Monde

Le retour de la lutte des classes ?

La Grèce paralysée par la grève générale contre la réforme des retraites

Publié le 4 février 2016

Damien Bernard

Ce jeudi, la Grèce était paralysée. Arrêt de travail, transports bloqués, la journée de grève générale a mobilisé plus de 50 000 personnes dans toute la Grèce. Au cœur de ces cortèges une seule et même préoccupation : la lutte contre cette nouvelle « réforme » des retraites défendue par le gouvernement Syriza-Grecs Indépendants (ANEL) conduit par Alexis Tsipras.

Plus de 40 000 manifestants à Athènes, 14 000 à Thessalonique, deuxième ville du pays, ont participé à cette mobilisation, la plus massive depuis l’élection de Tsipras, et l’arrivée de Syriza au pouvoir, en janvier. Sur plusieurs bannières on peut lire : « Pas touche aux retraites » ou encore « Quand on a 50% d’impôts directs et indirects et 20% de cotisations sociales, vous comprenez que nous allons avoir des problèmes ». Les transports urbains, ferroviaires, aéroportuaires et maritimes étaient également perturbés tandis que la capitale était également plongée dans un calme inhabituel par l’absence des milliers de taxis de la ville.

Les manifestants étaient répartis dans trois cortèges, ceux du PAME proche du KKE, le plus important en nombre, des grands syndicats du public et du privé Adedy-GSEE et de la gauche radicale. C’est la troisième fois que le Premier ministre Alexis Tsipras affronte une grève générale. Les manifestants étaient deux fois plus nombreux qu’en novembre et près de trois fois plus qu’en décembre.

Au-delà des secteurs traditionnels, ce sont aussi un nombre record de professions qui sont descendus dans la rue. Assureurs, vétérinaires, avocats, agriculteurs ou médecins ont défilé aux côtés des fonctionnaires et de nombreux employés du privé. En effet, les professions libérales sont vent debout contre la réforme des retraites qui va fragiliser encore un peu plus leurs sources de revenus, même s’il ne s’agit pas du secteur qui, jusqu’à présent, a le plus souffert de la crise.

Ainsi de nombreux commerces étaient fermés pour dénoncer une réforme qui frappe de plein fouet les travailleurs indépendants, ainsi que les agriculteurs. Depuis le 22 janvier, ces derniers campent sur les grands axes routiers, et bloquent depuis lundi les postes-frontières avec la Bulgarie et la Turquie. A Athènes, la police a réprimé des manifestants par des tirs de gaz lacrymogènes, les groupes de jeunes répondants par des cocktails Molotov avant d’être rapidement chassé.

Déjà bien réchauffée par les 48 heures de grève, le 21 janvier, le monde du travail, ainsi que des travailleurs indépendants, manifestent ensemble contre les nouvelles mesures d’austérité, malgré le nombruses tentatives de division du gouvernement. Alors que la majorité Syriza-ANEL ne tient qu’à un fil à la Vouli (153 députés sur 300), non seulement les ministres de Tsipras montrent des signes de fébrilité mais aussi les créanciers qui voient d’un mauvais œil ce regain des mobilisations.

En effet, le jour de la grève générale, la dirigeante du FMI, Christine Lagarde, a déclaré que le FMI ne voulait pas imposer de "mesures draconiennes" en Grèce mais réclame toutefois plus d’efforts d’Athènes sur la réforme des retraites. Ce tandis que Bruxelles et sa Commission européenne ont annoncé réviser en hausse jeudi ses prévisions économiques pour la Grèce, tablant sur une récession moindre en 2016 et un rebond grâce aux réformes. En Grèce, le retour de la lutte des classes ?