Jeunesse

Présidents d’université et islamophobes s’attaquent aux voies dissonantes

La fachosphère à l’offensive. Le Collectif Contre l’Islamophobie en France interdit de conférence à la Sorbonne

Publié le 20 octobre 2016

Alors que l’association Politistes Sorbonne organisait une conférence en présence de Marwan Muhammad, directeur du CCIF, afin de discuter des questions d’islamophobie et de laïcité, toute la fachosphère de la fac s’est attaquée à l’initiative, insultant les militants de l’association et adressant des menaces au rectorat et à la présidence de l’université. Face à ces « menaces » d’une minorité haineuse, la présidence a décidé d’annuler la conférence, prétextant des « problèmes de sécurité ».

George Waters

L’association de la filière de sciences politiques de l’université Paris 1, Politistes Sorbonne avait organisé une conférence avec Marwan Muhammad pour parler notamment de deux sujets assez sensibles dans la période actuelle : la laïcité et l’islamophobie. L’association, qui cherche notamment à promouvoir les débats au sein de l’université, voulait pouvoir offrir aux étudiants un cadre de dialogue où ils pourraient discuter et poser leurs questions au directeur du Collectif contre l’islamophobie en France. Le président de l’association résume l’initiative : « la laïcité est un sujet dont les hommes politiques vont beaucoup débattre durant la campagne présidentielle. Il s’agissait de se servir du cadre universitaire pour organiser un débat et que les étudiants se fasse leur propre opinion, en posant les questions qui les intéressait ». Loin d’être une tribune politique pour une personnalité que certains jugent « controversée », il s’agissait donc d’un banal débat étudiant dans un cadre politique qui l’est un peu moins.

Cependant, certains groupuscules d’extrême droite et de droite « décomplexée » ont vu l’initiative d’un mauvais œil : la Cocarde (une association dont le cheval de bataille est la réouverture de la chapelle de la Sorbonne), le Collectif Marianne (proche du FN), le Rassemblement Bleu Marine, le Front National, et plus particulièrement Marie-Caroline Le Pen ont mené une campagne islamophobe pour faire annuler le meeting. Prétextant que le CCIF, association reconnue par l’ONU, serait un cheval de Troie pour le terrorisme et le salafisme, ceux qui sont au quotidien coupables de cette islamophobie ont ainsi réussi à faire taire ceux qui la dénoncent. Par exemple, la Cocarde a accusé le CCIF « de se dissimuler derrière la rhétorique des droits de l’homme et du féminisme, en refusant de se prononcer sur les questions religieuses et de société telles que la polygamie » ; plus ouvertement réac, le Collectif Marianne a annoncer « s’opposer à la venue d’un homme qui préside une association à l’idéologie communautariste et aux objectifs islamistes ».

Alliance de circonstance, l’association d’Union des Etudiants Juifs de France s’est elle aussi opposée à la venue du CCIF, faisant un lien entre le fait que les associations HEC Israël et Essec Israël, deux associations sionistes, ont été retirées d’un forum à la Sorbonne alors que cette même université ferait de la pub de « l’islam radical » en invitant un collectif qui lutte contre les discriminations.

Il n’en fallait pas plus pour que l’université trouve le prétexte d’interdire le débat. La présidence, arguant d’un « problème de sécurité des biens et des personnes » a en effet obligé l’association Politistes à interdire la conférence. En effet, ne s’arrêtant pas à une simple campagne médiatique pour l’islamophobie, les diverses organisations citées ci-dessus ont fait pression sur le rectorat et à la présidence. Après l’interdiction d’un meeting questionnant le rôle de police à l’université d’Evry, c’est une conférence sur la laïcité et l’islamophobie qui est annulée : il s’agit encore une fois pour les défenseurs de l’idéologie dominante, de faire sortir les débats de l’université. La présidence a par ailleurs argué que suite au meeting contre les violences policières de Tolbiac et suite aux tags anti-flics dans cette même université, l’extrême droite s’était réveillée et devenait menaçante. Les fachos sont menaçants ? Laissons les passer alors ! Contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie, il est plus urgent que jamais de faire front, alors que la police manifeste maintenant tous les soirs et que les déclarations haineuses s’enchaînent dans la bouche des politiciens, de droite comme de gauche.