Monde

Manu militari vers la Turquie

La France prête ses CRS pour matraquer les migrants en Grèce

Publié le 4 avril 2016

La saison de la chasse aux migrants est officiellement ouverte en Grèce. Partie très tôt ce matin dans l’obscurité de l’aube, sans grande médiatisation, une cinquantaine de CRS français sont partis faire la chasse sur l’île Lesbos. Le produit du récent accord entre l’Union européenne et la Turquie sur la question de l’accueil des migrants.

Ivan Matewan

Officiellement, ces 50 CRS ont été envoyés pour « aider la Grèce à faire face à la crise migratoire » à la suite de l’accord abject passé entre Bruxelles et Ankara. En réalité, ils sont allés, après avoir acquis l’expérience nécessaire en la matière cette année à Paris comme à Calais, dans le but de traquer les migrants et de les expulser de l’Union européenne vers la Turquie, chargée à son tour de les expulser vers leurs pays d’origine. La petite pierre qu’apporte donc la France au renforcement de l’agence européenne Frontex responsable de « protéger » les frontières européennes de plus en plus militarisées.

L’accord contre les migrants passé entre l’Union européenne et la Turquie prévoit la mobilisation d’au moins 4 000 agents en plus aux frontières européennes. Dans ce cadre, la Grèce doit notamment organiser le renvoi vers la Turquie de tout migrant arrivant sur ces rivages. En échange, les pays impérialistes, premiers responsables des bombardements et de la misère que cherchent à fuir des dizaines de milliers de personnes du Proche et Moyen-Orient, se sont engagés à accueillir environ 72 000 syriens selon une méthode d’échange on ne peut plus douteuse : pour chaque Syrien renvoyé de la Grèce, un Syrien sera accueilli depuis la Turquie. Avec une générosité presque exagérée, la France s’est engagée, elle, à accepter la venue de 81 Syriens au cours des prochains six mois.

Mais sa générosité ne s’arrête pas là. Selon le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, les 50 CRS qui sont arrivés en Grèce aujourd’hui « seront suivis par 22 policiers de la Préfecture de Police de Paris et 50 gendarmes qui arriveront sur l’île de Chios les 3 et 4 avril. » Une générosité qui ne fera qu’aggraver la condition des migrants et rendre l’atmosphère encore plus anxiogène entre les barbelés européens.