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Politique

Les nouveaux mensonges de Monsieur Hulot

La défense de l’environnement bientôt inscrite dans la Constitution. La bonne blague !

C’est la nouvelle de la semaine. Ou presque, puisque sous la Macronie, une nouvelle en chasse une autre. Pour certains, il s’agit juste d’un hochet donné à Nicolas Hulot, joker-capital-sympathie du gouvernement pour pas qu’il démissionne. Tout le monde s’accorde, à l’exception des membres de la majorité, pour dire qu’il ne s’agit que de la poudre aux yeux : le gouvernement pourrait inscrire à l’article I de la Constitution la « protection de l’environnement ».

Comme tout le monde le sait, à commencer par l’ancien présentateur d’Ushuaia, Macron a l’écologie chevillée au corps. Il suffit de penser à sa façon à lui, toute particulière, avec laquelle il a suspendu la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la façon dont procèdent les perquisitions à Bure chez les opposants à la construction du site d’enfouissement de déchets nucléaires, les licences concédées pour l’exploration pétrolière et minière au niveau hexagonal, pour ne pas parler du reste.

Hulot, ministre de la Transition écologique, a donc précisé, jeudi, sur l’antenne de France Info, les déclarations officieuses de ces derniers jours. Il a dit souhaité voir inscrit dans l’article I de la Constitution de 1958 que « la République assure un niveau de protection de l’environnement élevé et en constante progression, notamment pour la protection de la biodiversité et l’action contre le changement climatique ». Il a même avancé un nouvel argument en soutenant que cette inscription dans le premier article, et non dans le trente-quatrième, comme cela avait été un temps envisagé, montrait une percée fulgurante des idées écologiques au sein de la Macronie.

Comme les balivernes n’engagent que ceux qui veulent bien y croire, on laissera Hulot aux siennes. La plupart des spécialistes en droit constitutionnel soutiennent, de leur côté, qu’un tel amendement n’a que très peu de valeur. Et ce d’autant plus que la Charte de l’environnement, adoptée en 2004 sous Chirac (lui aussi grand écologiste, comme chacun le sait…), intégrée à la Constitution en 2005 et inscrite au « Préambule », c’est-à-dire avant même l’article I, indique peu ou prou la même chose. Avec une certaine (non)efficacité…

En tout état de cause, les négociants en pétrole, les épiciers du diesel, les fanatiques du nucléaire, les capitalistes du gaz de schiste et le patronat, en général, celui de la grande industrie, des services concentrés et de l’agro-business, peut dormir sur ses deux oreilles. Aucun risque, fondamentalement, qu’intégré au premier article, un tel insert change quoi que ce soit à son droit absolu à polluer, à détruire l’environnement, ici, en France, ou ailleurs, là où les multinationales sont installées, ainsi que son droit à esquinter la santé des travailleurs et de la population.

Il suffit en effet de songer que l’article I de ladite Constitution, née d’un coup d’Etat en 1958, stipule également que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». « Indivisible », le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, dans les « Outre-Mer », en Méditerranée ou sur le territoire hexagonal, en sait quelque chose. « Laïque », la République l’est surtout quand on n’est pas musulman ou que l’on n’est pas assigné à la religion musulmane. Quant à la « démocratie », et surtout au « social », les cheminots et les usagers du ferroviaire public, pour ne parler que de l’actualité, savent également ce qu’il en est. Si en plus, maintenant, la République est « écologiste », il y a fort à parier que l’article I sera respecté avec zèle par Macron et son monde. Ainsi que par Nicolas Hulot, qui pourra rester dans son fauteuil, rue de Grenelle, au ministère, sans trop de cas de conscience.




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