Monde

Erdogan à l’offensive contre les Kurdes

L’armée turque pilonne le Rojava

Publié le 29 août 2016

On savait que l’entrée des troupes turques sur le territoire syrien pour participer à l’offensive contre Daech relevait tout autant de la nécessité, pour Ankara, de mettre hors-jeu son ancien protégé que de limiter le plus possible l’avancée des YPG, les unités combattantes du PYD, pour empêcher l’unification des cantons kurdes du Nord de la Syrie. Les en empêcher y compris en bombardant tout sur son passage.

Ciro Tappeste

Recep Tayyip Erdogan est connu pour ne pas faire dans la finesse. Ses dernières déclarations sur la Syrie en sont l’illustration. Pour le président turc, Daech et les milices kurdes de gauche du PYD, c’est la même chose. Après avoir donné le feu vert à ses troupes de pénétrer sur le territoire syrien pour mener une série d’offensives tactiques contre les positions de l’État islamique, l’objectif actuel est de contenir, par tous les moyens possibles, l’avancée des combattants kurdes syriens, et ce alors que son offensive contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan, de part et d’autre de la frontière turco-iraquienne, se poursuit.

Les combattants du PYD ont pourtant été en première ligne, depuis la bataille de Kobanê, en novembre 2014, contre les avancées de l’État islamique. En dépit de l’ensemble des gages que le courant syrien du PKK a pu donner (projet d’un Rojava autonome dans le cadre de la Syrie, dans l’esprit du « confédéralisme démocratique », et non d’un Kurdistan syrien comme pointe avancé d’un Kurdistan unifié), tentative de rapprochement avec les États-Unis, pour opérer sur le terrain comme troupes au sol des Américains qui se contente de bombarder, c’est bel et bien cette même coalition pilotée par Washington qui a lâché les Kurdes depuis mercredi, lorsqu’un premier bataillon turc épaulé de cinquante blindés a pénétré en Syrie.

Washington a relayé l’appel d’Ankara à ce que les troupes kurdes se retirent à l’Est de l’Euphrate et ne relient pas la bande de terre qui sépare le canton de Kobanê de celui d’Afrîn, sur le littoral. Tout en bombardant lourdement des villages kurdes au Sud de Jabalus, le gouvernement turc a instrumentalisé les heurts communautaires entre kurdes et communautés turcophones qui répondent à différentes milices, dans le Nord de la Syrie, pour accuser le PYD de « nettoyage ethnique ». Indépendamment de la politique du PYD, le fait que cette accusation vienne d’un gouvernement qui a rasé des dizaines de villages kurdes dans le Sud-est de la Turquie est à l’image de la veulerie d’Erdogan et de ses alliés de l’OTAN qui ont tôt fait de choisir entre l’armée turque et les milices kurdes, maintenant qu’ils estiment ne plus avoir besoin d’elles.

Le prochain coup devrait porter sur la ville de Manbij, libérée de l’emprise de Daech par les YPG le 12 août dernier. Ceux-là même qui ont été en première ligne contre l’État islamique depuis Kobanê se retrouvent sacrifiés sur l’autel du Grand Jeu des impérialistes et des puissances régionales et pris au piège par leurs alliances d’avant-hier qui se retournent contre eux.