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Monde

Crise des migrants. L’hypocrisie de la CEDH

La Hongrie de Viktor Orban condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme

La Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) a condamné la Hongrie pour la détention et l'expulsion de deux demandeurs d'asile originaires du Bangladesh. Mais la CEDH est une instance de l'Union Européenne, est elle-même responsable de cette crise migratoire et de sa gestion.

Sadek Basnacki

La Hongrie est dirigée par le premier ministre Viktor Orban, président du Fidesz, parti très conservateur et premier parti de Hongrie. Depuis 2015, le gouvernement ne cesse d’accentuer sa politique anti-migratoire. Il a fermé les frontières du pays et a installé un mur de barbelé à sa frontière avec la Serbie, long de 175km. Le parlement est largement dominé par son parti et le parti d’extrême droite Jobbik. Ils ont donc les mains libres pour mettre en place leur politique réactionnaire, notamment vis-à-vis des migrants. Les partisans d’Orban viennent d’ailleurs de faire adopter une loi qui permet de placer en détention systématique tout demandeur d’asile.

Viktor Orban refuse d’appliquer le programme de répartition de 160 000 réfugiés, voté à la majorité des pays membres de l’UE. Une répartition que les gouvernements européens ne respectent pas dans leur ensemble. L’Allemagne, qui a pris « ce dont elle avait besoin » pour pallier le vieillissement de sa population et répondre à la demande de main d’œuvre est maintenant plus réfractaire à accueillir les migrants. Le gouvernement de Valls et Hollande n’avait accueilli, il y a encore quelques mois, que 1330 migrants sur les 30 000 prévus d’ici fin 2017.

On reproche à Viktor Orban d’opposer également son veto à la mise en place de corridors humanitaires qui permettraient à des familles syriennes de gagner l’Europe sans se risquer à traverser la Méditerranée. Il s’agirait surtout d’un corridor permettant de faire un tri entre le « bon » migrant et le « mauvais », ce qui favoriserait la peur déjà omniprésente d’être refoulé. Côté Méditerrannée, où des centaines de milliers ont tenté leur chance au péril de leur vie ces dernières années, les opérations de l’agence Frontex, agence européenne qui gère les frontières extérieures de l’UE, « Mare Nostrum » et « RABIT », sont antérieures à la crise migratoire de 2015. RABIT fait la chasse aux migrants, comme on fait la chasse aux lapins, dans la mer Égée et contrôle les centres de rétentions de migrants en Grèce, en Turquie et en Bulgarie, où l’agence a construit un mur de barbelé. L’opération « Mare Nostrum », notre mer, nom qui rappelle à la fois l’expansionnisme romain et surtout l’expression utilisée par l’Italie fasciste pour nommer la Méditerranée, a été menée par la marine italienne puis reprise par Frontex sous le nom « d’Opération Triton ».

Une autre opération en 2013, l’opération « Zeus Xenios », lancée par le gouvernement grec à la solde de la troïka européenne a fait parler d’elle. Au nom du dieu de l’hospitalité, des migrants ont été harcelés et battus par la police, aidée par les milices fascistes d’Aube Dorée. Ils ont ensuite été enfermés dans des camps puis expulsés de Grèce. Où était la CEDH à ces moments-là ? Il est plus facile de dénoncer le gouvernement réactionnaire d’Orban que d’assumer sa propre réaction.

Il faut également ajouter que l’Union Européenne a donné 24 millions d’euros au gouvernement hongrois afin de « mieux gérer » l’asile et l’intégration des migrants. Ce gouvernement utilise en effet cet argent pour mieux gérer le problème. Il arme des gardes-frontières ou plutôt des milices afin de surveiller leurs frontières, et va mettre très prochainement une deuxième ligne de barbelés à sa frontière avec la Serbie. Bruxelles avait également donné 3 milliards à la Turquie pour stopper les flux migratoires. Ankara s’en sert pour combattre les kurdes et museler l’opposition.

Marta Pardavi, coprésidente de l’ONG Comité Helsinki déclare à propos de la condamnation de Budapest par la CEDH que « c’est un jugement qui fera date et qui tombe à point nommé. La CEDH rappelle de manière limpide que chaque dossier de demandeur d’asile doit être étudié de manière individuelle et que des requérants sont privés de leurs droits dans les zones de transit installées il y a dix-huit mois. ».

Combien de migrants sont enfermés en France ou dans les autres pays européens sans connaître leurs droits ? Combien sont renvoyés dans des pays en guerre ?
Rappelons que cette crise migratoire est due aux interventions des Etats-Unis, de la Russie et des pays européens dont la France, au Proche et Moyen Orient, comme en Irak, en Syrie. Après, les capitales occidentales refusent l’entrée sur le sol de familles qui ont tout quitté, tout perdu pour fuir la mort. Cette mort que pour beaucoup trop d’entre eux retrouvent dans les eaux de la Méditerrané. Nous ne voulons pas d’un cas par cas qui choisit entre le « bon » migrant et le « mauvais » ce que nous voulons, c’est l’ouverture des frontières, pas seulement en Hongrie mais partout dans le monde, la liberté de circulation et d’installation de tous et toutes et l’arrêt des interventions militaires et des politiques impérialistes !




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