Monde

Un peu d’histoire

La Corée du Nord, c’est quoi ?

Publié le 6 janvier 2016

Dirigée à l’origine par Kim Il-sung qui avait conduit la guerre de résistance en Mandchourie contre l’occupation japonaise, la Corée du Nord est née à la suite de l’occupation partielle de la péninsule coréenne par l’Armée Rouge, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et la sécession du Sud, en 1948. A la fin de l’effroyable conflit entre Pyongyang et Séoul qui ne prit fin qu’en 1953, le Nord de la péninsule avait été dévasté par trois ans de bombardements conduit par les Etats-Unis, sous mandat de l’ONU. Plus tard, c’est le président Eisenhower qui a acheminé tout un arsenal nucléaire au Sud au début de l’année 1958, malgré une armistice qui interdisait l’introduction d’armements nouveaux. Les armes introduites incluaient toute une panoplie d’artillerie et de missiles, les avions F-4 américains armés de bombes à tête nucléaire étant en état d’alerte permanent. Toutes ces provocations étaient le fait de la seule puissance qui a utilisé l’arme atomique à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à Hiroshima et Nagasaki.

Juan Chingo

D’entrée de jeu, donc, la Corée du Nord a été un Etat ouvrier déformé où la bourgeoisie avait été expropriée et l’économie placée sous le contrôle bureaucratique de l’Etat. Durant les premières années de son existence, la Corée du Nord a embrassé la structure industrielle et de domination politique de son voisin stalinien.
Plus tard, dans sa tentative de trouver une position intermédiaire entre l’URSS et la République Populaire de Chine, Pyongyang a commencé à développer une idéologie autonome en raison, d’abord, de l’éloignement vis-à-vis de Moscou en 1955, puis de façon plus ouverte au milieu des années 1960. L’idéologie « Juche » (« autosuffisance », en coréen) est l’un des exemples les plus aberrants et extrêmes de la théorie de la « construction du socialisme dans un seul pays ». Cette conception complètement opposée à toute idée d’internationalisme prolétarien, se base sur l’adaptation monstrueuse de la bureaucratie à un contexte hostile, à la présence d’alliés puissants à ses frontières comme l’ex-URSS et la Chine, au poids de l’héritage du passé colonial japonais, à l’agressivité militariste nord-américaine et sud-coréenne durant la Guerre Froide et au retard économique général du pays, le tout teinté de références néo-confucéennes.

La « pensée Juche » mêle dès son origine nationalisme coréen et culte de la personnalité du « Grand leader ». Après sa mort en 1994, c’est son fils, Kim Jong-Il, qui lui succède à la tête du parti unique, le PTC, et comme président de la Commission Nationale de Défense. C’est enfin le fils de Kim Jong-il, Kim Jong-un, qui a pris la suite, en 2012, révélant le caractère dynastique du régime combinant des formes traditionnelles de légitimité et des structures d’Etat totalement bureaucratiques. Socialement, il y a un fossé énorme qui sépare les conditions de vie des privilégiés et de l’élite au pouvoir et celles, extrêmement dures, de la population dans les villes et les campagnes.

Depuis 1990, avec la disparition de l’URSS et la fin de la protection de Moscou, avec l’instauration d’un virage ouvertement restaurationniste et pro-capitaliste de la bureaucratie de Pékin et avec l’épuisement de la dynamique extensive de l’industrie nord-coréenne, le régime de Pyongyang a eu recours à des manœuvres politico-militaires mais a également cherché différentes voies pour trouver une nouvelle localisation dans un monde où les alliés venaient à manquer et qui lui était de plus en plus hostile. Ainsi, bien que le pays conserve encore une économie centralisée, des liens ont été rétablis le gouvernement sud-coréen de Kim Dae-Jung entre 1998 et 2003 (à l’initiative de ce que l’on a appelé la « Sunshine Policy » visant à améliorer les relations entre les deux Corées, autorisant les visites touristiques des citoyens du Sud et aboutissant à la première rencontre, en 2000, entre des chefs de gouvernements des deux pays). Quelques zones spéciales, ouvertes aux investissements, ont été mises en place. Le complexe industriel de Kaesong est l’un des derniers vestiges de cette période.

Parallèlement, le besoin en capitaux et en investissement de l’économie nord-coréenne et son ouverture partielle ont créé d’énormes opportunités pour les entreprises chinoises. Cependant, ces tendances à la transformation de la classe dirigeante nord-coréenne en une bureaucratie à la chinoise ou encore le scénario d’une réunification à l’allemande n’ont pas pu se développer jusqu’au bout principalement en raison de considérations géopolitiques. Dernièrement cependant, les autorités nord-coréennes ont déclaré vouloir suivre l’exemple singapourien, à savoir un pays combinant un fort développement capitaliste à un modèle politico-bureaucratique fondé sur la discipline et l’ordre, indiquant bien le caractère répressif du régime nord-coréen qui cherche à se perpétuer, par-delà la crise de la base sociale qui en est à l’origine.

Au-delà des provocations et des bravades de Pyongyang, c’est donc bien Washington qui représente le plus grand facteur de déstabilisation de la paix régionale, instrumentalisant les tensions à des fins géopolitiques, notamment contre la Chine. Les marxistes révolutionnaires qui combattent pour la révolution socialiste internationale, pour en finir avec l’impérialisme, source de toutes les guerres et de l’accumulation suicidaire d’armement nucléaire, ne peuvent s’opposer au droit de la Corée du Nord au développement de l’armement nucléaire comme élément dissuasif face à la politique agressive de Washington. Il est certain, parallèlement, que la seule solution qui permettrait d’assurer la paix dans la région serait que la classe ouvrière coréenne, des deux côtés de la frontière, unifie ses efforts pour chasser l’impérialisme nord-américain de la péninsule. C’est uniquement ainsi qu’il serait possible d’envisager une réunification progressiste de la Corée, à travers le combat indépendant de la classe ouvrière coréenne, aussi bien au Nord qu’au Sud. Toute autre issue, forçant la situation actuelle, ne peut que contribuer à creuser le sillon de la guerre.

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