Politique

Face au chantage à la fiche de paie

La caisse de grève : un outil crucial pour tenir

Publié le 26 mai 2016

Après deux mois et demi, le mouvement contre la Loi Travail a pris indéniablement une nouvelle ampleur avec l’entrée en scène, ces dix derniers jours, du mouvement ouvrier et de ses méthodes de grèves et piquets. La victoire redevient un horizon palpable mais qui dépend néanmoins de la capacité de ces grèves à s’élargir et tenir. Le gouvernement et le patronat en sont conscients et entendent utiliser la menace des retraits sur salaire pour étouffer le mouvement. Pour emporter ce bras de fer une question devient cruciale : celle des moyens matériels de la résistance qui se concrétise entre autres dans la mise en place de caisses de grève.

Daniela Cobet

Pour que la peur change définitivement de camp

Raffineurs, dockers, travailleurs de l’énergie, cheminots, postiers, ouvriers de l’automobile, des chantiers navals, des employés des banques et du commerce : les secteurs en grève se multiplient. La force des exploités apparaît au beau jour avec leur capacité à bloquer des secteurs économiques stratégiques et faire que, brusquement, la peur change à nouveau de camp. L’inquiétude qui s’empare des hautes sphères du gouvernement est palpable, des messages contradictoires sont envoyés, on parle à nouveau de « dialogue », de « modifications ».

Le gouvernement espère en même temps que les grèves en cours, et surtout les grèves reconductibles, ne tiendront pas longtemps et surtout ne s’étendront pas à des nouveaux secteurs. On agite déjà la question des pertes de salaire, notamment concernant les raffineurs, comme une menace, un chantage sur l’existence même des travailleurs, leur capacité à se nourrir et à nourrir leur famille. Il s’agit d’un problème fondamental et aucune grève ne peut durer sans y apporter une réponse.

Organiser la solidarité

Celle-ci ne peut venir que de la solidarité de tous ceux qui s’opposent à la Loi travail et souhaitent la voir retirée, même si, comme le rappellent les raffineurs, le meilleur soutien est de se mettre soi-même en grève. Mettre en place des caisses de grève c’est donc organiser la solidarité au service de la lutte. Et lorsque les travailleurs en grève se donnent les moyens de tenir longtemps face à la pression des pertes de salaire, cela joue sur le rapport de forces avec le patronat et le gouvernement et augmente ainsi les possibilités de gagner.

Malheureusement le mouvement syndical a en partie renoncé à ce très vieil outil, et ne met pas systématiquement en place des caisses de grève comme ont pu faire par contre et avec succès les raffineurs en 2010 ou les ouvriers de PSA Aulnay en 2013. Actuellement, quelques initiatives en ce sens commencent à être prises, comme celle lancée par la fédération CGT Info’com au profit des travailleurs des secteurs stratégiques, mais aussi chez les cheminots ou les postiers.

Pour une caisse nationale de grève

Cependant, s’agissant d’une question qui concerne l’ensemble du mouvement à une échelle nationale, c’est à ce niveau qu’elle mérite d’être posé. La mise en place d’une caisse nationale de grève permettrait de concentrer les efforts et de répondre aux besoins de chaque secteur en grève, y compris là où les salaires sont très bas.

A certaines occasions, comme en 2010 pour ce qui est de la CFDT, les confédérations ont pu rembourser en partie les pertes de salaires de leurs adhérents, mais il est évident que cela reste totalement insuffisant si l’on prétend mobiliser massivement les travailleurs, dont l’immense majorité n’est pas syndiquée. La question de la caisse de grève reste donc incontournable et c’est dans les caisses de grève profitant à l’ensemble des grévistes que les organisations syndicales doivent verser leurs apports.

Un niveau supérieur d’organisation de la lutte

La mise en place d’une caisse nationale de grève exige néanmoins un niveau supérieur de structuration et d’organisation du mouvement dans son ensemble. Si les Nuits debout ont pu être à un moment donné un lieu de convergence entre des secteurs en lutte, leur reflux actuel rentre en contradiction avec les nécessités nouvelles qui émergent au sein du mouvement.

C’est donc certainement dans la reprise de la méthode des Assemblées Générales Interprofessionnelles par les travailleurs du Havre qui se trouve la meilleure piste sur ce terrain. Si des organismes de ce type, ainsi que des comités de grève, se multipliaient dans tout le pays et se coordonnaient entre eux au travers d’un Comité National de Grève, ce serait un énorme saut vers la généralisation de la grève qui peut permettre de gagner contre la Loi El Khomri et son monde.

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