Monde

Leur « crise migratoire »

La Grèce à nouveau menacée d’expulsion… Cette fois de l’espace Schengen

Publié le 26 janvier 2016

« Il est clair que si nous ne pouvons pas protéger la frontière gréco-turque, la frontière Schengen va se déplacer vers l’Europe centrale ». Ces mots clairs et menaçants à l’égard de la Grèce ont été prononcés par la ministre de l’Intérieur autrichienne, Johanna Mikl-Leitner. La soi-disant « crise migratoire » en Europe ne s’arrête pas malgré l’hiver et les discours deviennent de plus en plus explicitement xénophobes et les mesures réactionnaires de plus en plus drastiques. Progressivement, l’Union européenne avance vers la faillite complète de l’espace Schengen.

Lors d’une réunion « informelle » des ministres de l’Intérieur européens lundi dernier à Amsterdam, la Commission européenne a été saisie pour qu’elle analyse une demande de prolongation pour deux ans des contrôles aux frontières internes de l’espace européen de « libre circulation ».

Il s’agit d’une mesure délicate mais tout à fait compatible avec « l’esprit européen ». Une mesure qui révèle le caractère réactionnaire sur toute la ligne de l’UE : face à la catastrophe que vivent des milliers de migrants sur le sol européen, la seule réponse est la répression. Et quand celle-ci est jugée insuffisante chez le voisin, on ferme la frontière, on « sous-traite » la gestion des réfugiés.

C’est ainsi que des idées qui, il n’y a pas si longtemps, pouvaient paraître « absurdes » commencent à avoir du poids. La dernière en matière de « protection des frontières » est l’expulsion de la Grèce de l’espace Schengen. La Grèce serait devenue incapable de protéger sa frontière avec la Turquie ainsi que d’empêcher que les migrants avancent à travers sa frontière nord vers l’Allemagne, l’Autriche et autres pays riches du continent. On évoque même la création d’une nouvelle force de surveillance des « frontières extérieures » de l’UE qui pourrait mener des missions, y compris sans l’accord du gouvernement local.

Fini le temps où l’on faisait semblant de « dénoncer » le premier ministre hongrois, Viktor Orban, pour avoir fait ériger un mur de barbelés sur ses frontières avec la Serbie et la Croatie pour empêcher que les migrants traversent le pays. Aujourd’hui, il s’agit de « créer des Hongries partout » ; d’ériger des murs pour empêcher les migrants d’avancer vers les pays où ils désirent s’installer.

Les 3 milliards d’euros donnés au régime turque pour stopper le flux migratoire ont été versés en vain. Le gouvernement d’Erdogan a pris quelques mesures pour inciter les réfugiés à rester en Turquie, comme des permis de travail pour 2 millions de syriens. Mais rien n’y fait. Depuis le début de l’année, on estime que plus de 40.000 réfugiés ont traversé la frontière turco-grecque.

Maintenant, les pays centraux de l’UE veulent accélérer et réaliser un projet qu’ils ont de longue date : transformer la Grèce en leur camp de concentration pour les réfugiés. Et si cela ne se fait pas avec la coopération du gouvernement grec, ça se fera à son insu !

Pour ce faire, l’UE a un nouveau « meilleur allié » : la Macédoine. Le plan consiste à renforcer sa frontière avec la Grèce, la fermer s’il le faut, avec des policiers, des gardes frontières internationaux, des barbelés. Les réfugiés ne devraient pas quitter la Grèce. Et les autorités macédoniennes sont prêtes à jouer leur rôle de vassaux semi-coloniaux des puissances impérialistes européennes. Par contre, les travailleurs et les jeunes macédoniens qui voudraient aller vivre dans ces pays riches du continent, pour la plupart, seront traités de la même façon que les migrants venus de Syrie, Afghanistan, Irak, Somalie ou n’importe quel autre pays dévasté par la guerre ou la spoliation.

Le gouvernement grec, qui fait de son mieux (pour arrêter les migrants … et ceux qui les aident), a vivement protesté en déclarant qu’il ne veut pas que son territoire devienne un « cimetière d’âmes », une « chambre noire » pour les réfugiés. Il dénonce le manque de « solidarité » de ses « partenaires ».

La « crise migratoire » en Europe a poussé les dirigeants du continent dans une spirale réactionnaire vertigineuse. Ce ne sont plus juste des discours. Les mesures prises sont effrayantes. En effet, parallèlement au débat sur l’expulsion/suspension de la Grèce de l’espace Schengen, on apprenait ces dernières heures que le parlement danois votait une loi autorisant la confiscation des biens des migrants pour … financer leur « séjour dans le pays ». Définitivement, la caste politicienne européenne entend conserver et renforcer le statut de l’Europe comme l’une des régions les plus hostiles du monde aux migrants.