Société

La santé n’est pas une marchandise

L’assurance maladie propose une augmentation de 10% du prix de la consultation chez les généralistes

Publié le 8 juillet 2016

Ce 6 juillet, l’assurance maladie (CNAMTS) a proposé aux syndicats des médecins libéraux une augmentation du prix de la consultation progressive de 23 à 25euros. Si cette proposition vise à contenter une revendication de longue date des généralistes, l’accès au soin pour les personnes les plus défavorisés risque d’être encore plus difficile.

Julian Vadis

Dans le cadre de la future convention médicale, dont les négociations ont débutés en février dernier, l’assurance maladie a proposé aux syndicats des médecins libéraux une augmentation progressive du tarif des consultations des généralistes de 23 à 25 euros d’ici à 2018. « La négociation n’est pas terminée. Il y aura donc encore des évolutions, même si elles seront forcément limitées » a indiqué Nicolas Rivel, le directeur général de la CNAMTS. Par ailleurs, plusieurs autres propositions ont été transmises aux syndicats. Un tarif à 46 euros devrait également être instauré pour les « consultations complexes » et à 60 euros pour « les très complexes » tandis que les tarifs pour une consultation, chez les généralistes, d’enfants âgés de 2 à 6 ans devraient atteindre les 30 euros en 2018.

Bien que répondant à des revendications anciennes des médecins libéraux, « en l’état actuel, il n’y a pas de signature possible » a estimé Claude Leicher, président de MG France, le 1er syndicat des médecins libéraux, dans Le Monde. En effet, les syndicats veulent la mise en place d’un plan Marshall en faveur des médecins libéraux ainsi que la mise en place d’un « forfait structure », une aide demandée par les médecins pour financer un secrétariat et se libérer ainsi « entre 25 % et 30 % » de temps médical supplémentaire pour leurs patients.

Un nouveau barème qui creuse les inégalités d’accès au soin

En 2012, Médecins du Monde alertait les pouvoirs publics sur la hausse de l’inégalité d’accès au soin. Depuis 2008, le nombre de patients de Médecins du Monde a augmenté de 33% et, en 5 ans, le nombre de mineurs a augmenté de 69%, représentant 12,5% des patients en 2012. Ces enfants malades ont moins de six ans dans plus d’un cas sur deux. Autant dire que l’ensemble des propositions de l’assurance, qui doit faire des économies à hauteur d’un milliard d’euros, ne vont clairement pas dans le sens d’une amélioration de l’accès au soin. Bien qu’officiellement, il suffise d’avancer les frais pour être remboursé. Sauf que, d’une part, le fait d’avancer les frais peut être difficile pour les couches les plus pauvres de la population, mais de plus les complexes mécanismes administratifs excluent de fait l’accessibilité de toute une frange de la population. Ainsi, parmi les 30 500 personnes que MDM a accueillies en 2012, plus de 98% d’entre-elles vivaient sous le seuil de pauvreté (revenus mensuels inférieur à 977 euros) et 13,2% étaient SDF. D’autre part, 12% des patients avaient en 2012 des droits ouverts et 32% demeuraient "totalement exclus du système d’accès aux soins". Avec, en premier lieux, les femmes enceintes, les enfants et les étrangers.

Les propositions de l’assurance maladie vont donc dans le sens d’une poursuite de la précarisation des couches de la population déjà partiellement ou totalement exclue du système d’accès au soin. Régit par les lois de la rentabilité économique, la santé n’est pourtant pas une marchandise, mais un droit universel et fondamental pour tout être humain. La mise en place d’un système de santé collectivisé, libre d’accès à toutes et tous - avec ou sans papiers - est donc un combat fondamental afin d’en finir avec l’inégalité d’accès au soin.

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