^

Monde

Maduro est un « dictateur » selon Trump

L’impérialisme US intensifie les pressions contre le Venezuela

Washington multiplie les sanctions contre le Venezuela de Nicolás Maduro, au lendemain de « l’élection » de l’Assemblée Constituante, dimanche. L’opposition de droite, elle, applaudit des deux mains.

L’administration Trump n’a pas tardé à réagir à la proclamation des « résultats » de l’élection de l’Assemblée Constituante. Après avoir annoncé un train de sanctions contre des proches de Maduro, étendu par la suite aux 545 élus de la nouvelle assemblée, le ton est monté d’un cran, lundi. Lors d’une conférence de presse, le conseiller à la Sécurité Nationale, H.R. McMaster a précisé les menaces contre Maduro, sur un ton absolument inhabituel contre un chef d’Etat en exercice d’un pays souverain : le président vénézuélien aurait rejoint, selon McMaster, « le club très restreint » des chefs d’Etat sanctionnés par Washington à l’instar de Robert Mugabé (Zimbabwe), Kim Jong Un (Corée du Nord) et Bachar al-Assad (Syrie). Le secrétaire au Trésor étatsunien, Steven Mnuchin, a pour sa part annoncé ne pas exclure des sanctions visant directement l’industrie pétrolière vénézuélienne, dont dépend plus de 95% du commerce extérieur du pays. Selon Mnuchin, qui n’a pas lésiné sur les mots, « les élections illégitimes [de dimanche, pourtant convoquées dans le cadre de l’article 347 de la Constitution de 1999] confirment que Maduro est un dictateur qui ignore la volonté du peuple vénézuélien ».

Le seul problème, pour Washington, est que frapper PDVSA, l’entreprise pétrolière nationale vénézuélienne, pourrait avoir des répercussions négatives pour l’économie étatsunienne. Même si le marché nord-américain est moins dépendant que par le passé du pétrole vénézuélien, Washington a importé, l’an passé, près de 742.000 barils-jour du Venezuela, soit 9% de ses importations annuelles de brut. Dans un tel contexte, et alors que la filiale de PDVSA aux Etats-Unis, Citgo Petroleum Corp, est propriétaire de trois raffineries dans le pays et d’un réseau de distribution basé sur 8.000 stations-services, des sanctions visant l’exportation du brut vénézuélien pourrait avoir de lourdes répercussions sur les Etats-Unis, à la fois d’un point de vue économique et de l’emploi. L’autre option possible consisterait à décréter une sorte d’embargo sur l’exportation en direction du Venezuela de produits pétroliers nécessaires aux opérations de raffinage du pétrole lourd du bassin de l’Orénoque, le rendant de cette façon non-exportable.

Quoi qu’il arrive, les pressions de l’administration Trump constituent un nouveau tournant dans l’ingérence étatsunienne contre le Venezuela, qui avait été consolidée par l’administration Obama, lorsque le pays de Maduro avait été classé parmi les nations représentant une « menace pour la sécurité intérieure » des Etats-Unis.

De façon symétrique, Caracas n’a pas tardé à réagir en s’en prenant directement à deux des principaux alliés de la ligne dure de Washington au sein de la MUD, l’opposition anti-chaviste de droite à l’origine du processus de contestation depuis début avril. Leopoldo López, leader du parti de droite Voluntad Popular, de même qu’Antonio Ledezma (Alianza Pueblo Bravo), maire de Caracas, accusé de corruption et d’association de malfaiteurs par le gouvernement, tous deux placés en résidence surveillée, auraient été extraits de leur domicile, mardi dans la matinée, par des agents du Service Bolivarien d’Intelligence (Sebin).

C’est mercredi que devrait s’ouvrir la première session de l’Assemblée Constituante, ayant le pouvoir de dissoudre l’actuelle Assemblée Nationale au sein de laquelle prétend continuer à siéger l’opposition, qui y est majoritaire et qui appelait au boycott du scrutin de dimanche. Dans ce cadre, les négociations officieuses entre les franges les moins ultra du gouvernement et de l’opposition, sous la houlette de l’ancien premier-ministre espagnol, Rodríguez Zapatero, et visant à faire baisser la pression et forcer, d’une autre façon, Maduro à négocier avec la droite, n’ont pas pu reprendre réellement.

« Quoi qu’il en soit, souligne Milton D’León, de la rédaction de LaIzquierdaDiario Venezuela et membre de la direction de la Ligue des Travailleurs Socialistes, qui appelle à la construction d’une alternative politique indépendante du monde du travail et de la jeunesse contre Maduro, Trump pas plus qu’aucun gouvernement au service des riches et des puissants des Etats-Unis ou de l’Union Européenne n’ont le droit d’imposer des sanctions contre le Venezuela. Ils essayent de tirer parti de la confusion et du ras-le-bol qui existe contre le gouvernement pour renforcer leurs prérogatives et leur domination impérialiste. Nous rejetons la mise en application de ces sanctions de la part de ces gouvernements ».

Crédits photos : Getty Image




Mots-clés

Vénézuela   /    Impérialisme   /    Trump   /    Amérique latine   /    Monde