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Politique

Selon la CGT Cheminots

La SNCF et l’État vont-ils chercher à réquisitionner des cheminots en faisant appel aux gendarmes ?

L’information a été révélée par Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots : la direction de la SNCF pourrait chercher à réquisitionner des cheminots pour briser la grève, quitte à faire appel aux gendarmes pour forcer les récalcitrant à retourner au boulot !

« La direction étudierait la possibilité d’effectuer des réquisitions de cheminots, par exemple sur la ligne D du RER, quitte à aller les chercher avec les gendarmes ». La bombe a été lâchée par Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots, dans une interview publié ce 2 mars sur Le Parisien. Si elle était avérée, ce serait une attaque violente contre le droit de grève, déjà fortement limité par le service minimum instauré par Nicolas Sarkozy en 2007, et une menace de répression brandie contre les cheminots. Des velléités de répression partagées par l’État lui-même, en l’exerçant sur un autre terrain, comme en atteste la nasse policière massive de la manifestation des cheminots à Paris.

Pour l’heure, les procédures pour réquisitionner de force les cheminots restent longues et difficiles, surtout qu’elles nécessitent un certain rapport de force et peuvent notamment avoir un coût vis-à-vis de l’opinion publique. On peut rappeler plus particulièrement la tentative de réquisition pour empêcher une grève générale des cheminots… en 1920 ! Même si la situation aujourd’hui n’est pas comparable, la menace des réquisitions est révélatrice des angoisses historiques que procurent les mobilisations dures et déterminées des cheminots. Concrètement, la direction de la SNCF et l’État n’ont que deux options pour réaliser ce coup de force. D’une part, l’article L2215-1 du code général des collectivités territoriales, qui permet d’effectuer une réquisition « en cas d’urgence, lorsque l’atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publique l’exige ». D’autre part, le Code de la Défense, qui ouvre la possibilité de réquisitionner les cheminots afin de « sauvegarder l’ordre public et la continuité des services publics ». Dans les deux cas, seul un arrêté préfectoral individuel pour chaque cheminot réquisitionné est nécessaire pour passer en force.

Au sein de la classe politique, la droite donne du corps à cette menace. Ainsi, Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a interpellé publiquement le gouvernement pour l’inciter à réfléchir à cette option. Et bien évidemment, les médias dominants invisibilisent allègrement cette information.

Les réac’, à l’offensive, veulent légiférer pour créer un droit de réquisition des agents à l’image des hôpitaux

Conscient des difficultés pour remplir les conditions qui permettent de réquisitionner les cheminots de la sorte, ainsi que du coût que cela peut avoir vis-à-vis de l’opinion publique, d’autant plus après une journée du 3 avril réussie (et réprimée…), certains députés, comme le « centriste » Constructif Yves Jego, essaient de contourner le problème… en cherchant à créer des conditions plus souples pour pratiquer de telles réquisitions. Une manœuvre qui témoigne des méthodes nauséabondes des classes dominantes en temps de réchauffement du climat social, prêtes à toutes les bassesses discrètes pour tuer la contestation. Une attaque en douce, car les sondages – même ceux des médias dominants qui véhiculent un flot ininterrompu de « cheminots bashing » à longueur d’antenne – démontrent qu’aujourd’hui, l’opinion publique est partagée à 50 % pour et 50 % contre la grève des cheminots.

Une option risquée pour les classes dominantes, et qui pourrait mettre le feu aux poudres

De telles méthodes autoritaires ne constituent pourtant pas une option qui convainc largement les classes dominantes. Non pas par « humanisme » ou au nom d’un quelconque attachement aux « droits démocratiques », mais bel et bien parce que le tout répressif pourrait être l’étincelle mettant le feu à un véritable brasier social. En ce sens, les vagues successives de solidarité qui ont suivi le coup d’État que représentait la mise sous tutelle du rectorat de l’Université du Mirail, accompagnée de la menace d’intervention des CRS sur le campus, mais aussi le matraquage en règle d’étudiants par ces mêmes CRS dans plusieurs universités partout dans le pays et les attaques fascistes à Montpellier, Lille, Strasbourg et Paris, posent le problème, pour les classes dominantes, d’un possible retournement de l’opinion publique en faveur des cheminots. De plus, la tendance à la hausse de la mobilisation dans les universités suite à ces épisodes répressifs de natures diverses laisse planer le spectre d’une mobilisation qui s’amplifie autour, entre autres, de la question de la répression, avec un lien de convergence renforcé entre étudiants et travailleurs.




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