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Société

Volkswagen et BMW nous enfument

La nocivité des gaz d’échappement testée sur des singes et des humains

Le scandale autour d’expériences menées pour des constructeurs automobiles, que certains appellent le « monkeygate », a déjà forcé Volkswagen à suspendre son lobbyiste en chef. Le principe ? Prouver que les moteurs diesels ne sont pas toxiques en faisant inhaler du gaz à des singes et des humains.

Crédits photo : SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

On se souvient du scandale qui avait atteint Volkswagen en 2015. Le premier constructeur automobile mondial avait développé un logiciel espion permettant de fausser les contrôles d’émissions des moteurs diesels d’au moins 11 millions de véhicules dans le monde. Une nouvelle affaire révèle que Volkswagen et d’autres géants de l’automobile n’ont décidément peur de rien pour prouver l’innocuité du diesel et s’assurer toujours plus de profits.

Un scandale révélé en deux temps

En effet, le Groupe européen de recherche sur l’environnement (EUGT), financé notamment par Volkswagen, BMW et Bosch, a utilisé des macaques et des humains comme cobayes pour tester les effets du dioxyde d’azote (NO2), un gaz produit par les moteurs diesel, hautement toxique. L’objectif de l’expérience était de contredire l’Organisation mondiale de la santé, ayant classé en 2012 le diesel comme cancérigène.

Le scandale a éclaté en deux temps. Le 25 janvier, le New York Times révélait que l’EUGT avait enfermé une dizaine de singes dans une pièce durant quatre heures en leur faisant respirer les gaz d’échappement d’une Beetle, pour « prouver que les véhicules diesel de technologie récente sont plus propres que les vieux modèles ». L’expérience a eu lieu en 2014 à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, et Volkswagen y a joué un rôle prépondérant puisque ce sont des ingénieurs de ce géant de l’automobile qui ont installé la Beetle pour l’occasion. Comble de l’ironie, le moteur de la Beetle en question – modèle qui a succédé à la célèbre coccinelle – était équipée du fameux logiciel de triche à l’origine du Dieselgate ayant fait grand bruit en 2015.

Par ailleurs, la Süddeutsche Zeitung et la Stuttgarter Zeitung ont révélé ce lundi qu’entre 2012 et 2015, ce sont 25 personnes qui ont servi de cobayes à l’EUGT, à Aix-la-Chapelle. Ce groupe de jeunes adultes était exposé trois heures par semaine à de hautes doses de dioxyde d’azote, dans une pièce de 40 m², et dont la concentration pouvait être jusqu’à trois fois supérieures à la limite d’exposition professionnelle. Le protocole voulait également qu’à chaque séance, les cobayes humains pédalent un moment sur des vélos d’appartement. L’étude, parue en 2016, n’a pas relevé d’« effets inflammatoires sur les voies respiratoires » de ces 25 personnes.

Des retombées sur Volkswagen

Si les groupes Bosch, Daimler – qui produit les Mercedes – et BMW ont nié tout lien avec ces recherches, la situation semble plus compliquée pour le groupe Volkswagen. Le responsable des relations publiques et avec les autorités de la forme, Thomas Steg, a en effet avoué dans le quotidien Bild qu’il était au courant de ces tests, tout en affirmant avoir refusé que des humains soient pris pour cobayes : « Les chercheurs américains voulaient faire leurs tests sur des volontaires humains. J’ai répondu alors que je ne pouvais autoriser cela ». Ce qui explique la décision « de mener l’étude sur des singes […] Avec le recul, cette étude n’aurait jamais dû avoir lieu, qu’il s’agisse d’hommes ou de singes. Ce qui s’est passé n’aurait jamais dû arriver, je le regrette vraiment. »

La firme a annoncé le renvoi de ce lobbyiste – qui avait autrefois été porte-parole du chancelier Gerhard Schröder – et a assuré que l’enquête interne avançait « à grande vitesse » : « Thomas Steg […] est libéré de ses responsabilités jusqu’à ce que la lumière soit faite sur les événements » déclare un communiqué.

Plusieurs personnalités politiques allemandes ont condamné ces pratiques, et cette affaire connaît aujourd’hui des échos internationaux. La Commission Européenne s’est déclarée « choquée ». Mais si les regards, comme en 2015, sont aujourd’hui rivés sur Volkswagen, ce type d’affaire est pourtant monnaie courante au sein des grandes firmes capitalistes. Dans l’industrie pharmaceutique par exemple, la course aux profits a conduit le laboratoire Alkopharma à vendre 100 000 flacons d’un anticancéreux périmé.

La chute de Volkswagen en bourse va cependant inciter la firme à mettre toujours plus nos vies en danger pour accroître à nouveau son profit, c’est le principe même du système capitaliste. On ne peut pas moraliser les grandes firmes et le patronat.




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