Politique

Après la déchéance de nationalité

« Il y a un problème avec l’islam ». Quand Hollande chasse de nouveau sur le terrain du FN

Publié le 13 octobre 2016

Joan Manchette

Des extraits des confessions d’Hollande, d’un «  président (qui) ne devrait pas dire ça  », titre du livre publié par les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, circulent dans les médias. C’est en « privé » qu’Hollande se confie sur son quinquennat, avançant tant bien que mal vers la campagne des présidentielles. Lui qui il y a à peine un mois voulait apparaitre comme le « rassembleur de son camp » avec Sarkozy en ligne de mire, penche toujours plus sur la droite, une droite réactionnaire, raciste, sexiste et islamophobe.

C’est ainsi qu’à côté de ses confidences sur ses relations amoureuses, entre Julie Gayet et Valérie Trierweiler, Hollande avoue qu’ « il y a un problème avec l’islam » et un peu plus tard qu’ « il y a trop d’arrivées, d’immigration qui ne devrait pas être là ». Un « problème » avec l’islam et les immigrés que la France a depuis bien (trop) longtemps, une islamophobie et un racisme qui s’expriment ouvertement au détour d’une conversation entre Hollande et des journalistes, mais qui irriguent profondément la société française. Un racisme d’Etat qui est véhiculé en premier lieu par ceux qui nous gouvernent et en sont les principaux artisans. D’ailleurs, ce que le Président a à nous confier ressemble de près à la ligne déjà adoptée par Valls : un couple au pouvoir qui se retrouve donc sur la même longueur d’onde.

Opposé fin août aux arrêtés anti-burkini, Hollande voulait apparaître, en contrepied de Valls, comme le garant de la « cohésion nationale » où la « stigmatisation » et la « provocation » n’ont pas leur place. A l’approche du 13 novembre et de l’anniversaire des attentats, il semble qu’Hollande et Valls soient nostalgiques de cette (courte) période où leur gestion « exemplaire » des attentats était saluée, leur police applaudie, leur côte de popularité au plus haut et où ils apparaissaient comme les grands défenseurs de la République. Hollande est en guerre contre le « sarkozysme » tout en en reprenant très bien l’essence : la rhétorique du tout-sécuritaire et du « problème islamique ».
A son tour, Hollande nous fait le coup du « franc-parleur », qui dit ce qu’il pense et ce que « tout le monde pense » : « Qu’il y ait un problème avec l’islam, c’est vrai. Nul n’en doute. [...] Il y a un problème avec l’islam, parce que l’islam demande des lieux, des reconnaissances. Ce n’est pas l’islam qui pose un problème dans le sens où ce serait une religion qui serait dangereuse en elle-même, mais parce qu’elle veut s’affirmer comme une religion dans la République. Après, ce qui peut poser un problème, c’est si les musulmans ne dénoncent pas les actes de radicalisation, si les imams se comportent de manière antirépublicaine...  »

Depuis le « je suis Charlie », Hollande et Valls ont adopté, sans trop de difficultés et chacun dans son style, un ton martial, l’air grave, en appelant à la responsabilité de tout en chacun, aux valeurs de la république, à l’ordre. L’injonction permettant de déterminer qui sont ceux et celles qui oeuvrent à la cohésion nationale, qui veulent défendre leur patrie, qui sont du côté de la République, de ses valeurs, de distinguer les « bons » musulmans, les « assimilés », des autres, qui eux encourent le risque d’être suspectés de soutenir les terroristes ou d’en être.

Sur la même longueur d’onde que son premier ministre, Hollande clarifie la position du gouvernement PS : la République n’est pas compatible avec l’islam. Le 29 août, Valls professait que [« Marianne, elle, a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre ! C’est ça la République »http://www.revolutionpermanente.fr/Les-seins-de-Marianne-ne-serviront-ni-a-stigmatiser-les-musulmanes-ni-a-renvoyer-les-femmes-a-la]-> ; Hollande en accord, total, avec le combat ouvert, islamophobe, raciste et sexiste du bonnet phrygien contre le voile islamique, remanie à peine la première déclaration et s’en explique : « La femme voilée d’aujourd’hui sera la Marianne de demain. [...] Parce que [...] d’une certaine façon, si on arrive à lui offrir les conditions pour son épanouissement, elle se libérera de son voile et deviendra une Française, tout en étant religieuse si elle veut l’être, capable de porter un idéal. Finalement, quel est le pari que l’on fait ? C’est que cette femme préférera la liberté à l’asservissement. Que le voile peut être pour elle une protection, mais que demain elle n’en aura pas besoin pour être rassurée sur sa présence dans la société. » Depuis, chacun y va de son interprétation sur la première phrase qui a été isolée du reste. Une chose est sûre c’est que le discours commence à être bien rôdé, et quoi de plus insupportable que ce discours hérité de la France coloniale, civilisateur, qui sous couvert de libérer le corps des femmes de confession musulmane, propage à ses pires heures, racisme et islamophobie.

Hollande s’est gardé de tenir de tels propos face aux français, en direct, pourtant le message envoyé est clair, le président n’en pense pas moins et en dit plus qu’hier. Ce discours qui était l’apanage de la droite se traduit aujourd’hui concrètement à travers des politiques, avancées par la gauche, soutenues par la droite et l’extrême droite qui estiment, elles, que c’est le « strict minimum » : du démantèlement de la « jungle » de Calais, à l’état d’urgence permanent, au renforcement d’une police raciste et qui jouit d’une totale impunité, jusqu’aux lois qui visent à nous exploiter toujours plus durement et particulièrement les couches sociales les plus exploitées qui sont également en grande partie racisées.