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"L’héritier de Mandela" lâché par le PC et les syndicats

Jacob Zuma, président sud-africain, est au cœur d'une crise sans précédent. Mardi, la Cosatu, importante confédération syndicale historiquement alliée du parti de Nelson Mandela, l'ANC, au pouvoir depuis 1994, a appelé le chef d’État à démissionner. Vendredi, c'est la droite qui appelle à se mobiliser.

Un pays héritier de l’Apartheid

L’Afrique du Sud a récemment connu d’importantes mobilisations, notamment étudiantes, autour de la question des frais de scolarité et sur fond de ségrégation raciale, autour du slogan #FeesMustFall. Les manifestants avaient alors été violemment réprimés, causant la mort d’un étudiant et de nombreux blessés. Elles faisaient suite aux grèves dures, notamment dans le secteur minier.

Peu après, à la fin de l’année 2016, Jacob Zuma, chef d’État sud-africain avait déjà commencé à sentir son navire prendre l’eau, lorsque qu’il s’était retrouvé au cœur d’un scandale, impliquant en particulier des accusations de trafic d’influence au sein de son administration. Il avait alors une nouvelle fois ordonné la répression féroce des contestations massives qui s’en étaient suivies. Les milliers de manifestants qui protestaient contre le régime corrompu et la cascade d’affaires autour de Zuma, avaient été muselés à grands coups de canons à eau et de balles en caoutchouc.

Cela fait des décennies que le pays est encore en proie à l’héritage de l’Apartheid. L’Afrique du Sud est aujourd’hui l’un des pays les plus inégalitaires du monde, où les Blancs touchent un salaire en moyenne cinq fois plus élevé que les Noirs et où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Dans ce contexte, l’ANC – Congrès national africain – au pouvoir n’a fait que renforcer les inégalités, favorisant une petite élite noire, sans jamais remettre en cause le pouvoir de la bourgeoisie blanche.

Une situation de crise sans précédent pour Zuma

Mais depuis quelques jours, le chef d’État est au centre d’une véritable tornade. Annoncé le 31 mars, un important remaniement ministériel a mis le feu aux poudres. Jacob Zuma a en effet méthodiquement placé ses proches à des postes stratégiques, limogeant sans vergogne une vingtaine de ministres et vice-ministres – et en particulier Pravin Gordhan, ministre de l’économie qui avait dénoncé la corruption – pour les remplacer par ses alliés. Le tout par le biais de la télévision nationale, sans consulter personne. Le but de la manœuvre étant bien évidemment de renforcer le clan Zuma.

Mais depuis lors, Jacob Zuma n’a jamais été aussi affaibli. Dès l’annonce du remaniement ministériel, ses principaux alliés historiques ont abandonné le navire. Lundi dernier, il s’agissait du Parti Communiste sud-africain (SACP), soutien historique de l’ANC, qui qualifiait Zuma d’« irresponsable » et l’appelait à démissionner. Ce mardi 4 avril, plus significatif encore, c’est la COSATU, très puissante confédération syndicale et alliée de longue date du parti au pouvoir, qui a revendiqué la démission du chef d’État, en déclarant explicitement que Zuma était « facilement remplaçable ».

Au sein même de l’ANC, le conflit est désormais ouvert. Certaines personnalités du parti, dont le vice-président Cyril Ramaphosa, ont exprimé leur désaccord avec la manœuvre opérée par Zuma.

À une échelle super-structurelle, l’enjeu pour Zuma est de préparer la grande conférence de renouvellement des instances dirigeantes du parti, qui aura lieu en décembre. Et si lui-même quitte la présidence de l’ANC, il a bon espoir d’y placer son ex-femme, Nkosazana Dlamini-Zuma. Mais l’actuel vice-président, le multi-milliardaire Cyril Ramaphosa, compte bien se présenter en face. Fragmenté par des luttes internes avant même le décès de Mandela, l’ANC fait face aujourd’hui à une crise sans précédent qui atteint le noyau dur de sa base.

Zuma a rencontré plusieurs membres de la direction de la COSATU mercredi pour négocier. La direction de la centrale syndicale a appelé ses membres à ne pas se joindre aux mobilisations appelées par la droite, vendredi, par Save Africa. Néanmoins, la direction de COSATU a refusé de revenir sur sa demande de démission de Zuma. Les tensions politiques et sociales risquent d’augmenter très fortement dans les semaines à venir. Ce sera aux travailleurs, aux classes populaires et à la jeunesse, d’en tirer parti, en toute indépendance de la droite, héritière du régime de l’Apartheid, et d’une ANC plus fragmentée et corrompue que jamais.




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