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Monde

Monsanto tue

La firme Monsanto reconnue coupable d’atteinte aux droits humains et d’écocide

Six mois après l'ouverture du procès, le tribunal Monsanto – juridiction fictive internationale et citoyenne – qui s'est tenu à La Haye a enfin rendu son avis « consultatif », mardi 18 avril et demande la reconnaissance de l'écocide dans le droit international.

Monsanto, géant de l’agro-business, principal fabriquant et fournisseur mondial d’OGM, de pesticides et autres produits toxiques, empoisonne la population mondiale mais aussi la nature qui nous permet de manger, boire et respirer. C’est tout écosystème qui est frappé par les produits dévastateurs de Monsanto.

Monsanto tue et il est temps de le reconnaître

 
Un collectif international de juristes, d’ONG, de mouvements citoyens et de personnalités (constitué en un comité de 24 personnes et 21 associations) a décidé de poursuivre en justice la multinationale, accusée «  de polluer l’eau, les sols ou l’air, d’accélérer l’extinction de la biodiversité et la progression de ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle l’« épidémie de maladies chroniques évitables » (cancers, maladies d’Alzheimer ou de Parkinson…) ou encore de menacer la souveraineté alimentaire des peuples, par le jeu des brevets sur les semences et de la privatisation du vivant  ». Le 16 et 18 octobre 2016, cinq magistrats professionnels (venant d’Argentine, de Belgique, du Canada, du Mexique et du Sénégal) avaient auditionné une trentaine de témoins, d’experts, de victimes malades, d’avocats, pour juger l’impact de Monsanto sur la santé et l’environnement. Les juges devaient se prononcer en particulier sur 6 questions : le respect du droit à un environnement sain, à l’alimentation, au droit à la santé, à la « liberté indispensable à la recherche scientifique », la liberté d’expression et au droit à l’accès à l’information  » et la complicité de crimes de guerres.

Monsanto avait refusé de « comparaître » accusant les membres du tribunal « juge et partie » tout en ne reconnaissant pas la réalité scientifique du tribunal. La société ajoute qu’elle continue à travailler avec les autorités et les juridictions compétentes. Autrement dit, la justice de classe qui protège les grandes entreprises de leurs crimes.

Le verdict du procès est sans appel et ne surprend personne. Monsanto est reconnu coupable d’écocide et crimes contre l’humanité. « Monsanto se livre à des pratiques qui ont de graves répercussions sur l’environnement », estiment les juges. Des activités qui affectent, selon eux, les droits des peuples autochtones et des communautés locales. Le tribunal estime également que la multinationale contrevient aux réglementations et au respect des droits fondamentaux.

Sans aller jusqu’à reconnaître la firme coupable de complicité de crime de guerre, les juges reconnaissent la commercialisation de produits toxiques présents dans le Roundup ayant causé la mort de milliers de personnes. L’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique, constituant l’« agent orange », a été rendu tristement célèbre par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam. Non contant de détruire les forêts vietnamiennes, cet agent a non seulement tué « sur le coup », mais aussi « à petit feu » les populations exposées au produit, en développant de nombreux cancers et des malformations de naissance.

Le tribunal détaille en particulier « la commercialisation agressive de semences OGM » qui altère les droits « en forçant des agriculteurs à adopter des modes de culture qui ne respectent pas les pratiques des cultures traditionnelles ». Le tribunal dénonce aussi les pratiques de Monsanto qui nuisent à la liberté de la recherche scientifique, ainsi qu’à « la liberté d’expression et au droit à l’accès à l’information  ».

En effet, appuyé par les gouvernements des pays impérialistes, Monsanto exerce depuis des décennies un puissant lobbying visant à faire taire toute remise en cause de son quasi-monopole, au détriment du système écologique et de la vie humaine. L’entreprise qui prétend aider les paysans et agriculteurs en leur proposant un meilleur avenir par l’utilisation de ses semences OGM, oublie souvent de dire que ces dernières sont à usage unique, et produisent des graines stériles. Ainsi il faut racheter les semences chaque année et nombreux sont les agriculteurs ruinés, voire poussés au suicide.

Monsanto tue avec la complaisance des instances internationale

 
Dans l’immédiat, le message du tribunal ne s’adresse pas tant aux titans du secteur phytopharmaceutique qu’aux grandes instances juridiques et pénales qui ont sans doute les yeux rivés sur cet autre tribunal à la Haye.

Le tribunal estime « que le temps est venu de proposer la création d’un nouveau concept juridique pour le crime d’écocide et de l’intégrer dans une future version amendée du statut de Rome établissant la Cour pénale internationale ». Le premier but de ce jugement est de faire reconnaître le crime d’écocide dans le droit pénal international. Pourtant, cela fait des décennies que de nombreux expert condamnent les pratiques destructrices et criminelle de la multinationale. Et pour cause, Monsanto dispose de tout l’arsenal scientifique, juridique et idéologique pour faire fleurir son business mortifère, avec la complaisance des instances internationale.

La logique productiviste, basée sur l’oppression et l’exploitation de l’homme et de la nature, et qui est dans l’ADN de la firme ne pourra s’arrêter que par une lutte d’ensemble et le renversement de tout ce système capitaliste destructeur de nos vies et de la planète. Cela passera en premier lieu par la reprise en main de l’entreprise par les travailleurs eux même, qui n’ont aucun intérêt à poursuivre les pratiques mortifères de Monsanto.

Illustration Benjamin Karis-Nix




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