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Notre classe

Répression syndicale

La Poste. Toujours suspendu après avoir sauvé une collègue d’un AVC, l’employé contre-attaque

Sébastien Carré, le postier délégué départemental du personnel et membre du CHSCT suspendu de ses fonctions pour avoir sauvé la vie de sa collègue, Émeline Broequevielle, victime d'un AVC sur son lieu de travail, contre-attaque. Il lance une pétition pour sa réintégration et accuse sa direction d'acharnement en son encontre. Sadek Basnacki

Les faits remontent au 19 février 2016, à Villeneuve d’Ascq dans le Nord. Bien loin de l’univers idéale du rapport entre direction et postier décrit dans Bienvenue chez les Ch’tis, le centre de tri de la ville a vécu quelques chose d’inimaginable. La jeune factrice de 25 ans, Émeline Broequevielle fait un AVC à son poste, ses supérieurs refusent d’appeler les pompiers et lui ordonne de retourner faire son travail et qu’après seulement ils appelleront les secours. Devant cette scène terrible, seul Sébastien Carré réagit et s’en prend à ses supérieurs afin qu’ils appellent les secours, chose faites. 3 heures après la prise de service de la jeune femme qui avait subis des pressions de sa direction pour venir travailler alors qu’elle ne se sentait déjà pas bien à son levé.

Il avait ensuite osé pointer du doigt le comportement irresponsable de la hiérarchie. Il a été tout bonnement suspendu pour « harcèlement à l’encontre d’une de ses collègues ». Cela fait maintenant un an qu’il ne travaille plus, qu’il n’a quasiment plus de salaire. Il a ses mots durs mais qui raisonnent tellement dans cette période de répression des mouvements de contestations, « Ils ont essayé de me tuer aussi. »

En effet, Sébastien est militant syndicale et depuis une grève en février 2014 contre la dégradation des conditions de travail et l’augmentation drastique d’embauche de CDD, il est la cible d’attaques répétées de la part de sa direction. En septembre de la même année, il est convoqué en conseil de discipline car ils avaient fouillé son téléphone portable de La Poste et ils y avaient trouvé des mails « à caractère syndical ». « Sauf qu’il ne s’agissait que d’un mail, envoyé en [son] nom propre, et en dehors de [ses] heures de travail ». Pour ça, il écope de 15 jours de suspension avec sursis. Le Factéo, smartphone professionnel mis en place en 2013 permet d’organiser la tournée, faire signer un accusé de réception sur l’écran, flasher un colis, gérer les réexpéditions et est prévu pour les nouvelles tâches que la direction veut imposer aux facteurs comme relever des compteurs électriques, prendre des photos pour des assurances etc. SUD PTT suspectait une tentative de flicage des facteurs. Cette affaire donne raison au syndicat.

L’acharnement continue en décembre 2015. En pleine période de Noël, période très chargée pour les facteurs car « c’est la période des colis », on lui assigne une tournée qu’il ne connaît pas. C’est une chose malheureusement courante et qui ne permet pas d’effectuer le travail dans de bonne condition et dans les horaires impartis. Il doit livrer en plus de son courrier « 180 colis au lieu de 90 » avec « une camionnette sans essence... ». Il ne peut pas tout emporter dans son véhicule trop petit et laisse des colis qu’il distribuera le lendemain. C’est ce que font de nombreux facteurs débordés devant des tournées qui ne cessent de grandir avec les restructurations successives mais ce n’était pas ce que la direction avait prévu pour lui. Il est « rentré de tournée, sans avoir mangé, sans avoir bu, et à ce moment là on [l’] attendait pour [lui] remettre sa suspension. »

Après ça, Sébastien a « fait une grosse dépression », il avait « l’impression qu’ils voulaient [le] tuer ». Ce ne sont pas des mots en l’air, le taux de suicide à La Poste augmente de manière dramatique depuis le début de sa privatisation. On peut prendre le cas de cette jeune factrice de 34ans de l’Hérault qui menacée par sa direction a tenté de mettre fin à ses souffrances.

Citons Charles Griffond, facteur à Pontarlier qui s’est suicidé le 17 juillet 2016 et qui a laissé la « lettre d’un facteur désespéré » à ses pieds :

« Depuis trente-quatre ans, j’ai exercé mon métier avec l’amour de mon travail et de mes clients. Mais, depuis quelques années, La Poste a petit à petit détruit ses employés, les vrais postiers, ceux qui avaient le contact avec les gens. En ce qui me concerne, ils m’ont totalement détruit. Depuis décembre 2015, je suis en arrêt de travail et je souffre intérieurement le martyre. Personne, ni de mes collègues ou de ma hiérarchie, n’a pris de mes nouvelles. Alors bougeons avec La Poste et mourrons grâce à La Poste.
Charles Griffond, facteur à Pontarlier. »
C’est une situation dramatique et les nouveaux accords sur les conditions de travail à La Poste ne vont faire qu’accentuer cette situation.

Après sa mise à pied et son arrêt maladie, Sébastien Carré ne revient travailler qu’en Février 2016. La direction lui réclame 1h20 de travail. C’est lors de ces 1h20 qu’il est affecté au tri avec Émeline qui fera son AVC le matin même. L’histoire de Sébastien ne s’arrête pas là puisqu’après avoir demandé une deuxième enquête du CHSCT sur ce qui s’est passé avec Émeline, vu que la première n’avait pas abouti, il est convoqué par la direction. « Là on m’a dit que j’étais suspendu, que j’avais interdiction d’aller dans le centre, au motif que je "déstabilisais l’encadrement" ». Une plainte a été déposée contre lui pour harcèlement alors même que cela faisait plus d’un an qu’il n’était que très rarement présent physiquement à Villeneuve d’Ascq. Le facteur nie avoir envoyé des mails ou sms à la cadre qui aurait porté plainte, cette cadre est d’ailleurs l’une des personnes mise en cause dans l’affaire de non-assistance à personne en danger suite à l’AVC d’Émeline. Il a été arrêté par la police et a passé 30heures en garde à vue à cause de cette plainte.

Ce cas n’est malheureusement qu’un exemple un peu plus hardcore de la répression que subissent les facteurs syndiqués. Yann Le Merrer, militant à SUD PTT a été le « symbole » de cette répression entre 2014 et 2015. Après avoir pris la parole dans les locaux de La Poste en 2014 dans les Hauts-de-Seine, il est révoqué de la fonction publique, une première depuis 1951. Cette répression ne s’arrête pas à La Poste, récemment ce sont deux militants cheminots du Bourget qui ont été menacés de sanction après avoir fait respecter les règles de sécurité dans les postes d’aiguillage au triage du Bourget contre l’avis du cadre d’astreinte. Étrangement, cette affaire arrive 10 jours après la grève massive à 90 % du triage du Bourget. Une mobilisation de soutien à permis de gagner de faire lever les sanctions contre les deux militants. Aujourd’hui, Sébastien Carré lance une pétition de soutien. Le seul moyen de faire reculer la direction de La Poste c’est le soutien direct à Sébastien, c’est pourquoi nous devons partager largement cette pétition et la faire signer tout autour de nous. Toutes et tous derrière Sébastien.

Signez la pétition !




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