Notre classe

Pause méridienne et premières applications de la loi travail ?

La Poste du Havre en Grève : le mouvement prend de l’ampleur

Publié le 20 septembre 2016

Maryline Dujardin

C’est le huitième jour de grève pour les employés de la distribution de la poste du Havre avec 100% des CDI en grèves ! Les raisons de la colère : une pause méridienne que veut imposer la direction et qui se résume finalement à 50 euros de moins sur les salaires mensuels. Ce projet de pause qui correspond aux premières applications de la loi travail et qui a pour vocation à être étendue au niveau national est appliquée à échelle locale et donc de façon isolée pour empêcher une grève massive nationale de ce secteur combatif.

Discussion sur le piquet avec deux représentants syndicaux CGT Sarah Baudry et Pierre Felleps

Pouvez vous me raconter les raisons de ce mouvement ?

A la base la direction essaye de mettre en place une pause méridienne (une pause de midi) les facteurs s’arrêtent le midi donc de 12:00 à 12:45 mais en fait avec cette pause on perd 50 euros de prime de collation. L’organisation de cette pause méridienne c’est pour l’ensemble du pays, il y a déjà eu des luttes sur le Nord, dans le Calvados, en Ardèche mais les réorganisations ne se font jamais au même moment pour éviter les gros conflits. En fait ici c’est un bureau test. Du côté de Caen ils ont essayé d’appliquer ça mais sur plusieurs bureaux en même temps et ça a fait un gros conflit du coup. Maintenant ils essayent d’appliquer ça bureau par bureau pour éviter qu’il y ait des gros rassemblements et que ça leur cause des soucis. Leur devise c’est diviser pour mieux régner ! C’est pour ça qu’avec l‘intersyndicale (CGT, SUD, FO) on a décidé de déposer un préavis pour l’ensemble de la plaque du Havre, pour l’ensemble des bureaux, parce que la directrice a annoncé que c’est l’ensemble des bureaux de la plaque du Havre qui seront touchés dans les deux ans. En plus de cela le tri va disparaître, parce que les machines de tri vont s’en aller sur Rouen et maintenant le tri se fera seulement à Rouen donc il y a 6 personnes au tri ici dont les emplois sont menacés, qu’il faut « recaser » sur d’autres boulots, surtout qu’il y a des inaptes aussi, des gens qui sont en inaptitude à cause de la charge de travail qui s’alourdit. Les gens du tri reçoivent des propositions ridicules de reclassement dans l’Orne ou ailleurs.

Il faut savoir que les employés sont surchargés, ils sont épuisés, et de plus en plus de collègues sont déclarés inaptes. On a un copain à Rouen qui vient d’être sauvé d’un licenciement pour inaptitude, il était épuisé parce que à 20 ans tu vas apprendre le métier de facteur, tu tiens le choc mais à 50/55 ans ça devient vraiment difficile de faire ce métier et comme maintenant l’âge légal de départ c’est 62 ans…. En plus de cela, les tournées sont réorganisées tous les deux ans, c’est sans fin, alors niveau psychologique et physique c’est difficile, des postiers font des burn-out , il y a des suicides, des gens qui n’en peuvent plus, parce que les managers mettent la pression.

Des cadres viennent de Dieppe, Rouen, Evreux appelés par la direction pour nous remplacer : ils sont épuisés, ils sont rincés, aujourd’hui ils sont partis avec des pneus crevés, sous gonflés, sans casque, on voit qu’ils n’ont pas l’habitude.

C’est la loi travail qu’ils sont en train d’appliquer, ça y ‘est ! Pour eux elle est passée ! Le MEDEF pense qu’il a gagné, parce que c’est la loi travail qui permet le morcellement du temps de travail comme ils essayent de nous l’imposer.

Durant notre discussion les travailleurs décrivent des conditions de travail difficiles, de surcharge de travail, de harcèlement qui pousse moralement à bout. La Poste s’inscrit dans la longue lignée des boîtes où chiffre et compétitivité riment avec mépris des salariés. Les conditions sont tellement difficiles que dans ce secteur aussi on entend parler de suicide liés aux conditions de travail. Les travailleurs relèvent la tête ces derniers jours en luttant contre cette pause méridienne qu’on veut leur imposer. Face à cette tentative d’application isolée, des travailleurs de différents secteurs viennent apporter leurs soutiens sur le piquet : mardi notamment, ils ont été rejoints par les employés de chez Sidel. La solidarité est le mot d’ordre ainsi que la lutte contre la loi travail. Malgré ce huitième jour de grève la direction refuse jusqu’alors toute discussion. Et pourtant le mouvement grandit de jour en jour. Affaire à suivre !