Politique

La rencontre aura lieu mercredi

La Police reçue à l’Elysée. Hollande prêt à concéder plus de moyens répressifs à la Police ?

Publié le 24 octobre 2016

Après une semaine de manifestations, les représentants syndicaux de la Police seront reçus à l’Elysée par François Hollande. Une façon de reprendre la main, à la fois pour les organisations que pour le chef de l’Etat. Jusqu’à céder aux revendications policières, qui réclament plus de moyens répressifs et un assouplissement de la légitime défense ?

Frédéric Apoyo

Cazeneuve envoyé au front pour recueillir les doléances de la Police

Ce 24 octobre aura marqué la mise en route de l’exécutif pour calmer la grogne des policiers. En effet, Bernard Cazeneuve est entré en scène, exigeant la tenue d’une réunion de concertation dans chaque département entre les policiers manifestant et leur hiérarchie. Ainsi, préfets et directeurs départementaux de la sécurité publique ont pour tâche de recueillir les doléances des forces de répression, dont nous connaissons déjà les grandes lignes. Assouplissement de la légitime défense, afin de renforcer l’impunité policière, et hausse des moyens alloués à la répression des quartiers et des mouvements sociaux. Tout un programme qui, par ailleurs, correspond tout à fait à la ligne politique du gouvernement, au travers du mouvement contre la loi travail et de l’état d’urgence permanent.

C’est ainsi que plusieurs réunions se sont d’ores et déjà tenues. A Toulouse, par exemple, les syndicats policiers ont été entendus ce lundi à 9h. Les policiers manifestant, pour la plupart extérieurs à ces organisations, seront quant à eux reçus ce mardi. Quelques revendications ont été avancées, telle que la fermeture des commissariats à 18h afin de renforcer les effectifs pour les patrouilles. Accentuer la militarisation de l’espace public pour renforcer la chape de plomb sur les masses populaires ... tout un programme !

Tentative de reprise en main du mouvement par les syndicats

Mais il va sans dire que les syndicats de Police ont pour l’instant que très peu d’influence sur le mouvement en cours. En effet, loin d’apparaitre comme trop radicaux (alors que les propositions de ces organisations sont en soi réactionnaires et sécuritaires), les syndicats sont largement décrédibilisés car jugés trop « mous » par les policiers mobilisés. Voici qui en dit long sur la nature même du mouvement, loin de n’exprimer qu’un « ras-le-bol », mais qui est en réalité une réaction sur la droite de la base de l’institution répressive qu’est la Police.

L’objectif de la mise en place de ces réunions est, pour l’Etat et les syndicats de policiers, de reprendre la main. En effet, il n’est pas anodin que les syndicats soient auditionnés en priorité dans les départements. Une tendance qui se confirme puisque François Hollande lui-même les recevra ce mercredi à l’Elysée. Une rencontre où devraient figurer notamment les questions de la « révision du cadre juridique d’emploi des armes » et la « mise en place de peines plancher pour les agresseurs ».

Hollande prêt à céder aux exigences sécuritaires des manifestants ? Une hypothèse crédible !

Déjà à l’agonie dans les sondages, Hollande et son gouvernement entendent refermer rapidement l’affaire « grogne des policiers ». Si, fondamentalement, les exigences des policiers entrent de plain-pied dans la ligne politique répressive de l’exécutif PS, Hollande doit d’urgence reprendre la main dans ce dossier. C’est ainsi que l’hypothèse de concessions sur un certain nombre de revendications est un scénario fort envisageable. Sous le masque d’une compréhension de la grogne et de compassion, Hollande pourrait ainsi porter un nouveau coup d’accélérateur sur les réformes sécuritaires et autoritaires, en surfant sur la dynamique droitière et réactionnaire du mouvement des policiers.

C’est dans ce cadre, celui des procès et condamnations qui pleuvent sur le mouvement social, que les violences policières quotidiennes dans les quartiers populaires seraient encore plus débridées mais que serait aussi mise la pression pour tuer dans l’œuf toutes velléités de pensées critiques sur la situation actuelle. Une situation alarmante qui met plus que jamais en lumière l’urgence de l’émergence d’un front de défense des droits démocratiques, afin de mener à bien les luttes actuelles et préparer les batailles à venir.