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Politique

On n’est pas DRH pour rien

La nouvelle ministre du Travail : une fan du burn-out et du lean management

Muriel Pénicaud, qui sera très sûrement chargée de faire passer la « loi travail XXL » promise par Macron le président, arrive au gouvernement avec un joli curriculum vitae made in MEDEF. C’est une fan des nouvelles techniques de management.

Avant d’être ministre, Muriel Pénicaud a été la DRH de Danone et l’administratrice, entre autres, de Dassault et de la SNCF. Somme toute, une patronne qui s’est mise à la tête de l’invention et de la mise en œuvre des fameuses nouvelles pratiques managériales - de celles qui font le bonheur du patronat et le malheur des salariés - pour une société que la nouvelle ministre souhaite toujours plus libéralisée.

La nouvelle ministre du Travail s’est forgée en accédant à la fois aux plus hautes fonctions de l’Etat et en se retrouvant aux manettes de plusieurs entreprises du CAC 40. Elle a commencé par travailler dans le public, d’abord comme administratrice territoriale en Lorraine, avant d’occuper des fonctions de direction régionale et nationale dans le ministère de Martine Aubry. Elle finit conseillère pour la formation auprès de la ministre de l’époque. Ses compétences obtenues dans les ministères vont être mises à profit dans les plus gros groupes français, par la méthode connue de « pantouflage » : entre 2002 et 2008, elle est directrice générale adjointe de Dassault Système, période durant laquelle l’entreprise en rachète de nombreuses autres, et son chiffre d’affaires pèse aujourd’hui 2,877 milliards d’euros pour 576,6 millions de bénéfices.

Elle va ensuite travailler comme DRH chez Danone entre 2008 et 2013, groupe qui pèse plus d’une centaine de milliers de salariés. Dans le même temps, les bénéfices de l’entreprise passent de 1,31 milliards à 1,64 milliards… avant de préparer la suppression de 900 emplois en Europe. Par ailleurs, elle est membre du conseil d’administration de la SNCF et administratrice d’Orange et d’Aéroports de Paris, trois entreprises dont on connaît le souci pour le social.

C’est en assurant ces tâches de direction et de DRH dans ces grandes entreprises que lui est venu le goût pour la casse des acquis sociaux et les méthodes managériales les plus abjectes de notre époque. Comment est-elle devenue d’un côté l’amie des patrons et de l’autre l’ennemie des salariés ?

Pour gagner le cœur des patrons, Muriel Pénicaud, alors directrice générale de Business France depuis 2015, a décidé de faire de ses principaux objectifs la réduction des « coûts du travail » et l’augmentation de « l’attractivité » du pays. Vantant ses propres compétences pour attirer des investisseurs en France, elle affirmait il y a deux mois encore « je parle le même langage qu’eux. Je parle stratégie business avant de parler France ». En effet, la ministre du travail est de celles qui aime le CICE, les investisseurs, qui aime parler « stratégie business », augmentation du profit, et « lean management ». Ce fameux jargon que seuls les employeurs et les patrons comprennent.

Qu’est-ce que le « lean management » ? Les salariés de Danone n’ont pas tardé à le découvrir à leurs dépens. Diane Grandchamp, qui suit le dossier Danone pour la CGT, explique que « c’est avec elle qu’a vraiment commencé le déploiement du “lean management” [la chasse aux temps morts] qui vise à accroître les marges au détriment de l’emploi et des conditions de travail ». Pour la DRH de Danone il faut rendre l’entreprise plus efficace et plus performante quitte à en oublier les salariés et à en laisser certains, souvent nombreux, faire des « burn out », tomber en dépression, s’épuiser.

De même, en 2013, Muriel Pénicaud devient la principale actrice de la suppression de 900 postes chez Danone, malgré un bénéfice net de 1,8 milliard d’euros l’année précédente, dont 236 en France dans le cadre d’un plan de départs volontaires. L’idée derrière ces licenciements ? « Aplatir » la chaîne de production. « Cela a eu des conséquences désastreuses sur les conditions de travail » estime toujours Diane Grandchamp.

Sa nomination a donc eu le mérite de rassurer le patronat français à qui elle a déjà prouvé ses compétences et avec lequel elle partage l’amour de l’entreprise, des techniques managériales, du libéralisme et de l’argent. Les ovations explosent de partout depuis son arrivée au gouvernement. « Son ouverture d’esprit est reconnue et sa compétence fait autorité », a applaudi mercredi le Club des entrepreneurs, qui défend les indépendants. Cette nomination « est une excellente nouvelle pour le dialogue social ! Bravo et tous mes vœux de réussite ! », a également salué Laurence Parisot, ex-patronne du Medef, sur Twitter.

Le secteur patronal a bien raison de se réjouir. La ministre du travail, main dans la main avec les milieux patronaux, va rédiger la loi travail 2 et les ordonnances de casse du Code du travail. C’est donc en toute connaissance de cause que les salariés, les travailleurs, qui ne parlent pas le même « langage » que Muriel Pénicaud, doivent dès aujourd’hui refuser tout dialogue, toute négociation, avec la nouvelle ministre du travail.




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