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Politique

Antisystème à 3%

L’« emprunt patriotique » du FN. Pour 75 000€ de prêt, un diner avec Marine Le Pen…

Le front national affirme qu’aucune banque ne concède à lui faire un prêt pour la campagne des législatives, elle demande donc un emprunt « patriotique » (à un taux attractif de 3%) auprès de ses sympathisants les plus fortunés, étonnante façon « antisystème » de faire de la politique.

Il est vrai que les campagnes électorales ont un coût et pas des moindre, les multiples candidats et leurs partis sont inégaux dans les possibilités pécuniaires à pouvoir assurer le financement de leurs campagnes et c’est ainsi que les gros appareils n’ont aucun problème à présenter moult candidats tandis que les petits patinent pour survivre politiquement, ce n’est évidemment pas le cas du FN. Dans une atmosphère de « moralisation de la vie politique » que les politiciens professionnels ont eu bon goût de récupérer et d’arranger à leur sauce, le FN tente d’apparaître dans le besoin pour continuer à surfer sur la vague « antisystème ». C’est ainsi que Marine le Pen lance une demande de financement patriotique. Celle-ci a bien compris qu’une grande partie de la population et d’ailleurs une partie de son électorat est dans le besoin, sans emploi ou avec emploi mais qui a du mal à boucler les fins de mois, voire à les commencer, et qui eux-mêmes se voient possiblement refuser des prêts. Alors comment paraître plus proche de cette frange de la population que pour vouloir la représenter prétendre être soi-même dans le besoin et se voir aussi refuser des prêts ? Comment également faire oublier les affaires d’emplois fictifs ou de financement occultes des banques russes ?

Pas un mot pourtant sur la fameuse difficulté financière, sans état du patrimoine ni ouvertures des comptes du parti pour montrer les soi-disant difficultés.

Le FN par cet astucieux système de blanchissement d’images pour attirer d’éventuels prêteurs, propose « un taux particulièrement attractif de 3 % sur douze mois ». Cette conception de financement emprunt au système libéral, nous montre une fois encore à quel point ce parti s’inscrit dans le système capitaliste en ne demandant pas que de simples dons mais en proposant des taux attractifs et de possibles placements à la manière d’un produit en bourse. Le parti qui veut se faire passer pour antisystème est définitivement adapté à celui-ci au point d’en adapter les codes et de les rejouer à son échelle.

Le parti qui va chercher la majeure part de son électorat dans des zones industrielles sinistrées et qui se veut “proche” du peuple n’acceptera pourtant que les prêts supérieurs à 1 500 euros en raison des « frais de traitement », qui sont « onéreux ». En échange les personnes les plus généreuses, qui prêteront plus de 15 000 euros, auront droit à une invitation pour « un événement de prestige en présence de Marine le Pen ». Et « les compatriotes les plus fortunés », qui prêteront au-delà de 75 000 euros, pour rencontrer « personnellement Marine le Pen à l’occasion d’un dîner privé ». Les codes là aussi sont bien empreints, du show de la Marine superstar qui gratifie de sa présence les possibles prêteurs patriotiques. Tantôt terroir, tantôt strass et paillettes, le parti d’extrême droite sait jouer des codes. Le parti qui prétend défendre les petits contre les gros, bon, sauf quand « les gros » financent le parti. Une façon de faire de la politique qui s’intègre un peu plus dans la normalité du système politico-économique qu’ils aiment pourtant à dénoncer.

C’est ainsi qu’entre ruralité et diner prestige, le parti compte bien capitaliser sur les campagnes présidentielles et législatives en faisant rentrer un maximum d’argent au moment même où l’édifice s’écroule pourtant du départ des figures clés qui permettaient une forme de stabilité.




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