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Genres et Sexualités

126 000€ d'amende

La Poste condamnée pour ne pas avoir protégé une salariée de harcèlement sexuel et moral

Durant une dizaine d’années, Emmanuelle, salariée de La Poste, a été victime du harcèlement et d’agressions sexuelles de la part de l’un de ses supérieurs. Pour ne pas avoir protégé sa salariée, ou plutôt avoir couvert pendant des années l’agresseur, le conseil des Prud’hommes de Paris a condamné La Poste à une peine plus lourde que celle que la justice réserve habituellement aux coupables de violences sexuelles

Une femme active sur cinq a fait face à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa carrière. Et le comportement de la direction de La Poste tout au long de cette histoire démontre bien l’impunité auxquelles les entreprises sont habituées.

C’est dans un centre de tri de colis où seulement 4 femmes travaillent parmi 100 hommes qu’Emmanuelle a commencé à travailler pour aider sa mère, à l’âge de 16 ans

En moins de 10 ans, elle a justifié de 7 accidents du travail, de 14 arrêts de travail d’origine professionnelle, le médecin du travail a plusieurs fois préconisé un changement de poste à court terme et son médecin traitant lui avait prescrit des arrêts pour « dépression réactionnelle suite à un harcèlement professionnel, risque avéré de suicide ».

Par crainte de perdre son emploi, Emmanuelle supportera beaucoup de choses, dont deux tentatives de viol, mais en 2015 Emmanuelle craque et est mise en arrêt de travail, toujours actif à ce jour. À ce moment elle décide de parler à la fédération SUD PTT qui alerte la direction. L’entreprise qui dit traiter du « sujet du harcèlement sexuel avec la plus grande attention » a tout de suite mené une enquête disciplinaire interne et suspendu le responsable en promettant à Emmanuelle qu’il allait subir « une sanction ».

Pourtant La Poste a préféré mettre ce responsable en retraite très rapidement — la procédure a été bouclée en 2 mois alors que le délai réglementaire est de 6 mois – et ce avant la tenue du conseil de discipline… Maude Beckers, l’avocate d’Emmanuelle estime « qu’ils l’ont complètement couvert jusqu’au bout ».

La Poste ne s’est pas arrêtée là dans son déni et a aussi porté plainte contre le médecin traitant d’Emmanuelle, convoqué le 12 mars devant le conseil de l’ordre des médecins le pour avoir écrit, dans un certificat, qu’Emmanuelle avait subi un grand stress en lien avec le travail…

Pour Emmanuelle après tant d’acharnement cette victoire est plus qu’un soulagement, « La justice me reconnaît enfin en tant que victime. Ça a été trois ans où on m’a humiliée, où on m’a enlevé ma dignité ».

La décision des Prud’hommes condamne la poste à 30 000 euros des dommages et intérêts pour harcèlement sexuel ; 25 000 euros pour harcèlement moral et 10 000 euros pour non-respect de l’obligation de sécurité. L’ensemble s’élève à plus de 126 000 euros.
Le tribunal a également prononcé la résiliation judiciaire de son contrat aux torts de La Poste, (ce qui a les mêmes effets qu’un licenciement sans cause réelle et sérieuse et les indemnités qui vont avec…) ainsi à l’affichage du jugement dans tous les établissements du groupe.

En plus de cette condamnation de l’entreprise Emmanuelle espère voir condamner son agresseur. Si les tentatives de viol sont prescrites, elle a porté plainte au pénal contre son supérieur pour harcèlement sexuel. Pour autant Emmanuelle ne crie pas victoire si vite car La Poste peut encore faire appel. 

Si la décision sévère des juges a pu être facilitée par une forte documentation du dossier et des témoignages, elle a aussi été permise par l’ouverture de la parole des femmes et leur lutte pour dénoncer le harcèlement et le viol, par exemple avec la campagne #MeToo. 




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