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Monde

Temer au bord du gouffre

L’ex-gouverneur de Rio condamné à 14 ans de prison pour corruption sur fond de crise institutionnelle

Sergio Cabral, gouverneur de Rio de Janeiro de 2007 à 2017, a été condamné à 14 ans de prison pour corruption passive et blanchiment d’argent. Une condamnation qui met à mal le président Temer, issu du même parti, qui a toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Sergio Cabral, un politicien véreux au service du patronat brésilien

Pour Sergio Cabral, François Fillon était sûrement un petit joueur : l’ancien gouverneur de l’État de Rio a été hier condamné à 14 ans et deux mois de prison ferme pour corruption passive et blanchiment d’argent. Celui qui était en détention provisoire depuis novembre 2016 a immédiatement regagné sa cellule, reconnu coupable d’avoir reçu 2,7 millions de réals (soit 730 000 euros) en pots de vins lors de la réalisation d’un complexe pétrolier du groupe Petrobras. Mais cette reconnaissance de culpabilité ne sera sûrement que la première : près d’une dizaine d’autres chefs d’accusations planent au-dessus de sa tête. Par exemple, il est accusé d’avoir plus généralement mis dans sa poche 5% des contrats qu’il donnait à Odebrecht, un géant de la construction brésilienne ; cela concerne la ligne de chemin de fer vers le complexe pétrolier Coperj, mais aussi par exemple la rénovation du célèbre stade du Maracana. Au total, il est accusé d’avoir détourné près de 224 millions de réals brésiliens, soit 60,7 millions d’euros. Évidemment, cette immense fortune accumulée l’a rapproché des milliardaires du pays, et en fait un des hommes politiques le plus détesté du pays : ses voyages en jet privé, ses participations aux soirées mondaines les plus huppées et ses dîners dans les restaurants les plus chics de la planète dénotent avec l’extrême pauvreté des habitants de Rio et la faillite de l’État de Rio.

Derrière la justice et le « Lava Jato », l’agressivité des intérêts américains

Cette condamnation est loin d’être la première, dans un pays où la classe politique et la bourgeoisie nationale qui dirige les grandes multinationales du pays ne font qu’un : 21 personnes sont déjà emprisonnées, quand ce sont près de 250 personnalités qui sont poursuivies pour des faits de corruption. L’opération, surnommée « Lava Jato », est en réalité un immense coup de balai dans toute la classe politique brésilienne, qui a d’abord touché les membres du Parti du Travailleur de Lula : il y a près d’un an, c’était Dilma Roussef qui tombait après une sorte de coup d’État qui a mis le président actuel, Michel Temer, au pouvoir. Si ce gigantesque procès à rebondissement pourrait apparaître comme une simple épuration des politiciens corrompus, la réalité sociale du pays montre bien que derrière ces emprisonnements se cachent d’autres intérêts. Le Brésil de Lula avait réussi à donner un petit peu d’indépendance à certaines parties de la bourgeoisie brésilienne, qui avaient pu, un temps, diriger de grandes multinationales comme Petrobras (28ème entreprise mondiale), ou encore JSB Friboi (3ème plus gros groupe alimentaire au monde). Comme l’explique une déclaration du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs, on est en train d’assister à une tentative de renversement de cet ordre, pour pousser le Brésil à ouvrir plus ses frontières aux capitaux étrangers, notamment américains. Et pour ce faire, c’est toute la classe politique, qui pour gravir les échelons s’était beaucoup appuyée sur les multinationales du pays et leurs pots-de-vins, qui y passe. Après Dilma Roussef, Eduardo Cunha, celui qui avait orchestré la destitution de Dilma Roussef et Sergio Cabral, c’est bien Michel Temer qui pourrait y passer. Cette crise, au-delà d’être simplement un changement de tête au sommet de l’État, est surtout une crise pour toutes les classes populaires : derrière cette offensive du « parti des Juges » à la tête de la Lava Jato, il y a la volonté de faire payer bien plus durement la crise aux classes populaires, en détruisant les retraites par exemple.

Crédit photo : Geraldo Bubniak / Agência O Globo




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