés du Nord représentent 18,2 % de la population mondiale, mais sont responsables de 72,2 % des émissions de CO2. Un habitant des États-Unis moyen, sans tenir compte des différences de classes, consomme autant que 500 habitants d’Éthiopie, du Tchad ou du Burundi. Il est difficile de voir alors le genre humain comme un seul et même agent géologique, partageant sa responsabilité de manière égale. De plus, face à la catastrophe qui s’annonce, il serait bien naïf et erroné de penser que nous serions égaux face aux changements climatiques. Ainsi, face à la menace de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, ce sont les quartiers blancs et riches qui ont été évacués en premier, abandonnant les habitants les plus pauvres à leur sort. Ce sont également les pays du Sud, les plus fragiles, qui sont les plus touchés par la montée du niveau de la mer. Le récit anthropocènique permet aux pays les plus riches de se décharger de leurs responsabilités, face à la question des réfugiés climatiques par exemple, tous les pays étant autant responsables, puisque c’est l’humanité en tant qu’entité qui l’est. Enfin, face à la catastrophe climatique, les plus riches, eux, auront toujours un canot de sauvetage.

Penser la question écologique du point de vue de ce que l’on pourrait appeler le capitalocène, c’est-à-dire l’ère géologique où le capitalisme régit l’ensemble du système de production et de nos rapports sociaux, permet d’imaginer un futur où l’Homme, débarrassé du capitalisme et de la croissance comme seule perspective, aurait une relation saine avec son environnement. C’est la perspective ouverte par ce livre qui regroupe quatre textes de l’auteur, jusqu’ici indisponibles en français, permettant de saisir les enjeux de la question écologique. À travers une histoire de l’économie fossile et un focus sur la transition de la production hydraulique à la vapeur, particulièrement incroyablement documentée et originale, il expose les quelques arguments cités plus haut. Mais surtout, le dernier texte « La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer : sur la révolution dans un monde qui se réchauffe » ouvre – la première partie du titre reprenant celui d’un texte titre de Lénine – des perspectives de luttes pour tous ceux qui ne comptent pas laisser une classe minoritaire exploiter notre planète et faire payer à la majorité de la population les pots cassés.

L’anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital. Andreas Malm, éditions La fabrique, avril 2017. 15 euros. 250 pages.

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IMAGE : Nini La Caille




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