^

Monde

Palestine

L’armée israélienne abat deux jeunes Palestiniens à Jénine

Tsahal a encore frappé. La vie de deux jeunes palestiniens ont été prises par l'occupant dans le camps de réfugiés de Jénine, dans le Nord de la Cisjordanie occupée.

Crédit photo : MENAHEM KAHANA / AFP/Archives

Saad Salah, âgé de 21 ans et originaire de Jénine, et Awss Salameh, 17 ans, né dans le camp de réfugiés de la ville, ont été abattu dans la nuit de mardi à mercredi. Le premier a été tué d’une balle dans la tête, il est mort sur le coup tandis que le second a succombé de ses blessures à l’hôpital. Un troisième palestinien a été touché à la jambe.
Les corps des deux tués ont été portés par une foule immense jusqu’au cimetière, recouverts de drapeaux palestiniens. Durant les funérailles, des membres de la famille de Saad Salah ont affirmé que les deux Palestiniens avaient été exécutés. Adnan Salah, le frère de Saad, affirme qu’il ne faisait rien, qu’« il revenait dans le camp et a été surpris de voir des soldats ». Comme pour beaucoup de palestiniens, cela lui a été fatal.

Selon Tsahal cela ne s’est pas passé ainsi. « Pendant la nuit, durant une opération de l’armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine, des hommes armés palestiniens ont ouvert le feu sur les forces [israéliennes] et des attaquants ont lancé des engins explosifs sur les forces. En réponse à la menace immédiate, les forces ont tiré vers les attaquants. », a déclaré l’armée dans un communiqué. Aucun soldat n’a été blessé, a indiqué une porte-parole de l’armée en refusant de préciser pour quelle raison les militaires se trouvaient dans le camp de réfugiés de Jénine.

La répression s’accentue.

Mardi, a annoncé l’armée, des soldats israéliens ont mené une opération dans le village de Teqoa en Cisjordanie où vivait un Palestinien qui, la veille, avait foncé sur des soldats à un check point, blessant l’un d’entre eux. « Les troupes ont fouillé le domicile du terroriste et ceux de sa famille, et saisi des matériaux d’incitation [à la violence] », a déclaré l’armée dans un communiqué.
Entre lundi soir et mardi, l’armée a arrêté 15 Palestiniens en Cisjordanie, qui sont soupçonnés de jets de pierres, de participation à des émeutes et d’autres formes de « terrorisme populaire », a annoncé l’armée. Le terrorisme populaire a aussi un autre nom, la résistance.
L’armée a mené des opérations matinales en Cisjordanie mercredi, arrêtant 21 suspects palestiniens, principalement recherchés pour des jets de pierres et des participations à des manifestations violentes, a annoncé l’armée. Trois seraient du Hamas.
En général, il est rare que l’armée israélienne ne se venge pas après avoir subit une attaque.

Il y a un mois le sang palestinien avait déjà coulé

C’est proche de Jénine, près de l’entrée de la colonie illégale Mevo Dotan, que le mois dernier une jeune palestinienne âgée de 16 ans avait été abattue après avoir attaqué au couteau un soldat israélien, le blessant légèrement. Elle avait reçu plus de 10 balles dans le corps. Une vidéo montre l’adolescente à terre, perdant son sang, insultée par les colons qui la traitent de « pute » et lui disent qu’elle « mérite de mourir ». Comme dans d’autres situations similaires, les forces d’occupation ont empêché les Palestiniens de la secourir et de l’emmener à l’hôpital de Jénine, à quelques kilomètres. Les soldats ont choisi de la laisser se vider de son sang pendant plus d’une heure, avant de l’emmener en territoire 48, à des dizaines de kilomètres de distance, la condamnant ainsi à mort.

Jénine un foyer de résistance

Lors de l’Intifada de 2002, dans le cadre de l’opération Rempart, Tsahal avait envahit le camp de réfugiés de Jénine, considéré comme « une pépinière de Kamikazes ». L’opération avait duré 16 jours, du 3 au 19 avril. Cette opération a fait, selon des sources palestiniennes, entre 400 à 500 morts du côté palestinien. Selon le spécialiste des questions de défense du quotidien Haaretz, Zeev Schiff, il y aurait eu 200 morts. Le colonel Ron Kitri, porte-parole de l’armée israélienne, reprenait ce chiffre. Il y a eu 23 morts parmi les soldats israéliens et 60 blessés. Plusieurs milliers d’habitants de Jénine ont dû fuir la ville au début de l’opération, 1600 personnes ont disparues. Environ 160 habitations ont été totalement détruites dans le camp et de nombreuses autres ont été endommagées, plus de 4 000 personnes se sont retrouvées sans abri. Les forces israéliennes ont fait face à une forte résistance palestinienne. Une partie du camp a été rasé au bulldozer. Shimon Pérès avait qualifié l’opération de « massacre ». Human Rights Watch estimait que les « Forces de Défense Israéliennes [avaient] commis des crimes de guerre ». Cette forte résistance palestinienne est restée dans l’imaginaire collectif. Avec cette recrudescence de provocations et de meurtres de la part de Tsahal, la situation pourrait bien donner lieu à des poussées de résistance plus actives du peuple palestinien et encore plus dans le camp de réfugiés de Jénine où l’on a ni oublié le massacre ni l’héroïque résistance. Tous ces meurtres ne doivent pas rester impunis.




Mots-clés

Israël   /    Palestine   /    Monde