Monde

Un résultat désastreux pour les classes populaires et les migrants

L’extrême-droite arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle en Autriche 

Publié le 25 avril 2016

Dimanche, l’extrême-droite est arrivée largement en tête du premier tour de l’élection présidentielle en Autriche. Le candidat du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), Norbert Hofer, a obtenu 36,4 % des voix, soit le meilleur score de l’extrême-droite à une élection nationale depuis la Deuxième Guerre mondiale. Ce résultat confirme ainsi la montée en puissance de ce parti d’extrême-droite dans un pays touché par une augmentation du chômage et la « crise » des migrants, mais, surtout, il égaye celles et ceux qui, à l’instar de Marine Le Pen, rêvent de voir l’extrême-droite réaliser la même opération à travers le Vieux Continent.

Ivan Matewan

Défaite historique pour le bipartisme autrichien

C’est un fait politique historique majeur dans ce pays de 8,5 millions d’habitants. Pour la première fois depuis 1945, un candidat de l’extrême-droite arrive à passer le cap du premier tour de l’élection présidentielle. Norbert Hofer est ainsi crédité avec 36,4 % des voix à l’issue du scrutin qui s’est déroulé dimanche 24 avril, bien loin devant tous les autres candidats.

Cette victoire du FPÖ constitue d’autant plus un tremblement de terre dans le paysage politique autrichien que les sociaux-démocrates (SPÖ) comme les chrétiens conservateurs (ÖVP) ont d’emblée été tous deux poussés hors course. Le candidat social-démocrate Rudolf Hundstorfer et le candidat conservateur Andreas Khol n’ont respectivement obtenu que 11% et 11,2% des voix.

Le candidat qui s’affrontera finalement à Hofer au second tour de l’élection présidentielle, Van der Bellen, de sensibilité plutôt centriste et ayant obtenu plus de 20 % des voix, est un ancien professeur d’université soutenu par les Verts. Comme pour le FPÖ, c’est la première fois que les Verts se voient eux aussi portés au second tour de l’élection présidentielle.

C’est un véritable coup dur porté aux deux partis traditionnels qui structurent le jeu politique autrichien depuis la Seconde guerre mondiale. Alors que ces deux formations captaient en général huit électeurs sur dix lors des élections présidentielles, ils se retrouvent aujourd’hui réduits comme une peau de chagrin. On a pu observer des dynamiques similaires dans d’autres pays européens comme la Grèce, l’Espagne ou même la France, où le bipartisme s’est effondré ou considérablement affaibli à partir des années 2010 en raison de la transformation bourgeoise et néolibérale de la social-démocratie traditionnelle. Cette nouvelle victoire de l’extrême-droite marque un pas de plus en ce sens.

L’extrême-droite fait son lit sur le chômage et la crise des migrants

Comment expliquer la montée en puissance de l’extrême-droite en Autriche ? Selon certains analystes, il s’agit tout d’abord d’une volonté de renouveau générationnel. En effet, Norbert Hofer n’a que 45 ans, alors que ses rivaux social-démocrate et conservateur en ont respectivement 64 et 74. Un récent sondage réalisé par Public Opinion Strategies a montré que 30% de ses électeurs ont choisi Hofer parce qu’il avait l’air « jeune et dynamique » alors que les autres candidats étaient jugés « trop vieux ».

Mais, en l’absence d’une alternative suffisamment crédible à l’extrême gauche, le FPÖ a surtout su profiter, ces derniers mois, de l’augmentation du taux de chômage dans ce pays - qui ne connaissait pas la crise économique jusque-là - et du sentiment xénophobe grandissant parmi la population face à la « crise » des migrants, nourri par les politiques racistes du gouvernement. En effet, le taux de chômage ne cesse d’augmenter : entre novembre 2015 et février 2016, il a bondi de 8,7 % à 10,9 % de la population active. Dans certaines régions, notamment dans l’est du pays, comme à Vienne, ce taux s’élève à 23,9 %.

Ces inquiétudes légitimes liées à l’augmentation du chômage sont renforcées par celles liées à la « crise » des migrants, instrumentalisée par le discours xénophobe des partis incarnant le bipartisme et l’extrême droite. Selon le président social-démocrate sortant, Heinz Fischer, le nombre de demandes d’asile déposées « avait dépassé celui des naissances » en 2015. Pour y faire face, le gouvernement autrichien avait même ré-établi le contrôle des frontières courant 2015. C’est sur ce fond politique nauséabond que le FPÖ assoit sa démagogie anti-immigration et prône une criminalisation croissante de tous ceux qui, fuyant les guerres et la misère économique au Moyen-Orient et en Afrique dont les pays européens sont largement responsables, ose traverser les frontières autrichiennes.

Une montée européenne ?

La montée en puissance de l’extrême-droite n’est pas un phénomène politique nouveau en Autriche. Entre 2000 et 2006, les chrétiens conservateurs ont gouverné ensemble avec l’extrême-droite. Depuis plusieurs mois, le parti frère du Parti socialiste français en Autriche gouverne avec elle dans certaines régions. Certains appellent même de leurs vœux un gouvernement de coalition entre le SPÖ et le FPÖ.

Par ailleurs, on observe depuis plusieurs années une véritable ascension du FPÖ et une banalisation toujours plus importante de ses idées réactionnaires, xénophobes et anti-ouvrières. En juin dernier, les résultats des élections régionales ont montré l’ampleur de cette poussée électorale qui aujourd’hui est non seulement confirmée, mais aussi prête à s’accroître. Même si une coalition de la gauche et de la droite modérée pourrait s’aligner derrière le candidat des Verts en vue du second tour du 22 mai, jamais aucun candidat n’a surmonté un tel écart, Hofer bénéficiant en l’état actuel des choses d’une avance d’au moins 16 %.

Une nouvelle dont se réjouissent les chefs des partis d’extrême-droite à travers le continent européen. Comme Marine Le Pen qui s’imagine, en France, déjà au second tour de l’élection présidentielle en 2017 et qui a tenu à féliciter le peuple autrichien pour « ce résultat magnifique ». Un résultat qui approfondira racisme, xénophobie, exclusion mais aussi le chômage pour les immigrés et les classes populaires en Autriche.