Politique

Du travail pour tous, légalisation du cannabis, désarmement de la police !

L’attaque au cocktail Molotov à Viry-Châtillon. Qui sont les vrais responsables ?

Publié le 10 octobre 2016

Augmentation des effectifs et des moyens de la police. Deux jours après l’attaque préméditée au cocktail Molotov de 4 policiers à Viry-Châtillon, la droite et le FN n’ont pas tardé à exiger des revendications toujours plus sécuritaires. Le gouvernement, lui, tente de défendre tant bien que mal son bilan en termes d’augmentation des moyens des forces de police, dont il a étendu comme à un niveau rarement atteint les pouvoirs depuis l’état d’urgence. A 8 mois des présidentielles, il préfère jouer la carte de la punition la plus exemplaire tout en redorant le blason de l’institution police, tentant ainsi de calmer son aile la plus droitière, qui grogne. Des déclarations, qui gardent le strict silence sur les motivations de la dizaine de personne responsables de l’agression, en l’occurrence le trafic de drogue, notamment du cannabis, dont la prohibition par l’Etat lui-même créé le terreau.

Damien Bernard

L’attaque n’a duré que quelques minutes. Samedi, vers 15 heures, deux voitures de police ont été la cible d’une attaque préméditée à Viry-Châtillon, dans l’Essonne, tendue par une dizaine de personnes. Les vitres des véhicules ont été brisées et des cocktails Molotov ont été jetés dans l’habitacle. Le pronostic vital d’un adjoint de sécurité est pour le moment toujours engagé. Les trois autres policiers ont été brûlés, plus ou moins grièvement. C’est alors qu’ils montaient la garde devant une caméra de surveillance, en face de la cité de la Grande Borne que les policiers ont été attaqués.

La course à l’instrumentalisation

Après l’attaque des quatre policiers, c’est Bernard Cazeneuve qui a dégainé le premier. Invité sur RTL ce lundi matin, le ministre de l’Intérieur a qualifié les auteurs de l’attaque de « sauvageons ». A droite et à l’extrême droite, les réactions et l’indignation ne se sont pas fait attendre. A commencer par Marine Le Pen qui a interpellé le ministre de l’Intérieur sur Twitter, lui rappelant qu’« ils n’ont pas craché par terre, mais brulé vif des policiers ». Chez les Républicains, Philippe Juvin, sarkozyste, a qualifié l’emploi du mot « sauvageons » de « scandaleux ». Les Républicains en en profité pour exiger sa démission. De son côté, le syndicat Alliance, premier syndicat policier, compte bien profiter de l’occasion pour obtenir ses 300 policiers supplémentaires comme à Saint-Denis. Pour faire pression, le syndicat avait appelé lundi 10 octobre les policiers à une « grève du zèle ».

Le « sauvageon » pour stigmatiser les jeunes des quartiers ?

« Dans ’sauvageon’ il y a ’sauvage’ », a expliqué Bernard Cazeneuve, dénonçant une « attaque barbare, sauvage qui était destinée à tuer ». Dans la bouche de Jean-Pierre Chevènement, dès 1998 alors ministre de l’Intérieur, les termes de « jeunes sauvageons » désignaient des « mineurs multirécidivistes, coupables d’incivilités et de délinquance classique ». Déjà en 1998, le ministre s’était vu reprocher à sa gauche, une « stigmatisation » rampante des jeunes des quartiers populaires. En 1999, il usait du même terme pour définir les « délinquants ». Avec l’utilisation à nouveau du terme « sauvageons », Cazeneuve vise encore une fois la jeunesse des quartiers, qu’il s’agit bien de faire taire après les mobilisations en soutien à Adama, tué des mains des gendarmes.

Le « sauvageon » pour stigmatiser les manifestants ?

