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Politique

En référence à American Nightmare

L’appel à une « purge » le soir d’Halloween : de la blague à la garde à vue

Ce week-end, un message appelant à « la purge » pour le soir d'Halloween dans les quartiers populaires est devenu viral sur l'application Snapchat. L'auteur à l'origine du premier message a affirmé qu'il s'agissait d'une « blague » et a appelé les jeunes des quartiers populaires à ne rien faire. Il a pourtant été placé en garde à vue.

Crédit photo : DR

À l’origine de l’affaire, une story Snapchat lancée ce week-end appelait « tous les mecs de Grenoble » à « la purge » le soir du 31 octobre. Le message comportait notamment les mots suivants : « tous les coups sont permis : toutes le zones & les quartiers montent une équipe, quand 2 équipes se croisent elles sont obligées de s’affronter !!! A toutes les autres, restez chez vous ».

Dans ce message original donc, la police n’est pas la principale cible – bien que certaines « règles » la mentionnent, notamment 4 - toute intervention des forces de l’ordre doit être sanctionnée en leur tirant dessus. Il s’agit d’une référence aux films et à la série The Purge (American Nightmare), dans lesquels les habitants des États-Unis sont autorisés à commettre tous les crimes pendant une nuit.

Cependant l’appel est devenu viral en étant repris sur les réseaux sociaux, et ce au-delà des quartiers populaires de Grenoble : des messages ont notamment circulé appelant « tous les quartiers du 93, 94, 92, 91, 95, 77, 78... » ou encore plus spécifiquement Corbeil-Essonnes – où déjà ce dimanche, des véhicules dont des voitures de police ont été détériorés ou brûles après que le tournage d’un clip de rap ait été interrompu et interdit par la police.

Lundi, ce sont Cristophe Castaner, ministre de l’Intérieur, ainsi que le directeur départemental de la sécurité publique de l’Essonne qui réagissaient en portant plainte pour provocation à la violence.

Oui mais voilà, l’auteur de l’appel a annoncé sur Twitter qu’il s’agissait d’une « grosse blague » et que la « rumeur » aurait ensuite enflé, échappant de son contrôle. Il précise ensuite : « à tous les jeunes des quartiers, à toutes les personnes, ne faites absolument rien » et « ça ne sert à rien de vous affronter ».

Ce jeune de 19 ans a été placé en garde à vue et ce après s’être rendu au commissariat par lui-même. À l’heure actuelle, on ne sait pas si il en est sorti. Christophe Castaner affirmait hier qu’« il sera poursuivi ». Rien de bien surprenant de la part du nouveau ministre de l’Intérieur qui, dans la droite lignée de ses prédécesseurs, affiche une ligne ultra-répressive envers les quartiers populaires. Dans le Val d’Oise, un jeune de 16 ayant relayé l’appel en édictant de nouvelles règles a également été placé en garde à vue ce mardi.

Au vu de l’ampleur du phénomène sur les réseaux sociaux, difficile de séparer ce qui relève de la rumeur ou de la « blague » et ce qui représenterait de réels appels à la violence pour le soir du 31 octobre. Mais ce qui ne fait pas de doute, c’est que s’exprime là un réel mal-être et une colère légitime chez les jeunes des quartiers populaires, victimes du racisme dÉtat et de violences policières systématiques – on pense notamment au meurtre d’Adama Traoré et à l’acharnement judiciaire dont est victime sa famille qui se bat pour faire éclater au grand jour la vérité sur sa mort.

Et la réponse du gouvernement est on ne peut plus simple : toujours plus de répression. Car les forces de répression s’appliquent aujourd’hui à placer des jeunes en détention de manière préventive, cherchant le moindre prétexte pour criminaliser celles et ceux qui vivent dans les quartiers populaires, au seul prétexte qu’ils ont relayé ce qui s’avère pour l’heure être avant-tout parti d’une blague, une référence à la pop culture.




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