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La marche des fiertés à Istanbul durement réprimée par Erdogan

Ce dimanche 25 juin la marché des fiertés était interdite pour la troisième année consécutive en Turquie, et une fois de plus elle a été réprimée violemment à Istanbul par Erdogan et son gouvernement aux allures de plus en plus autoritaires. Décidés à se faire entendre, les manifestants ont défilé quand même pour montrer que les luttes des LGBTI ne se laisseront pas museler.

Les autorités turques ont décrété samedi dernier que la marche des fiertés en Turquie n’aurait pas lieu. Une interdiction de manifester qui n’a pas été une surprise pour les militants privés de défiler pour la défense des droits des personnes LGBTI – dont certaines sont assassinées et menacées de morts en raison de leur orientation sexuelle en 2017 en Tchétchénie – depuis 2015.
Depuis trois ans, les raisons qui motivent les interdictions ne manquent jamais au gouvernement. En 2015, selon l’association des LGBTI, les autorités avaient mis en cause la coïncidence de l’événement avec le ramadan. Ceci avait justifié l’annulation de la Pride. L’année dernière, en 2016, les attentats avaient eu pour conséquence un tournant autoritaire et s’était également soldés par une interdiction de manifester. Cette année, les autorités turques ont décidé de ne pas autoriser la tenue de la marche pour « préserver l’ordre public » et la « sécurité des touristes » dans la zone concernée. L’autre explication serait qu’ils n’avaient pas reçu de demande d’autorisation formelle pour la manifestation. Les associations LGBTI turques démentent.
Malgré l’interdiction, les militants et manifestants ont décidé de maintenir la marche pour leurs droits. Une marche d’autant plus importante que les droits des personnes LGBTI sont aujourd’hui loin d’être acquis dans certains pays, menacés dans d’autres, et que l’homophobie, le sexisme et la transphobie discriminent, oppriment, tuent des centaines de milliers de personnes dans le monde. En Turquie l’homophobie est très forte, et au rang des premiers à discriminer les personnes LGBTI et les femmes, on trouve Erdogan et son gouvernement. En 2010, la ministre de la Famille et de la Femme, Aliye Selma Kavaf, avait provoqué la colère des défenseurs des droits des homosexuels en qualifiant l’homosexualité de « désordre biologique » et de « maladie » devant être soignée.

Un exemple parmi d’autres

La manifestation ce dimanche 25 juin, officiellement interdite, s’est transformée en manifestation très durement réprimée par l’État. D’après les médias sur place, les forces de répression étaient venues en masse et étaient même plus nombreuses que les manifestants eux-mêmes. Ils avaient au préalable bloqué les avenues et déployé un dispositif de plusieurs milliers de policiers. Des hélicoptères survolaient la manifestation.
 
Les manifestants sont venus quand même et ont commencé à défiler. Une manifestation qui aura été empêchée du début à la fin. Empêchée ou plutôt réprimée par tous les moyens. Grâce à un suivi à la minute près sur les réseaux sociaux, on peut voir les policiers empêcher les manifestants d’avancer, les contrôles abusifs, les intimidations en marge du rassemblement, l’utilisation de gaz lacrymogènes, des arrestations. Les provocations de la part de la police sont multiples, les journalistes sont écartés et menacés avec des chiens. Finalement, les autorités turques en viennent à tirer sur la foule avec des balles en caoutchouc pour disperser les manifestants.
 
Tout aura été fait ce dimanche pour terroriser les manifestants et les dissuader de défiler, sous les ordres d’un gouvernement qui discrimine ouvertement les personnes LGBTI et les femmes. Jusqu’au dernier moment les organisateurs ont tenu à ce que cette manifestation se tienne et ont sorti un communiqué affirmant : « nous n’avons pas peur, nous sommes là, nous ne changerons pas. Vous avez peur, vous changerez et vous vous y habituerez ». Ils sont donc plusieurs milliers à être venus manifester pour montrer qu’ils n’ont pas peur et que les luttes féministes et LGBTI sont plus actuelles que jamais. Une manifestation à Istanbul qui était soutenue par les dizaines de milliers d’autres personnes qui sont descendues dans les rues un peu partout dans le monde ce week-end.




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