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Débats

Débat pour le Congrès du NPA

Congrès du NPA. La Plateforme U et le Bloco de Esquerda portugais : jusqu’où va « l’unité » ?

Abordant le Congrès du NPA d'un point de vue internationaliste, nous essayons par cette contribution de comprendre en quoi l'expérience du Bloco au Portugal peut éclairer le projet de la plateforme à vocation majoritaire, la pfU, à travers l'analyse de la politique de son courant international, le Secrétariat Unifié.

Dans le cadre de ce IV° Congrès, la plateforme PU vante sa démarche de rassemblement à vocation majoritaire, qu’elle présente comme la réponse aux difficultés du NPA. Cette plateforme, très hétérogène, se définit néanmoins par l’appartenance commune de ses différents animateurs à la majorité de la IV° Internationale – Secrétariat Unifié. Quelques jours après le Congrès du NPA, ces mêmes camarades, lors du Congrès du SU, soutiendront un texte commun avec les directions de la plupart des sections, dont celle du Portugal, ainsi qu’avec les membres de l’ex-GA ayant rejoint la France Insoumise.

Notre perspective internationaliste implique une cohérence entre les positions politiques défendues dans les différents pays. Il nous a donc semblé utile d’apporter à la discussion des éléments sur la politique concrète menée par les partenaires portugais des camarades de la PU.

Ces derniers militent au sein du Bloco de Esquerda (BE), un parti de la gauche portugaise né en 1999 de l’alliance de diverses gauches et du Parti Socialiste Révolutionnaire, ancienne section portugaise du SU. Dès sa création il s’assume comme un « front anti-libéral » qui participe aux élections avec un programme minimum et cherche à regrouper à sa base différents militants féministes, antiracistes, écolos etc. en assumant de façon de plus en plus ouverte une stratégie réformiste.

Mais une ligne rouge a été franchie par le BE depuis les législatives de 2015 lorsque celui-ci et le PCP ont accepté de faire alliance avec le PS pour lui permettre de gouverner (aucun parti n’ayant obtenu la majorité). C’est ce qu’on appelle la « Geringonça » ; un gouvernement PS supporté par les partis à sa gauche. Il est flagrant que cela a permis le sauvetage du PS. C’est même Catarina Martins, la coordinatrice du BE qui l’affirme dans une interview à la New Left review : "Le Parti Socialiste a regardé vers le reste de l’Europe, a vu ce qu’il était arrivé au Pasok et à ses homologues, et a compris que s’il soutenait un gouvernement de droite, il serait fini. [...] nous nous trouvons désormais dans une curieuse situation, dans laquelle nous avons contribué à sauver le PS de la tentation d’une alliance avec la droite : c’est pratiquement le seul parti social-démocrate qui tient pied en Europe." Aujourd’hui le PS a pu se racheter une caution de gauche et a été le parti le plus voté aux dernières élections municipales avec 37,8% des voies.

Le résultat est un échec total. La gauche au pouvoir a été incapable en 2 ans de mener une politique favorable aux classes populaires. Seule l’augmentation du salaire minimum de 50€ a été obtenue tandis que chaque jour le coût de la vie augmente. Ce que cette alliance a permis c’est surtout une relative stabilité et l’achat de la paix sociale après une décennie d’austérité, et de mouvements contre la Troika comme en 2012.
Sur le terrain de la lutte des classes, dans le peu d’endroit où le BE est implanté syndicalement, celui-ci joue souvent un rôle de tampon de la colère sociale. Le meilleur exemple est celui de la grève chez Volkswagen Autoeuropa depuis cet été contre l’accord sur le travail obligatoire le samedi. Une usine dans laquelle a toujours régné la cogestion, modèle officiellement revendiqué par le BE lors de la grève. Ainsi Joana Mortágua, députée du Bloco saluait « la démocratie ouvrière » en revendiquant le référendum interne organisé par la direction. Pire encore, la Commission des Travailleurs de l’usine dirigée par un cadre du BE, avait approuvé l’accord avant d’être désavouée par les travailleurs qui l’ont rejeté par référendum (73%) et par la grève.

A l’heure où la PU postule à la direction du parti et propose de resserrer les liens entre le NPA et le SU, discuter sérieusement de ce genre d’expérience s’impose. D’autant que les camarades de la PU constituent en son sein une majorité commune avec des militants cautionnant ou ayant fait le choix conscient d’une politique de collaboration de classe et de sauvegarde du social-libéralisme. Sans débattre des problèmes et contradictions des partis larges, poussées à l’extrême dans le cas portugais, la soi-disant « nouvelle-majorité » ne sera qu’un nouvel épisode dans la crise et le flou stratégique du NPA.

Nicolas (CPN 31, Comité Nord), Kenza (Comité Jeunes Bordeaux), Vincent Duse (CPN 68, Mulhouse)




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