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Politique

Moyen Orient

La France dans les starting-blocks pour bombarder (encore) la Syrie

C'est par la voix du chef des armées françaises que le ton est donné. Derrière le sempiternel argument de l'utilisation d'armes chimiques, la France se tient prête à bombarder allégrement la Syrie, et plus précisément l'enclave d'Idlib, dernier foyer rebelles dans le viseur d'al-Assad et Poutine.

Alors que l’enclave d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, est le théâtre d’une montée des tensions entre les forces rebelles syriennes d’un côté, et le régime de Bachar al Assad soutenu par la Russie de Poutine de l’autre, la France entend mettre son grain de sel dans l’affaire. Ainsi, le général François Lecointre, chef des armées, a annoncé ce jeudi 6 septembre que la France se tenait prête à intervenir militairement, dans le scénario ou des armes chimiques seraient utilisés.

L’argumentaire est donc le même que lors des derniers bombardements français sur la Syrie en avril dernier, épaulé par les bombes britanniques et américaines. L’enclave d’Idlib, abritant plus de 3 millions d’âmes et dernier bastion rebelle, se retrouve donc être le nouveau terrain d’affrontement entre puissances impérialistes et puissances à influence régionale. De quoi déstabiliser un peu plus l’ensemble de la région, déjà ravagé par la guerre.

Décrédibilisé sur le plan international, affaibli en interne. Le retour du « chef de guerre » Macron pour redorer le blason du « président des riches » ?

Alors que des personnalités peu connues pour leur « frilosité » sur le plan guerrier semblent privilégier la carte de la temporisation, Macron adopte une attitude extrêmement agressive. En effet, le président turc Erdogan avec son régime de plus en plus autoritaire a mis en garde la Syrie, l’Iran et la Russie des conséquences d’un « massacre » et d’une « catastrophe humanitaire » tandis que Donald Trump se montre lui aussi prudent. Le président américain a ainsi appelé ces trois puissances à ne pas mener d’offensives inconsidérées. Toutefois, il s’agit de rappeler que la posture de ces pays n’a rien d’humanitaire. Pour la Turquie, il s’agit d’éviter une confrontation qui pourrait mener plus d’un million de réfugiés sur son territoire et raviver des tensions avec la Russie dans un contexte où Erdogan est fragilisé par la situation économique intérieure. Quant aux Etats-Unis, confronté à un déclin de leur hégémonie au niveau international, ils ne disposent pas directement de la main dans cette région et un accord avec la Russie pour une solution négociée permettrait d’éviter toute escalade dans une région hautement explosive. Dans les faits, aucune puissance, impérialiste ou régionale, n’a un intérêt direct à l’escalade de la confrontation.

La position de l’impérialisme français apparaît donc bien plus tranchée, mais elle est en réalité de peu de poids dans la suite du conflit. Dans les faits, après un début de quinquennat où Macron cherchait à apparaître comme une sorte de médiateur à échelle internationale, le président français s’est retrouvé totalement humilié sur le plan géopolitique. Avec, comme dernier symptôme de sa décrédibilisation, les départs de PSA et de Total de l’Iran sous pression de Washington. Une marginalisation alimentée par le fait que l’Union Européenne n’a aujourd’hui aucun poids sur le plan géopolitique.

Ce tableau international peu glorieux à échelle internationale se combine à un été ponctué par les crises politiques sur le plan national – affaire Benalla et démission de Hulot en tête – ayant dévoilé aux yeux de tous l’épuisement du projet macroniste et le retour du « vieux monde » politique après une seule année de mandat.

En cette rentrée sociale, et pour aborder un an II du quinquennat chargé en réformes sociales, Macron se doit donc de réaffirmer son autorité. Pour le « président des riches », et comme c’est généralement le cas, cela passe donc par endosser le costume de « chef de guerre ». Dans la plus grande tradition du bonapartisme caractéristique de la V° République.

Crédit Photo : Michel Euler. AFP




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