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Société

Répression

La RATP sort un nouveau mobilier anti-SDF

Des rochers, des pics, des cactus, des accoudoirs, des bancs penchés, des plots, des sifflements, des grillages, des répulsifs, des lois et autres ingéniosités sont testés depuis longtemps pour que les pauvres ou ceux qui traîneraient trop partent loin des villes : « Circulez y a rien à voir ». Pourtant, le collectif Les morts de la rue a dénombré 501 personnes décédées pour cette année. Alors, à quelques jours de la fin de la trêve hivernale, la nouvelle installation de la RATP a révolté beaucoup de monde.

Cacher cette misère que je ne saurais voir

Dans le métro, les bancs qui sont installés sont depuis longtemps impraticables à qui veut s’allonger, voire ne proposent pas d’assises acceptables aux « personnes prioritaires » (personnes âgées, etc.) telles quelles sont mentionnées par la même RATP.
Et cette fois-ci, c’est sur le rebord même qu’un drôle de dispositif a fait son installation. Le quai de la ligne 5, à la station Stalingrad (Paris 10e), accueille donc « des nouvelles assises qui offrent une possibilité de s’asseoir à tous les voyageurs et facilitent le nettoyage », selon la RATP. Des « nouvelles assises » qui ne dupent personne : il s’agit encore d’un dispositif contre les pauvres.

Et si pour la RATP ce n’est pas un dispositif anti-SDF, celle-ci se défend tout de même de la façon la plus fourbe possible : « Par ailleurs, il est démontré par les équipes de terrain que l’installation prolongée dans le métro entraîne une désocialisation rapide et un risque accru d’accident pour la personne concernée.  ». Elle poursuit : « Le métro ne dispose pas de moyens d’accueil ni d’installations d’hygiène  ».

Ainsi, les SDF sont priés de se battre pour trouver un hébergement d’urgence où les conditions d’accueil sont généralement très brutales, où de trouver un endroit sans architecture repoussoir, ce qui est de plus en plus compliqué.
Si le métro n’est certes pas un endroit adapté, ceux qui sont proposés aux SDF – quand ils sont libres – ne le sont guère plus.

Stigmatisation et répression des SDF

En plus du nombre réduit de places (par exemple, la RATP possède son centre d’accueil à Nanterre mais celui-ci ne peut accueillir que 20 personnes), ces centres sont en proie à la recrudescence de la stigmatisation, de la répression et des violences exercées à l’encontre des personnes qui se retrouvent à la rue.
On se souviendra par exemple qu’il a tout juste un an, la création d’un centre d’accueil pour SDF dans le 16e avait provoqué une fureur folle chez ses habitants bourgeois. Après avoir été incendié deux fois, il a finalement été ouvert en novembre dans un contexte tendu, un contexte qui n’aide certainement pas à la socialisation des SDF…
Et plus récemment, en février, un autre cas médiatisé, celui de Luc, 46 ans, qui avait subit dans les Hauts-de-Seine un arrêté interdisant de fouiller les poubelles et écopé de 33 euros d’amende

Une situation à renverser

Dans deux jours, c’est la fin de la trêve hivernale et les expulsions (qui ne s’étaient pas non plus totalement arrêtées, comme lors de la destruction du bidonville de Pierrefittevont reprendre de plus belle. Le DAL (Droit au logement) et d’autres organisations appellent à des mobilisations dans plusieurs villes les jours prochains.

Selon la Fondation Abbé Pierre, il y a 3,8 millions de mal logés en France.
Près de 900 000 personnes privées de logement personnel, et parmi elles, 141 500 sont sans domicile et 85 000 vivent dans des habitations de fortune.

Pourtant, il existe en France 2,6 millions de logements vacants. Pourquoi en France on aurait l’argent pour une ligne Lyon-Turin mais pas pour rénover les logements ? Pourquoi des milliers de logements sont laissés vacants ?
La solution ne consiste pas à repousser les pauvres toujours plus loin mais à exiger un logement pour tous et toutes.




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