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La déclaration Balfour : une dépossession symbolique ouvrant la voie à la dépossession physique

Le 2 novembre 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur Balfour, adressait une lettre à Lionel Walter Rotschild, membre éminent de la communauté juive en Grande-Bretagne et grand argentier du mouvement sioniste.

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Par cette lettre, Balfour apportait le soutien officiel du gouvernement au projet d’établissement d’un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine, alors sous administration ottomane : « Le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, soit aux droits et au statut politiques dont les Juifs disposent dans tout autre pays. Je vous serais obligé de porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste. »

Un siècle de dépossession

Cette promesse, connue sous le nom de « déclaration Balfour », est un moment clé de l’histoire de la Palestine, puisque pour la première fois le gouvernement d’une grande puissance s’engageait à appuyer le mouvement sioniste, alors ultra-minoritaire dans les communautés juives. La déclaration Balfour scelle l’alliance entre sionisme et impérialisme, en même temps qu’elle scelle le sort des PalestinienNEs, ils sont symboliquement dépossédés de leur terre par une puissance coloniale qui l’attribue à un mouvement dont nombre de dirigeants ne cachent pas leur intention de les en déposséder physiquement. Pour l’écrivain Arthur Koestler, avec la déclaration Balfour, « une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d’une troisième ».

Se souvenir, 100 ans plus tard, de la promesse britannique, c’est rappeler que pour les Palestiniens, la lutte contre la dépossession n’a pas commencé en 1967, après l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, ni même en 1948, au moment de la création de l’État d’Israël. Le processus de dépossession s’étale sur un siècle et, contrairement à la mythologie entretenue par le mouvement sioniste et ses alliés, la résistance palestinienne est antérieure aux premières guerres israélo-arabes, avec notamment la grande révolte de 1936, matée conjointement par les Britanniques et les milices armées sionistes.

Discriminations structurelles

La déclaration Balfour inscrit dans le langage diplomatique international le déni des droits nationaux des Palestiniens, puisque seuls sont mentionnés leurs droits « civils et religieux », et qu’ils sont qualifiés, par un euphémisme destiné à nier leur identité, de « collectivités non juives ». Les 700 000 Arabes de Palestine (plus de 90 % de la population) sont réduits au statut de résidents sans droits politiques, ce qui valide a posteriori la thèse des dirigeants sionistes selon laquelle la Palestine serait « une terre sans peuple ». 50 ans plus tard, la dirigeante israélienne Golda Meïr déclarera, à propos des territoires occupés par Israël : « Comment pourrions-nous rendre ces territoires ? Il n’y a personne à qui les rendre. »

Se souvenir, 100 ans plus tard, de la promesse britannique, c’est ainsi comprendre que l’oppression et les discriminations coloniales subies par les Palestiniens ne sont pas un accident de parcours, mais le produit d’une longue histoire. La résistance palestinienne à ce processus de longue durée n’a jamais cessé, même si l’on doit reconnaître que le mouvement national traverse aujourd’hui une crise historique et que les Palestiniens font face à un rapport de forces considérablement dégradé. Une chose est certaine : l’apartheid israélien est un phénomène structurel, qui ne pourra être aboli que si les fondements même de l’État d’Israël et son rôle d’avant-poste de l’impérialisme occidental dans la région sont analysés, dénoncés et combattus.

Julien Salingue

À lire :

« Ma patrie n’a jamais été propriété de Balfour et il n’avait aucun droit de la transférer », par Ramzy Baroud, journaliste et écrivain palestino-étatsunien.

« Colonialisme et antisémitisme associés ont donné la promesse d’un foyer national juif en Palestine », entretien avec Michèle Sibony, de l’Union juive française pour la paix (UJFP).




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