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Genres et Sexualités

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L’université de Tours ouvre des toilettes non genrées

Un an après la demande d’un de ses étudiants l’université François-Rabelais de Tours sera la première université française à prendre (un peu) en compte les souffrances et la discrimination que subissent au quotidien les personnes trans dans les milieux étudiants. Pour cette nouvelle rentrée universitaire, la fac mettra à disposition des toilettes « non genrées » et reconnaîtra pour la première fois le prénom d’usage d'un étudiant, qui sera utilisé dans les listes mails et pour ses diplômes.

Lors de la rentrée de 2016, Charly, un étudiant en psychologie en l’université de Tours a interpelé la chargée de mission diversité, égalité et handicap de l’université, Concetta Pennutto, sur les problèmes, les discriminations et les souffrances auxquelles se confrontent les personnes trans dans les facultés.

La non prise en compte des questions trans à l’université oblige les personnes trans à tenter de faire reconnaître en permanence leur droit d’utiliser leur prénom d’usage et de se faire reconnaître selon leur identité de genre assumée.

Pour les personnes qui présentent des identités ou des expressions de genres différentes, la vie au quotidien est une bataille permanente qui est bien souvent invisibilisée… Elles doivent faire face à des situations violentes, au harcèlement et aux discriminations. Des situations simples, comme aller aux toilettes, deviennent de véritables sources de malentendus et de souffrances.

« On a découvert que c’était un problème sensible dans toutes les universités, mais que jusqu’ici, personne ne faisait rien », constate Concetta Pennuto.

En mai 2016, aux États-Unis, une circulaire avait été appliquée pour que l’accès aux toilettes dans les universités se fasse selon le genre auquel l’étudiant s’identifie. En février 2017, Donald Trump avec ses mesures rétrogrades et LGBTI-phobes, supprimait ces recommandations. En France, Frédéric Potier, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine LGBTI explique qu’« aucun décret ou texte de Loi n’encadre ces mesures en milieu scolaire ».

La bataille des personnes trans à l’université en France n’est pas une nouveauté. Mais ce qui est nouveau, c’est que les institutions universitaires commencent à se faire écho de la situation d’oppression et discrimination que subissent les personnes trans dans les milieux éducatifs et au quotidien.

Alors, l’université de Tours a décidé de faire un pas en avant en s’appuyant sur la modification de la loi sur les discriminations de 2016 où il y est apporté la modification identité de genre à la place d’identité sexuelle. « Même si cela ne concernait qu’un seul étudiant, c’est important qu’il puisse poursuivre ses études dans les meilleures conditions, c’est une question d’égalité des chances », affirme Concetta Pennuto.

Ainsi, elle explique que dans la série de mesures qui vont se mettre en place dès cette année : « la carte d’étudiant de l’université de Tours ne fera plus mention du sexe et chaque étudiant peut faire indiquer son prénom d’usage ».

En conséquent, des travaux ont commencé sur la fac, « des toilettes neutres, sans signalétique homme ou femme et sans urinoir, vont être créées. Il y aura toujours des toilettes genrées, mais aussi des non-genrées. Pour celles-ci, des étudiants proposent actuellement des logos ».

Ce sont de petits acquis mais une avancée significative pour un début de reconnaissance des personnes trans. Une autre mesure mise en place, est le fait que « quand un-e diplômé-e a modifié son état civil, il/elle peut se faire éditer un nouveau diplôme avec le nouveau prénom ». Bien évidemment, tout cela n’est pas assez et ce n’est pour l’instant qu’un cas isolé.

Selon Concetta Pennutto, « il/elle n’aura donc plus à se justifier sur la différence de prénom dans sa vie professionnelle. Le but est de permettre à chacun de vivre sa vie étudiante sans discrimination ni jugement ». Mais pour réussir à changer son état civil en France, on est encore loin des avancées de l’université de Tours. Pour faire le changement, on doit obligatoirement passer devant un tribunal de grande instance et être représenté par un avocat. Et ce n’est pas tout, puisque ce changement d’état civil est conditionné à une « opération de réassignation sexuelle », qui n’est souvent pas voulue par les personnes concernées.

C’est évident que tout acquis est une avancée non négligeable, mais pour autant le ciel est loin d’être rose pour les personnes trans. Les discriminations sont toujours présentes que ce soit sur le lieu d’étude, de travail ou dans le quotidien. C’est un combat qu’il faut continuer à mener comme disait Lyly, étudiante trans anglaise menacée d’exclusion de son école pour avoir porté un uniforme féminin : « A tous les étudiants transgenres, continuez de vous battre. Ne vous laissez pas abattre. »




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