Pourtant, même si les médias se sont bien privés de le remarquer, Cazeneuve est ici lui aussi pris en flagrant délit de récidive. « Je n’accepterai plus que dans des manifestations comme celle qui s’est déroulée aujourd’hui, il y ait des sauvageons qui puissent tenir ce type de propos, avec 27 policiers blessés, les vitres de l’hôpital Necker brisées, alors que l’enfant du couple tué s’y trouve. Tout cela est inacceptable », avait-il affirmé. Une instrumentalisation de la casse de l’hôpital Necker qui avait d’ailleurs valu une réponse cinglante de parents d’enfants hospitalisés, les casseurs de l’hôpital étant bien l’Etat. Le parallèle vise en quelque sorte à tirer un trait d’égalité entre les manifestants qui manifestaient contre la loi Travail et cette attaque liée au trafic de drogue.

Une attaque pourtant loin d’être une surprise

Alors que la classe politique fait mine de découvrir la situation, même si cette attaque en bande organisée est exceptionnelle par sa forme, elle est loin d’être une surprise. Ainsi, le carrefour est déjà largement connu pour être un haut lieu du trafic. Déjà le 25 septembre, la même caméra de vidéosurveillance, où a eu lieu l’attaque, avait été détruite à la voiture-bélier. Le 1er octobre, le dispositif de vidéo-surveillance a de nouveau été ciblé avec l’incendie d’un véhicule au pied du mât de la caméra, après son remplacement.

« Stigmatiser » pour éviter de pointer les vrais responsables ?

« C’est un quartier très compliqué, cela fait maintenant une vingtaine d’années que l’on sait que des trafics de drogue de tous les stupéfiants possibles et imaginables ont lieu à la Grande Borne. », affirmait Jean-Marie Vilain, le maire (UDI) de Viry-Châtillon. La présence de cette caméra « dérange les trafics », précisait le maire de droite. En l’occurrence, il est de notoriété publique, que la zone est propice au trafic de drogue et qu’une telle détermination laisse entendre qu’il y a probablement des intérêts économiques très importants en jeu.

Le trafic de drogue, une question politique

Etant donné, l’historique et le caractère ultra organisé de l’attaque des voitures de policiers, on ne peut que s’étonner que la classe politique n’évoque à aucun moment la question du trafic de drogue, si ce n’est pour éviter de pointer les vrais responsables. Et, ce trafic ne nait pas de nulle part. En maintenant sa politique de prohibition du cannabis, le gouvernement maintient et rend possible « de fait » le trafic. Ainsi, le laisser prospérer, sur fond de chômage de masse, est une façon bien commode de maintenir son étau répressif et raciste sur les jeunes des quartiers populaires, la stigmatisation étant une de ses armes pour diviser notre camp social.

La répression comme seule réponse

Aussi bien à droite qu’à gauche, on a l’habitude de répondre par la surenchère sécuritaire. Alain Juppé ne déroge pas à la règle. « J’ai dit qu’il fallait renforcer les effectifs, j’avais proposé 5 000 gendarmes, policiers par redéploiement, je propose d’aller plus loin. Il en faut 10.000 dans les prochains mois et les prochaines années", explique-t-il. Pour le gouvernement, présidentielles obligent, il ne s’agit pas de s’aligner sur la politique de la droite et de l’extrême droite, mais de défendre sa politique sécuritaire, déjà effective. Autant dire que loin de régler la question, les gouvernements successifs maintiennent le statut quo, voire aggravent la situation à travers leur politique, en ne s’attaquant pas au chômage de masse, qui touche particulièrement les quartiers populaires.

Du travail pour tous, légalisation du cannabis, désarmement de la police !

Face aux fausses solutions sécuritaires, ce qu’il faut pour le monde du travail et les jeunes des quartiers populaires, c’est la fin des emplois précaires, et un vrai CDI pour tous, et une allocation d’autonomie pour les jeunes. Et pour stopper de fait le trafic de drogue, il s’agit d’exiger la légalisation des stupéfiants, à commencer par le cannabis, comme pour l’alcool ou le tabac, ainsi que leur commercialisation et leur vente par l’Etat, accompagnées d’une politique de sensibilisation et de prévention à l’école. IL faut également exiger le désarmement de la police et démantèlement des ZSP pour mettre fin à l’offensive qui vise tout particulièrement la jeunesse des quartiers, avec en toile de fond un trafic de drogue qui permet de légitimer auprès de l’opinion publique la répression.