Genres et Sexualités

Journée Internationale de lutte contre les violences faites aux femmes #NiUnaMenos

L’hymne des femmes latino-américaines

Publié le 24 novembre 2016

Nous reproduisons ci-dessous, les propos d’une des membres d’Alerta Feminista, association née du mouvement #NiUnaMenos en France, concernant l’adaptation de « L’hymne des femmes » en « L’hymne des femmes latino-américaines ». Adaptée pour la Journée Internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, celle-ci sera chantée Place de la République par le Cortège latino-américain #NiUnaMenos à la fin de la manifestation prévue pour l’occasion.

Malena Vrell

« L’hymne des femmes » a été chanté pour la première fois lors de la manifestation du 20 novembre 1971 à Paris. C’était la première grande manifestation féministe en France depuis 1936 et la première apparition publique du MLF (Mouvement de Libération des Femmes). Chantée sur l’air du « Chant des marais », chanson créée en 1933 pas des antifascistes allemands déportés dans un des premiers camps de concentration nazis, cette version est devenue par la suite « L’hymne du MLF » et de toute une époque : celle de la deuxième vague du féminisme français. Inscrit dans le cadre des effervescentes années 70, il témoignait de la croissance et de l’ampleur du mouvement féministe de l’époque : un considérable mouvement de masses, né de la lamentable contradiction d’un mai 68 qui, aussi révolutionnaire qu’il se présentait, ne cessa de reléguer les femmes et les minorités de genre. Libération sexuelle, visibilisation du travail domestique, droit à l’avortement ; ces revendications se sont au fur des années imprimées, avec des milliers de guillemets et de limites, dans les lois, mais surtout, dans les consciences, au même temps que l’institutionnalisation de ce féminisme finissait par essouffler, à son tour, le mouvement qui le fit naître.  
Quarante cinq ans plus tard, reprendre cet hymne depuis l’Amérique latine, et le faire un 25 novembre, c’est réinscrire la lutte féministe latino-américaine dans le panorama mondial. L’Amérique latine, cette région aux taux les plus élevés de violence contre les femmes et aux législations concernant leurs droits sexuels et reproductifs les plus meurtrières, est aussi la région où les mobilisations les plus massives de la décennie sont en train d’avoir lieu contre les violences faites aux femmes, et là où le mouvement féministe a fait naître en 1981, la Journée Internationale contre les violences faites aux femmes en hommage aux sœurs Mirabal (l’ONU tardera 18 ans à l’institutionnaliser). Reprendre cet hymne, cherche ainsi à mettre en relief l’héritage qui nous lie à cette lointaine deuxième vague, à ces revendications qui, malgré les décennies, dans notre région, sont plus que jamais les nôtres. Mais surtout, « l’hymne des femmes latino-américaines » cherche à raconter notre propre histoire. Une histoire de luttes et de douleur, d’espoir et de rage. Suffisamment, on l’espère, pour que « nous qui prenons les rues, les femmes, nous puissions changer l’histoire. »

Hymne des femmes latino-américaines

Nous qui prenons les rues, les femmes
Nous qui changerons l’histoire
De l’Amérique jusqu’en France, les femmes
Nous crions : « Pas une de moins ! »
 
Levons-nous femmes latinas
En mémoire des sœurs Mirabal [1]
Debout, l’Amérique latine !
 
Asservies et violées, les femmes
Harcelées, stérilisées [2]
Dans toute la région, les femmes
Nous avortons clandestinement 
 
Levons-nous femmes latinas
Comme les Mères de la Place de Mai [3]
Debout, l’Amérique latine !
 
Triplement opprimées les femmes
Immigrées, discriminées
Nous sommes précarisées, les femmes
Double journée imposée
 
Levons-nous femmes latinas
Pour celles de Ciudad Juarez [4]
Debout, l’Amérique latine !
 
Le temps de la colère, les femmes
Notre temps, est arrivé
Si vous osez toucher une femme,
Nous répondrons par milliers !
 
Levons-nous femmes latinas
Pour Berta [5] avec Máxima [6]
Debout, l’Amérique latine !
 
Organisons-nous les femmes
Parlons-nous, rassemblons-nous
Ensemble on nous opprime les femmes
Ensemble révoltons-nous !
 
Levons-nous femmes latinas
Au nom d’Oriana [7] et Lucía [8]
Debout, l’Amérique latine !
 
Levons-nous femmes latinas
Car « nos queremos vivas »
Debout, debout, DEBOUT !

*Adapatation des paroles : T.R.B.

[1] C’est en hommage aux sœurs Mirabal, assassinées par le dictateur Trujillo en République Dominicaine en 1960, que le 25/11 a été retenu pour réaliser la Journée Internationale contre les violences faites aux femmes.

[2] Près de 300 000 femmes, pour la plupart des femmes indiennes, ont été stérilisées de force au Pérou sous la dictature de Fujimori dans les années 1990. Leurs cas viennent d’être classés sans suites.

[3] Les Mères de la Place de Mai font depuis 1977 des rondes sur cette place à Buenos Aires pour exiger la vérité sur leurs enfants disparu-e-s sous la dictature Argentine.

[4] Les féminicides à Ciudad Juárez, ville entre le Mexique et les États-Unis, sont parmi les plus nombreux et emblématiques de la région.

[5] Militante indienne, féministe et écologiste hondurienne, Berta Cáceres a obtenu le Prix Goldman pour l’environnement en 2015. Suite à de multiples menaces de mort pour son engagement écologiste, elle a été assassinée le 03/03/2016.

[6] Paysanne et activiste péruvienne, Máxima Acuña a mené une lutte acharnée pour la défense de l’eau et de la terre face aux multinationales minières à Cajamarca, Pérou. Prix Goldman de l’Environnement en 2016, elle subit des attaques perpétuelles, dont des menaces de mort.

[7] Militante trans colombienne pour les droits des personnes LGBTI, Oriana Nicoll Martínez a été assassinée le 17/08/2016.

[8] Le brutal féminicide de Lucía Pérez en octobre 2016 a été l’étincelle qui a relancé le mouvement #NiUnaMenos en Argentine, sous les mots d’ordre #PasUneDeMoins, #NousVoulonsResterEnVie et #FemmesEnGrève.