Notre classe

Trois condamnations, deux relaxes et un euro symbolique !

La « chemise arrachée » : le verdict est tombé

Publié le 30 novembre 2016

Ce matin, les quinze salariés de la compagnie aérienne Air France étaient jugés pour « violences » et « dégradations » dans l’affaire de la « chemise arrachée ». Le verdict : trois condamnations à de la prison avec sursis - de deux à quatre mois, deux relaxes et un euro symbolique. Les autres prévenus sont condamnés à 500 euros d’amendes pour dégradations volontaires.

L’affaire de la « chemise arrachée » aura fait couler bien de l’encre depuis le 5 octobre 2015. Une encre souvent nauséabonde relayant les propos d’un Valls ou d’une justice accusant les syndicalistes en lutte contre le plan de restructuration de leur direction de « voyous », qualifiant leurs méthodes de luttes « d’opération de casseurs ». Le 5 octobre dernier, alors que des centaines de salariés manifestaient au siège d’Air France, sur le site de l’aéroport francilien de Roissy, Xavier Broseta, le DRH d’Air France à l’époque, et Pierre Plissonnier, le responsable du long-courrier, avaient dû fuir sous les huées. Des images avaient alors rapidement tournés montrant les deux directeurs, bousculés, hués et contraints d’escalader torse nu une grille. Cinq salariés, aujourd’hui au chômage comme tant d’autres, étaient alors accusés de « prise d’otage », de violences, d’avoir conduit à cette situation « irresponsable », « scandaleuse ». Mais où est le scandale ? Où est la violence ? Nous n’avons cessé depuis de parler de la vraie violence, celle des patrons, celles des licenciements, celle du chômage et de la répression qui s’abat durement sur les syndicalistes. Une année 2016 qui se termine et 2017 qui s’ouvre avec une liste de procès longue comme le bras.

Ce procès, comme ne cesse de le rappeler les avocats, est devenu une affaire politique dans un pays aux bords de la crise sociale. Une affaire qui a révélé, illustré en images, la fin du « dialogue social » défendu au début du quinquennat Hollande. Des « voyous », des « irresponsables », des « feignants », tels est le portrait des syndicalistes, brossé par des politiciens de droite comme de « gauche » et repris dans les médias. Des procès intentés en justices, des propos injurieux, une médiatisation outrancière, des menaces de peines lourdes, des licenciements, tels sont les moyens de la bourgeoisie pour criminaliser les syndicalistes, les ouvriers et les mouvements sociaux.

A la fin de septembre, le procureur de la 14e chambre du tribunal correctionnel de Bobigny avait requis de deux à quatre mois de prison avec sursis contre cinq salariés et une amende de 1 000 euros contre les dix autres. Aujourd’hui, le délibéré ressemble à une relative victoire du côté d’Air France qui se dit « satisfait du délibéré ». Pour les prévenus qui réclamaient la « relaxe totale et pour tous les salariés », le jugement est « scandaleux » et parlent d’un « faux jugement équilibré ».

« Scandaleux » parce qu’ils sont bel et bien condamnés. Condamnés pour avoir voulu défendre leur emploi, leur vie de famille. Condamnés pour avoir lutté contre un système qui les exploite, les précarise. L’avocat a annoncé avoir conseillé à ses clients de faire appel.

Nous ne pouvons pas laisser passer ces condamnations sans répondre, sans les dénoncer vivement d’autant plus dans un contexte où les plans de ceux qui gouvernent sont d’aller vers un passage en force, à l’aide des outils « démocratiques » qui sont à leur disposition et de la répression, de réformes et de lois néolibérales contre lesquelles nous devrons lutter, tous ensemble.