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Politique

Un « duel de bisounours » ?

« L’émission Politique » : Philippe en difficulté, Mélenchon se la joue docile et présidentiable

Un « duel de bisounours », une « ambiance détendue », des « échanges cordiaux et polis », les grands medias affichent leur déception pour cette première mise en scène du quinquennat entre Jean-Luc Mélenchon et Edouard Philippe. Quelles leçons à tirer de ce non-débat ?

« Philippe-Mélenchon : la guerre des deux n’a pas eu lieu », titrait l’hebdomadaire Le Point. RTL parle même d’un « grand moment de charme ». Les superlatifs n’ont pas manqué pour qualifier ce duel tant attendu qui semble avoir laissé un gout d’inachevé. Des réactions qui traduisent une forme de déception pour certains, persuadés que « le Lider Maximo de La France insoumise ne ferait qu’une bouchée du chef du gouvernement du ’président des riches’ ».

Un match inégal

Du côté gouvernemental, comme du point de vue de certains proches d’Edouard Philippe, l’on partageait la crainte de ce face à face entre « le bateleur enfiévré, le tribun outrancier Jean-Luc Mélenchon » et le « Premier ministre effacé de cette présidence débutante ». Le défi était en effet de taille tant Philippe manque d’expérience dans ce type d’exercice. Lors du dernier en date, fin août face à Jean-Jacques Bourdin, le premier ministre était passé totalement à côté de son interview de rentrée, sur BFMTV, séchant sur de nombreux chiffres clés.

Face à Mélenchon, la difficulté semblait accrue du fait de personnalités antagoniques, une personnalité plus que « modérée » pour le chef du gouvernement, presque effacée face à Macron et qui tranche par rapport à son opposant. Une image tellement lisse, qu’à l’instar de son mentor Juppé, il affirme jusqu’à être « violemment modéré ». Le combat ne pouvait être égal, le constat pourtant est unanime. Il ne s’est pas passé grand-chose ou si peu. La mise en scène, en tout cas, a servi le gouvernement, quand bien même le premier ministre est apparu avant tout comme une espèce de super-chef de cabinet plus que comme le numéro 2 de l’exécutif.

Le débat vu par les médias

Ainsi, le combat annoncé de prime abord comme déséquilibré n’aura pas fait de vague, laissant même perplexe les médias dominants. Certains en ont conclu que cela aura permis au moins à Edouard Philippe de « montrer son panache » et de « prouver qu’il était un homme de culture », comme l’affirme Le Point. On était habitué à de meilleures analyses du point de vue de ceux qui sont plongés au cœur des méandres du pouvoir. Plus justement, Le Figaro affirme qu’en définitive « le pari médiatique est loin d’être gagné » pour Edouard Philippe en tout cas, pointant ainsi la nécessité pour le chef du gouvernement apparaître autrement qu’en simple coordinateur des politiques de Macron.

Philippe rate la marche mais ne sort pas KO

Faute d’analyser les objectifs visés par les uns et les autres, il est difficile de comprendre, pourquoi par exemple, Jean-Luc Mélenchon, peu avare ces derniers temps de manifestation contre Macron, apparaît soudainement comme bien docile. Une docilité qui a été d’une grande aide pour Philippe qui aurait bien pu trébucher étant donné les capacités rhétoriques de Mélenchon. L’un des premiers objectifs atteints pour Philippe est de n’avoir pas rompu face au leader de la France Insoumise. Pourtant, le premier ministre est loin d’avoir atteint son objectif principal. Coincé pour l’heure dans l’ombre de Macron, son premier grand oral visait à mettre un terme à sa posture d’éternel exécutant. Il est loin d’avoir acquis un nouveau poids politique à l’issue du débat.

Mélenchon travaille sa posture de représentant du « peuple »

Pour Jean-Luc Mélenchon, déjà taillé pour l’exercice du débat, il s’agissait au travers de cette « bataille » télévisée de s’inscrire dans la lignée des joutes entre chef de gouvernement et chef de l’opposition. Le choix de Jean-Luc Mélenchon comme contradicteur d’Edouard Philippe a d’ailleurs fait enrager le PS, qui se voit une fois de plus mis au banc. Pour parachever son opération de remplacement du PS, il a notamment fait référence à Mitterrand, ou encore au duel entre Laurent Fabius et Jacques Chirac en 1985 : « Vous parlez au premier ministre de la France ! ». A l’entame du débat, Mélenchon y a fait brièvement référence affirmant « Vous êtes le premier ministre », tout en se présentant comme représentant de la « France travailleuse ». Dès lors, il a tenté de paraître comme le représentant du « peuple » contre les « technocrates » en continuité avec sa stratégie du populisme de gauche.

Philippe en difficulté, Mélenchon docile sur les plateaux TV

Le pari est donc loin d’être réussi pour Philippe. Heureusement pour Macron, il a plié mais n’a pas rompu. Pourtant, c’est en définitive une mauvaise nouvelle de plus pour l’exécutif qui pariait sur cette émission pour que Philippe fasse un saut politique. Ainsi, le premier ministre « fusible », mécanisme habituellement utilisé en cas de nécessité sous la cinquième République, est encore loin d’être opérationnel. Dans le même temps, les difficultés s’accumulent pour Macron. Un échec lors des sénatoriales, une baisse de popularité, mais aussi et surtout l’accumulation des colères qui, malgré la difficulté à « coaguler », entame toujours plus une légitimité pourtant déjà bien faible.

Pourtant, lors du débat, Mélenchon a fait preuve d’une docilité à toute épreuve, brossant Edouard Philippe dans le sens du poil. Bien plus qu’un opposant au « coup d’Etat social », Mélenchon a souhaité apparaître comme proche de ceux qui sont prêt à exercer le pouvoir, mais pas comme un habitué des manifestations et des piquets de grève. Echange d’anecdotes, de citations, de sourires, c’est bien plus comme présidentiable que Mélenchon a souhaité apparaître, dans la continuité de sa stratégie visant à enjamber le mouvement social pour le canaliser sur le terrain électoral. Loin de la mobilisation par la grève et des méthodes de lutte du mouvement ouvrier et de la jeunesse.

[Crédits Photo : photomontage FRANCE 2]




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