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Monde

Visite de Rex Tillerson

L’impérialisme américain tente une sortie de crise au Qatar

Lors de la visite du chef de la diplomatie américaine à Doha le mardi 11 juillet 2017, les Etats-Unis et le Qatar ont signé un accord visant à empêcher le financement du terrorisme. En visite dans les différents pays de la région, le Secrétaire d'Etat américain doit notamment trouver une porte de sortie à la crise qui oppose Riyad et plusieurs pays arabes au Qatar et qui fragilise les positions américaines dans la région.

Un accord jugé « insuffisant » par Riyad

Mardi 11 juillet 2017, à l’occasion de la visite du Secrétaire d’État Rex Tillerson à Doha, les États-Unis et le Qatar ont signé un accord visant à combattre le financement des groupes terroristes. Pour Washington et Doha, cet accord doit permettre de sortir de la crise diplomatique qui oppose le Qatar à différents pays arabes de la région, dont l’Arabie Saoudite, l’Égypte, les Émirats Arabes Unis et le Bahreïn. Depuis juin dernier, ces derniers ont rompu tous liens diplomatiques et politiques avec Doha et lui ont imposé des sanctions économiques. L’émir du Qatar est accusé de financer le terrorisme, mais surtout d’être trop proche de l’Iran, grand rival régional de l’Arabie Saoudite.
Le lendemain de la signature, la coalition anti-Qatar à réagi en jugeant l’accord « insuffisant » et les engagements qataris « pas fiables ». Ils réclament la mise en place de contrôles stricts sur le gouvernement qatari, dans la droite lignée de leurs treize demandes formulées à Doha

De son côté, le Qatar rejette les accusations de financement du terrorisme et dénonce une tentative de mise sous tutelle de sa politique étrangère par Riyad. Alors que se prolongent les conflits qui secouent la Syrie, l’Irak et le Yémen, les États-Unis semblent avoir de plus en plus de mal à contenir les contradictions qui traversent le « bloc sunnite », l’un de ses principaux appuis dans la région.

L’exacerbation des tensions régionales et des rivalités impérialistes

L’offensive saoudienne contre le Qatar pour ressouder le « bloc sunnite » autour de sa politique régionale peut rapidement devenir un facteur de fragilisation des positions américaines. Pour l’administration américaine, cette crise intervient sans doute au mauvais moment. Alors que Donald Trump connaît un début de mandat agité, la reprise de Mossoul et le recul de Daesh en Syrie exacerbent les rivalités entre les différents acteurs de la guerre. Face à l’affirmation de l’impérialisme russe et de son allié iranien, l’affaiblissement du « bloc sunnite » pèse directement sur la défense des intérêts américains et sur la capacité de l’impérialisme américain à stabiliser la région sous son hégémonie. Après un passage de Trump dans la région qui avait peut-être donné des ailes à Riyad pour enclencher son offensive contre le Qatar, l’accord signé par Rex Tillerson apparaît comme une sorte de « rattrapage » du chef de la diplomatie après les erreurs de Donald Trump. La question de savoir à quel point le nouveau président maîtrise la diplomatie de la première puissance mondiale est plus que jamais ouverte, au moment où ses frasques déstabilisent des blocs plus fragiles que jamais. L’ex PDG d’Exxon Mobil réussit donc à apaiser quelque peu les tensions, quoique le chapitre soit loin d’être clos.

Le cycle de poussées révolutionnaires arabes et de guerres, ouvert en 2011, a constitué une nouvelle phase dans la déstabilisation qui touche la région depuis la chute de l’URSS et la première guerre du Golfe (1991). Le soutien du Qatar aux Frères musulmans, courant politique hostile à la monarchie saoudienne et son ouverture vis-à-vis de l’Iran est de moins en moins supportable pour Riyad, qui entend réaffirmer son influence dans la région, avec l’aide des USA. Téhéran, qui s’appuie déjà sur le régime syrien et sur le Hezbollah libanais, soutient la rébellion des Houthis au Yémen dont le président destitué était un proche allié des saoudiens, et intensifie sa présence en Irak à travers plusieurs milices confessionnelles chiites.

Crédits photos : Stringer / AFP / Getty Image




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