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Grève Générale en Guyane

La Guyane s’invite dans le débat présidentiel

Source Photo : CNEWS Matin Alors que la Guyane vient d’achever une deuxième journée de grève générale, le gouvernement s’active pour trouver une issue au conflit et canaliser la colère sociale.

Face à la forte mobilisation en Guyane, chacun a son mot à dire. Lorsqu’Emmanuel Macron parle de la Guyane comme étant une île, cette seule expression montre jusqu’où va le mépris de la caste politicienne pour ses anciennes colonies. Non, il n’y a pas que des fusées en Guyane, il y a aussi toute une population qui souffre de l’impérialisme français.

Le PS tente de sauver les meubles et d’éteindre la révolte


Face au plus gros conflit de ces dernières années qu’a connu la Guyane, après son deuxième jour de grève générale illimitée, le premier ministre Bernard Cazeneuve a annoncé ce mardi soir dans un communiqué que le ministre de l’Intérieur Matthias Fekl et la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts se rendraient en Guyane mercredi afin de trouver une issue au conflit et pour tenter d’apaiser la colère alors que la situation sur place est clairement explosive.

Alors que la Guyane est aujourd’hui totalement bloquée, les ministres français émettent quelques réticences à entrer sur le territoire. Non seulement l’aéroport est bloqué, mais Cazeneuve exige aussi que « le calme revienne », craignant que l’accueil qui soit fait à la délégation ne soit pas des plus chaleureux. Dans le même sens, Bareigts assure «  ne pas avoir peur », mais fixe tout de même un préalable à sa visite : « lorsque les conditions seront réunies et que les choses auront bien avancé, que des garanties soient données pour obtenir le respect de l’ordre républicain ». Son cabinet confirme : «  ce n’est pas la place de la ministre d’aller sur place à chaud, faute d’identification des revendications. On commence à avoir les premières remontées. » La ministre, par ailleurs Réunionnaise de naissance, souhaite clairement garder ses distances avec la population guyanaise mobilisée.

Alors que les revendications sont essentiellement sociales (25% de chômage chez les actifs, près de 40% de la population adulte est illettrée, etc) et concernent l’emploi ou la défense des services publics, le gouvernement a décidé d’entendre qu’une partie du mouvement qui réclame des mesures sur les questions sécuritaires. En ce sens il n’est pas étonnant que Cazeneuve déclare sa volonté de construire un « centre pénitentiaire et un tribunal de grande instance à Saint-Laurent-du-Maroni  ». Une manière de chercher à diviser le mouvement en cédant à une partie seulement des revendications, celles les plus réactionnaires puisqu’elles viennent des milieux institutionnels ou d’extrême droite, qui tentent de reporter la colère populaire contre les «  voyous étrangers », dans un contexte où le sentiment d’insécurité est important.

L’ancienne ministre de la Justice appelle à sa manière à l’apaisement : « sinon le blocage va durer (…) c’est la responsabilité de tous ». D’origine guyanaise, Christiane Taubira défend elle aussi l’action du gouvernement qui, selon elle, a «  incontestablement (...) agi puisqu’il a augmenté les forces de police et de gendarmerie  ». Une manière encore une fois bien répressive de comprendre et de traiter la colère sociale.

Le Pen et Dupont-Aignan, fidèles à l’héritage colonial


Pour la candidate du Front National, les Guyanais sont « submergés par l’immigration illégale » : pour y remédier, la candidate frontiste propose de «  doubler le nombre de gendarmes » et de créer un ministère de la mer et des outre-mer. Allant de pair avec le renforcement policier, ce qu’elle propose n’est que le renforcement du contrôle de l’Etat français sur la Guyane, tant sur l’aspect sécuritaire que sur un aspect administratif. Mieux gérer l’administration de la Guyane ? Le Pen semble clairement tenir aux colonies de l’ancien empire français.

Par ailleurs, elle dénonce sur Europe 1 les blocages mais elle « les comprends, ce ne sont pas des syndicalistes, mais des citoyens qui se sont constitués parce qu’ils n’en peuvent plus de voir que l’Etat ne remplit pas sa mission. » Sur fond d’électoralisme, Marine Le Pen minimise le poids des syndicalistes et travailleurs combattifs, en cherchant à réduire le mouvement à une « mobilisation citoyenne ». Or c’est bien le poids des grèves massives et les blocages organisés par les ouvriers qui font la radicalité de ce mouvement et qui paralyse la Guyane dans son ensemble : plus que de la colère, c’est un rapport de force qui se crée.

De son côté, Nicolas Dupont-Aignan a déclaré lundi matin sur France 2 que « le premier ministre devrait aller en Guyane », parce que «  les Guyanais méritent qu’on leur parle, qu’on les écoute  ». De même pour le candidat de Debout La France, le contrôle sur l’ancienne colonie semble primer, avec un discours empreint d’un fort populisme. Ce ton condescendant est aussi la preuve que l’héritage colonial est clairement assumé du côté de la droite et de l’extrême-droite.

A quelques semaines seulement du premier tour, il est clair que la Guyane s’est invité dans le débat présidentiel et que tous les candidats cherchent à leur manière de récupérer la colère sociale à son avantage. Les travailleurs, les jeunes, et les secteurs populaires qui sont mobilisés depuis plusieurs jours ne doivent compter que sur eux-mêmes pour venir à bout de leurs revendications.




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