Débats

X° Conférence de la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale

L’extrême-gauche sera internationaliste ou ne sera pas

Publié le 11 août 2016

Jimena Vergara
Traduit depuis La Izquierda Diario

Du 10 au 17 août a lieu à Buenos Aires la Conférence de la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale. L’occasion pour des délégués de différents pays d’Europe et d’Amérique Latine de se retrouver pour discuter de la situation internationale.

La crise économique, la polarisation politique et sociale qui s’exprime au niveau international et la délégitimation croissante que vivent les partis traditionnels – en particulier en Europe et aux Etats-Unis – font naître de nouveaux phénomènes politiques au niveau mondial. Ces éléments (crises économique, politique et sociale) nous permettent de penser que dans certains pays, où ils se combinent de la manière la plus aiguë, nous sommes face à des tendances d’une « crise organique », au sens du concept élaboré par Antonio Gramsci pour caractériser les moments ou les situations où ce n’est pas l’affrontement entre révolution et contre-révolution qui prime, mais une « crise d’ensemble » qui va bien au-delà d’une crise conjoncturelle.

Cela a conduit à ce que de larges secteurs de masse commencent à rompre avec leurs représentations politiques traditionnelles et à ce que surgissent de nouvelles « façons de penser ». C’est ce qui explique que, même si ce n’est pas, sauf en France, la lutte des classes qui a primé ces derniers temps, de nouveaux phénomènes politiques importants ont émergé, à gauche comme à droite.

En Europe par exemple, le grand projet bourgeois qu’était l’Union Européenne est en crise, surtout depuis le Brexit. Aux Etats-Unis, le bipartisme est remis en question, comme le montre, à gauche, le renforcement de Sanders parmi l’électorat le plus jeune, et à droite, celui de Trump parmi certains secteurs de travailleurs et des classes populaires les plus touchés par la crise économique. L’Amérique Latine, quant à elle, se trouve face à la fin du cycle de ce qui était appelé « gouvernements post-néolibéraux », dont ressort le cas du Brésil qui vit une crise d’ampleur dans le cadre du coup d’Etat institutionnel contre Dilma Rousseff, et celui du Venezuela qui est frappé aussi durement par les contradictions sur le terrain économique et la crise du chavisme.

Une activité intense

C’est dans ce contexte que des délégués des différents groupes de la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale (FT-QI) se sont rendus à Buenos Aires pour participer à la X° Conférence de cette organisation, après une année caractérisée par une activité intense.

Les camarades de Révolution Permanente, en France, qui sont organisés au sein du Courant Communiste Révolutionnaire au sein du NPA, ont été bien souvent en première ligne du mouvement contre la loi Travail. Etaient présents aussi des délégués du groupe Clase contra Clase de l’Etat Espagnol qui font partie, avec d’autres organisations d’extrême-gauche, du mouvement « No hay tiempo que perder » (« Il n’y a pas de temps à perdre ») dans le but de construire une alternative indépendante et de classe face au « nouveau réformisme » de Podemos. Une délégation est aussi venue d’Allemagne, du groupe RIO, qui a notamment fait partie du mouvement de soutien aux réfugiés qui ont rejoint l’Europe suite à la guerre impérialiste en Syrie ; ainsi que des camarades de la FT présents en Angleterre.

En ce qui concerne l’Amérique Latine, en plus de la délégation de camarades du PTS d’Argentine qui accueille l’événement, six délégations étaient présentes. Les camarades du MRT au Brésil, qui après avoir été en première ligne de la lutte contre le coup d’Etat institutionnel, puis contre le gouvernement de Temer, impulsent aujourd’hui des candidatures anticapitalistes et révolutionnaires dans les prochaines élections municipales. Le MTS, au Mexique, vient de se présenter aux élections à la Constituante du district fédéral en tant que seule option indépendante à la gauche de Morena, après 25 années pendant lesquelles l’extrême-gauche anticapitaliste ne se présentait plus. Les camarades du PTR au Chili participent, à partir des principales universités et lycées, au mouvement étudiant combatif, et aujourd’hui sont en lutte contre la réforme des retraites de Bachelet. La LOR-CI de Bolivie, qui a participé aux principales luttes ouvrières de ces derniers mois, ainsi que des camarades de la LTS du Venezuela, et des camarades de la FT-QI en Uruguay, ont lancé cette année leurs propres quotidiens en ligne.

Un réseau international de quotidiens en ligne pour intervenir au sein des nouveaux phénomènes politiques

Au cours de cette conférence, l’un des aspects dont nous allons discuter est comment approfondir l’expérience de Red International, dont fait partie Révolution Permanente, qui regroupe des quotidiens en ligne en espagnol, portugais, anglais, allemand, turque et français.

Le réseau a connu d’importantes avancées. Au cours du dernier semestre, nous avons dépassé les 14 millions d’entrées. A partir de l’intervention politique de nos groupes, Red International a permis de faire un saut, transformant la FT-QI en pôle dynamique de l’extrême-gauche internationale.

En Argentine, La Izquierda Diario est devenu une référence nationale, avec plus de deux millions de visites et quasi trois millions d’entrées par jour pendant le mois de juillet : un record qui représente une croissance, cette année, de 148 %, et de 85 % par rapport aux mois précédents. Elle a pour projet de mettre en place un réseau de milliers de correspondants avec 2000 articles de collaborateurs par mois, qui s’emparent de ce journal comme du leur, pour devenir un véritable « organisateur collectif ».

En France, Révolution Permanente est devenu le quotidien de la mobilisation contre la loi Travail, salué par des intellectuels et des personnalités de l’extrême-gauche mondiale comme Tariq Ali, démultipliant les voix de ceux et celles qui se mobilisaient à Nuit Debout et sur les lieux de travail, atteignant les 600 000 entrées. Aujourd’hui, autour de Révolution Permanente, des jeunes et des travailleurs commencent à s’organiser.
Dans l’Etat espagnol, la Izquierda Diario a atteint le pic des 100 000 visites en mai, exprimant le fait que certains secteurs de la jeunesse et des travailleurs sont à la recherche d’une alternative face au tournant droitier de Podemos, et à partir de la couverture de la lutte contre la loi Travail en France.

Au Brésil, La Esquerda Diário est devenu de loin le principal quotidien en ligne de l’extrême-gauche, dépassant largement les sites du PSOL et du PSTU avec une moyenne qui dépasse les 250 000 entrées par mois, relayant les voix de ceux et celles qui s’affrontent au coup d’Etat institutionnel et défendant une position indépendante du PT.
Au Mexique, les professeurs en lutte ont utilisé le quotidien, qui atteint les 200 000 visites mensuelles, pour refléter à travers ses pages leur résistance féroce contre la réforme éducative néolibérale de Peña Nieto, la lutte contre la répression et la solidarité internationale.
Les camarades de Left Voice quant à eux viennent de participer au Left Forum à New York, principal forum de l’extrême-gauche nord-américaine. Le quotidien commence à devenir une référence des idées révolutionnaires pour le public anglophone, connu déjà par de larges secteurs de l’extrême-gauche.

Toutes ces expériences vont être discutées dans la Conférence, avec l’objectif de développer le Red International et de nouveaux quotidiens nationaux, vers des défis nouveaux et plus ambitieux.