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La Poste. L’employé qui a sauvé sa collègue d’un AVC a été suspendu.

Publié le 8 septembre 2016

Dénouement kafkaïen pour Sébastien Carré, suspendu de ses fonctions, après avoir lancé l’alerte en janvier dernier pour sauver sa collègue postière, Emeline Broequevielle, victime d’un AVC sur son lieu de travail. À l’époque, ce délégué départemental du personnel et membre du CHSCT avait osé pointer du doigt le comportement irresponsable de la hiérarchie. Aujourd’hui, après avoir subi diverses pressions et avoir été ostracisé, il a finalement été suspendu pour le motif suivant : « harcèlement à l’encontre d’une de ses collègues ». Une manœuvre grossière destinée à écarter celui qui n’a pas voulu courber l’échine devant la direction.

Paul Carson-Saher

« J’ai sauvé une vie mais, au final, c’est moi qu’on essaie de tuer. » Telle est l’étrange moralité formulée par le délégué du personnel, nouvelle victime de la direction de La Poste à Villeneuve d’Ascq. Témoin de cette scène ahurissante, dans laquelle la hiérarchie ne voulait pas appeler les secours pour prendre en charge la jeune postière avant que celle-ci ne termine son travail, Sébastien n’avait pas eu d’autre choix au moment des faits que de réagir et prendre lui-même l’initiative à leur place. Un geste qui a sauvé la vie de sa collègue.

Coupable de non-assistance à personne en danger, la direction a commencé par mettre en doute la parole du délégué, affirmant que les secours avaient été contactés par un cadre, et non par le délégué en question. Une version contestée par la victime de l’AVC elle-même, qui avait alors précisé : « Si ma hiérarchie avait prévenu les secours à temps, je n’aurais pas toutes ces séquelles. Mais si mon collègue n’avait pas insisté pour que je sois secourue, je ne serais plus là pour vous en parler. »

À la suite de l’événement, la direction s’est attaquée frontalement à Sébastien en le suspendant pour « harcèlement à l’encontre d’une de ses collègues », soulignant que, au cours des dix dernières années, le délégué a fait l’objet de plusieurs mesures disciplinaires, sans toutefois en préciser concrètement les motifs. Un discours vigoureusement démonté par l’intéressé qui dénonce l’absurdité de ces allégations : « Je suis délégué du personnel depuis 2014, de fait je n’assure plus de fonctions à La Poste autres que mes obligations d’élus. Comment pourrais-je être indiscipliné si je ne suis pas en poste ? C’est un mensonge pour me mettre de côté. »

« On marche sur la tête »


Quant à l’accusation de harcèlement à proprement parler, la direction omet de préciser que la victime de harcèlement n’était autre que... l’une des supérieures hiérarchiques ayant justement refusé de joindre les urgences lors de l’AVC de la postière. La nature du conflit semble alors partiellement s’éclaircir.

De son côté, Sébastien Carré résume son quotidien durant cette période difficile : « J’ai voulu m’accrocher et j’ai subi de nombreuses pressions, du chantage, une convocation en conseil de discipline pour avoir "déstabilisé les encadrants"... Et même une garde à vue de 30h après une plainte de ma direction pour harcèlement. On marche sur la tête ! » Des pratiques somme toute habituelles dans la plupart des entreprises, dans lesquelles la hiérarchie n’hésite pas à actionner tous les leviers disponibles pour faire plier ceux qui voudraient se rebeller et qui - par extension – pourraient donner des « idées » de révolte, sinon d’insoumission, à tous les autres.

À propos du scénario de sa suspension, le délégué du personnel le décrit ainsi : « Le directeur d’établissement m’a reçu pour me notifier une suspension de service sans aucun motif. Mon tort : d’avoir été gênant. »
En effet, Sébastien Carré est le caillou dans la chaussure de la direction, qui se trouve momentanément mise en difficulté. La décision de suspension rentre donc tout à fait dans cette logique d’écrasement de la moindre contestation, car tout contestataire constitue un véritable danger pour la direction de La Poste, qui cherche avant tout la soumission et l’obéissance de l’ensemble de ses employés afin de poursuivre sans encombre la casse du service public.

Sébastien Carré et Emeline Broequevielle, comme beaucoup d’autres avant eux, font actuellement les frais de ces méthodes. Et comme beaucoup d’autres, face aux attaques et à la division, ils nous montrent le chemin à suivre : celui de la solidarité et de la lutte !