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Jeunesse

Répression

La direction de l’ENS fait recours à la police pour réprimer ses étudiants

Samedi 2 septembre, une compagnie de CRS faisait irruption au 45 rue d’Ulm pour déloger une dizaine d’étudiants qui occupait un couloir contre la destruction de plusieurs chambres étudiantes.

La direction de l’ENS cherche à tout prix à ériger l’Ecole Normale à la hauteur des grandes universités du monde qui se font concurrence au sommet du classement de Shanghaï. Un des moyens d’atteindre ses objectifs est de se débarrasser decertainsavantage auxquels donne accès lestatut des étudiants de l’Ecole Normale, comme les chambres réservées aux étudiants admis par concours ou par dossier. C’est quecertaines prérogativesdu statutprivilégiédes normaliens commence à entrer en contradiction avec les politiques de « modernisation » de l’enseignement supérieur et de la recherche, où ily a de moins en moinsde place pour une institution aussi spécifique.

Déjà, dans les années 2000, le statut d’« étudiant » (qui ne jouissent pas du statut de fonctionnaire-stagiaire et du salaire qui va avec) avait été créé pour faire de l’ENS une « grande université » comme les autres. Puis, quelques années plus tard, l’ENS participe à la création de PSL, regroupement des universités les plus loties en moyens financiers. En 2015, nous avions découvert aussi que le salaire de Thierry Coulhon, président dePSL, s’élevait à 150 000 euros par an. Par le biais de ces mesures de « modernisation », la spécificité de l’ENS est abolie, ce qui lui permet d’entrer en concurrence plus directement avec les autres grandes écoles.

Il faut rappeler que l’ENS ne donne accès aux chambres qu’aux élèves et étudiantsayant obtenule concours ouayantété admis sur dossier.Autrement dit, il s’agit d’un privilège, par rapport à de milliers d’étudiants universitaires en France, lié à l’appartenance à l’ENS qui participe en même temps à créer une séparation entre les « normaliens » et les autres étudiants.

Cependant, dans un contexte où le gouvernement Macron est en pleine offensive pour introduire plus de sélection à l’entrée dans les universités, si à l’ENS on envoie les CRS pour déloger des étudiants qui s’opposent aux mesures de la direction, à quoi peuvent s’attendre les étudiants des autres universités ? Que feront les autorités des universités comme Paris 8, Tolbiac, Rennes ou Montpellier contre les étudiants s’opposant à telle ou telle mesure du gouvernement ou de la direction locale ?

L’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm occupe une place spécifique dans la division du travail de domination. Ellevise à formerles futurs chercheurs et des intellectuelsde la classe dominante, de la même manière que Sciences Povise à formerdes futurs politiciensau service des capitalistes.De là les particularités qui font de ces institutions des institutions élitistes et pour les élites, offrant des privilèges pour coopter mais aussi corrompre les étudiants et futurs intellectuels et chercheurs dès leur plus jeune âge.

Cependant, tout cela n’a rien de mécanique et des formes de contestation à l’ordre établi et de solidarité peuvent exister et se développer comme cela a été le cas lors de la grève de 2010-2011 du personnel de la cantine de l’ENS où la solidarité des étudiants a été centrale. Lors de la grève des ouvriers et ouvrières de PSA Aulnay, les étudiants de l’ENS ont apporté grandes sommes de soutien financier également.

Aujourd’hui, dans un contexte d’offensive réactionnaire, la répression inacceptable de la part de la direction de l’ENS contre des étudiants pourrait et devrait servir de pont entre les secteurs d’étudiants normaliens qui refusent de se faire coopter par les privilèges de cette institution élitiste et les étudiants précaires des universités qui voient leurs conditions d’étude et même d’accès aux études de plus en plus dégradées. C’est une unité fondamentale pour faire reculer les attaques du gouvernement et du patronat mais aussi pour commencer à remettre en cause le système archaïque et élitiste qui divise l’enseignement supérieur entre les « grandes écoles » privilégiées et tout le reste.




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