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Monde

« Il fallait évidemment appliquer l’article 155 »

L’ex n°2 de Podemos soutient le coup d’Etat en Catalogne

Il y en a qui ne manquent pas d’air et qui choisissent le moment opportun pour lâcher des interviews. A la veille du scrutin en Catalogne, l’ex numéro 2 de Pablo Iglesias au sein de Podemos a tout simplement fait savoir combien il n’y avait pas d’autre solution que la mise sous tutelle de la Catalogne par la droite monarchiste et ses alliés socialistes espagnols.

C’est donc dans une interview vidéo filmée autour d’un billard, publiée sur le Hufftington Post et menée par la très médiatique Marta Flich que Juan Carlos Monedero, ancien numéro 2 de Podemos jusqu’en avril 2015 a décidé de dire combien il n’y avait pas d’autre solution que la mise sous tutelle de la Catalogne. Pas d’autre solutions « car les autres étaient devenus fous ». En l’occurrence, les indépendantistes catalans.

Que dire de la monarchie, de la droite espagnole, corrompue jusqu’à la moelle, de leurs alliés du Parti Socialiste, qui les ont appuyés, ou de Ciudadanos, le centre-droit anti-indépendance qui bourre les urnes en Catalogne ? Rien, ou pas grand-chose. En tout cas, ce ne sont pas eux qui seraient responsables de la situation actuelle. Ils y auraient été forcés par « les fous ».

Monedero et Pablo Iglesias

Cette justification du coup d’Etat institutionnel orchestré contre les institutions catalanes et le mouvement indépendantiste a généré un vaste scandale sur les réseaux sociaux. Mais elle ne saurait étonner. En aucun cas Monedero ne s’inscrit en faux avec la position du parti dont il est co-fondateur, Podemos. Jusqu’à présent, d’ailleurs, alors que ses déclarations continuaient à faire le buzz, aucun dirigeant de premier plan de Podemos ou de En Comú Podem, le pendant catalan de la formation de Pablo Iglesias, n’a pris ses distances. Et Iglesias moins que les autres.

Au cours des derniers mois, alors que le processus battait son plein, la position de Podemos sur la question catalane a glissé de plus en plus sur une défense ferme de l’ordre établi et du régime issu de la transition post-franquiste auquel Iglesias dit s’opposer.

Au cours de l’interview sur le Hufftington Post, Monedero a souligné comment, à son avis, le processus catalan n’avait « servi qu’à décevoir beaucoup de monde, à emprisonner des dirigeants, a donné une bouffée d’oxygène à un Parti Populaire secoué par mille scandales de corruption, et pour que les fascistes qui s’y trouvent se voient pousser des ailes ». C’est donc le mouvement de masse en Catalogne qui serait responsable de la droitisation de l’échiquier politique au niveau de l’Etat espagnol ! Cette analyse de Monedero n’est pas sans rappeler les déclarations d’Iglesais au début de la campagne selon lesquelles les indépendantistes auraient coupables d’avoir réveillé la bête immonde fasciste.

En Comú sur la droite

Dans la dernière ligne droite de la campagne électorale en Catalogne, En Comú Podem s’est caractérisé par une volonté de « tourner la page », pour reprendre les propos de la numéro 2 de la formation à Barcelone, Elisenda Alamamny : passer, donc, sur l’épisode du combat pour le droit à l’autodétermination au profit d’un improbable accord avec l’Etat central alors que ce dernier a déployé une formidable campagne de répression pour éviter que le droit de décider puisse s’exercer.

Xavier Domènech, le principal dirigeant de En Comú Podem en Catalogne, est même arrivé à récuser l’expression « prisonniers politiques », au sujet des dirigeants indépendantistes incarcérés, au profit de « hommes politiques emprisonnés ». IL s’agit de la reprise de l’expression utilisé par le PP, le Parti Socialiste Catalan et Ciudadanos, pour nier le caractère politique de la répression et du sort réservé à Jordi Sànchez, président de l’Assemblée Nationale Catalane, à Jordi Cuixart, dirigeant de d’Omnium Cultural, le principal réseau associatif catalaniste, ou encore à Oriol Junqueras, numéro 1 de la Gauche Républicaine Catalane (ERC), qui a fait campagne depuis la prison. Ce discours est fonctionnel, comme celui de Monedero, pour essayer d’arriver à un accord post-électoral tripartite entre le PSC, pro-155, En Comú Podem et l’ERC, si celle-ci en venait à mettre sous le boisseau la question de l’indépendance.

Sans aucune responsabilité dans le parti depuis avril 2015, Monedero dit tout haut, en compagnie de journalistes à la mode, ce que les dirigeants de Podemos disent de façon moins explicite. Il exprime, néanmoins, sans fard, la façon dont le néo-réformisme se situe par rapport au régime de 1978. Hier contempteur de l’ordre existant, il est devenu, aujourd’hui, le bras gauche de l’ordre établi.

[Crédit photo : Hufftington Post. Cliché extrait de l’émission animée par Marta Flich]




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