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Monde

Crise politique au Venezuela

La classe ouvrière vénézuélienne entre le marteau et l’enclume

Mercredi dernier, le pouvoir chaviste et l’opposition puchiste de droite ont encore une fois mesuré leurs forces à Caracas et dans d’autres villes du pays, chacun s’accusant de tentative de coup d’Etat, alors que le pays traverse une crise politique profonde.

Malgré le recul du président Maduro qui avait fait lever l’immunité parlementaire à l’encontre de l’opposition et s’était octroyé les pouvoirs du Parlement, concentrant ainsi tous les pouvoirs grâce au tribunal de justice aux mains du Chavisme ; l’opposition n’a pas renoncé à organiser de nouvelles manifestations pour pousser Maduro vers la sortie en réclamant l’organisation d’élections générales.

L’opposition de droite appelait ainsi mercredi dernier à la « mère de toutes les manifestations », qui bien qu’elle fût massive, n’a pas réussi à dépasser en nombre celle du 1er septembre de l’année dernière organisée pour exiger un référendum révocatoire contre le gouvernement. De son côté, le pouvoir chaviste n’est pas resté en retrait en appelant à une « marche pour la paix », elle aussi massive mais loin du niveau des fameuses « marées rouges » menées par Maduro.

Cette fois-ci trois personnes ont été tuées, dont deux jeunes par des tirs provenant de groupes armés par le gouvernement selon l’opposition ; ce qui monte à huit le nombre de morts durant la vague de manifestations anti-Maduro. A Caracas, la famille de l’une des victimes affirme qu’elle ne participait pas aux manifestations, tandis que dans l’Etat de Táchira la version de la famille d’une autre victime, qui affirme sa participation aux manifestations est remise en cause par l’agence d’information EFE. La troisième victime est un militaire de la Garde Nationale, qui selon le médiateur Tarek William Saab a été ciblé par un tireur d’élite au milieu d’une manifestation à San Antonio de los Altos (Miranda).

Le gouvernement se montre insensible à la mort des deux jeunes et se défend face aux accusations de l’opposition en affirmant que ces derniers ne seraient pas des victimes de la répression menée par des organes d’Etat mais de groupes illégaux liés au Chavisme.

Face à cette situation, nous défendons catégoriquement le droit de manifester et condamnons la violente répression que poursuit le gouvernement de Maduro, ainsi que les assassinats dans les manifestations qui sont directement le fait de la force répressive ou de groupes chavistes organisés. Ce sont ces mêmes protagonistes qui avaient réprimé encore plus durement les travailleurs et le peuple venu protester pour ses propres revendications, cette fois-ci avec l’aval de l’opposition. Nous ne doutons d’ailleurs pas que cette opposition fera usage de la même escalade répressive si elle était amenée à gouverner, avec plus de force même quand il s’agira de manifestations de travailleurs et des secteurs populaires. Elle l’a démontré lors du coup d’Etat de 2002, quand durant les quelques heures où elle a gouverné, elle s’est empressée de dissoudre l’Assemblée Nationale et a exercé la répression et la persécution politique.

Maduro parle de dialogue et d’élections tandis que l’opposition appelle à de nouvelles manifestations

Dans son discours depuis l’emblématique Avenue Bolivar, Maduro a appelé une nouvelle fois au dialogue national et à la paix en s’adressant aux secteurs de l’opposition. En octobre dernier, un processus de dialogue s’était pourtant enclenché pendant un peu plus d’un mois jusqu’à ce que les deux camps s’accusent mutuellement de n’avoir pas respecté les accords. Maduro a aussi réaffirmé sa volonté d’avancer les élections régionales, après les avoir lui-même reporté en décembre dernier pour éviter de les perdre.

Il est évident que Maduro, évoquant les élections régionales et le « dialogue national », cherche ainsi un moyen de faire retomber la pression. Mais l’opposition de son côté n’exige plus seulement la tenue des élections régionales mais réclame l’organisation d’élections générales ; Capriles, le principal rival politique de Maduro, a par ailleurs appelé à une nouvelle journée de manifestations ce jeudi dans tout le pays.

La droite se montre en effet à l’offensive de pair avec la vague droitière s’abattant sur le continent et l’Organisation des États américains (OEA) – un organe de tous les pays d’Amérique trusté par les Etats-Unis. Ce n’est pas par hasard si le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, a déclaré ce mercredi « Oui nous sommes préoccupés par la situation, nous la suivons de près et travaillons en collaboration avec d’autres interlocuteurs, particulièrement via l’OEA, pour leur communiquer ces préoccupations. », « Nous sommes préoccupés car le gouvernement de Maduro viole sa propre constitution et ne permet pas que les voix de l’opposition soient entendues ». Le représentant des Etats-Unis de l’OEA, Kevin Sullivan, a de son côté, rejeté les accusations « infondées » du gouvernement qui dénonçait un « coup d’Etat fomenté par les Etats-Unis ».

Maduro, quant à lui, s’appuie toujours plus sur les forces armées, renforçant ainsi le caractère bonapartiste du régime. Ce fut déjà le cas lundi dernier où il chercha à faire une démonstration de force en s’affichant aux côtés du Haut Commandement des Forces Armées, qui lui déclarèrent allégeance dans le contexte de crise actuelle, et ce mardi où il décréta le « Plan Zamora » renforçant la présence policière et militaire dans le but d’assurer le maintien de « l’ordre intérieur ». Une étape de plus dans la surenchère répressive de l’Etat qui incorpore peu à peu les différents organes des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB), dans le contexte d’une militarisation accrue d’un pays qui vit sous un Etat d’exception permanent.

Une situation très instable qui ne peut perdurer

La crise politique pourrait encore s’aggraver au point où la situation s’apparenterait à un « match nul » ou aucun des camps ne réussirait à s’imposer. Si bien que la situation ne peut pas durer, avec les Forces Armées occupant un rôle central dans le rapport de force de chaque compromis politique.

C’est pour ça qu’il est important d’alerter le peuple travailleur sur le danger que représente la place grandissante des militaires, qu’ils soutiennent Maduro, qu’ils appellent à la « transition » en s’alliant avec l’opposition de droite, l’impérialisme, ou des médiateurs comme le Vatican ; ou bien qu’ils trouvent une porte de sortie par leurs propres moyens.

Dans cette situation, aussi bien depuis le gouvernement que depuis l’opposition, ils continueront de déplacer leurs forces en appelant à des manifestations en fonction de leurs intérêts et non de ceux du peuple. Nous continuons de défendre le fait que les travailleurs et le peuple n’ont rien à gagner derrière l’un ou l’autre camp, et qu’ils doivent lutter pour une politique indépendante en fonction de leurs revendications principales.

Comme le propose la LTS (La Ligue des Travailleurs pour le Socialisme), une organisation trotskiste qui a lancé le quotidien La Izquierdo Diario, dans cette situation de crise il faut « une Assemblée constituante libre et souveraine où la majorité de la population, composée par les travailleurs et les secteurs populaires, déciderait de comment gérer les grands problèmes structurels du pays, tels que la nationalisation du pétrole sous contrôle ouvrier, contre les plans de privatisation et la lutte contre l’ingérence impérialiste ».




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