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Politique

Macron le « progressiste » ?

La police française refoule illégalement des migrants à la frontière italienne

Le ministre de l'intérieur italien Matteo Salvini s'en donne à cœur joie depuis quelques jours pour fustiger les irrégularités commises par la police française envers les migrants le long de la frontière des Alpes. En effet, plusieurs cas de refoulements de migrants vers l'Italie ont été constatés, constituant autant d'irrégularités sur lesquelles le ministre d'extrême-droite entend bien montrer que les accusations qui portent sur lui sont aussi valables pour son homologue français.

Photo : O Phil des Contrastes.

Macron a beau jeu de se présenter comme l’incarnation d’un camp progressiste seul à même de protéger l’Europe de la menace fasciste qui court de Orban en Hongrie jusqu’à Salvini en Italie. Sa police déploie tout un arsenal de répression sur la frontière des Alpes et s’est récemment vue accusée d’actes illégaux et non-conformes aux accords passés avec l’Italie. Matteo Salvini n’a pas hésité à sauter sur cette occasion pour mettre en difficulté son adversaire et dénoncer un « énième abus » de la part de la France. Dans la foulée, il a fustigé les « les refoulements illégaux » et déployé plusieurs patrouilles dans la zone.

Les affaires de refoulements de migrants de la France vers l’Italie sont nombreuses ces derniers temps. Le 12 octobre dernier, sur la frontière franco-italienne, d’après l’aveu de la préfète Cécile Bigot-Dekeyzer elle-même, la gendarmerie a refoulé plusieurs personnes et les a abandonnées en Italie en plein milieu de la nature. Si la préfecture plaide pour une « erreur d’inexpérience », les associations de défense des migrants et de leurs droits ont constaté sur les journées des 12 et 13 octobre derniers les « refoulements de 26 personnes (…) sans examen individuel de leur situation ni possibilité de demander l’asile » ainsi que la « non-prise en compte de la minorité de 8 personnes ». Au vu du caractère systémique de la procédure, c’est bien plutôt la grande expérience de la gendarmerie en la matière que la préfète aurait dû souligner.

Le 16 octobre de ce même mois, des témoins italiens relatent la présence de militaires français armés sur le sol italiens pratiquant des « contrôles d’identité » cachés dans la nature. Le parquet de Turin a d’ailleurs ouvert une enquête pour faire toute la lumière sur ces faits.

Castaner annonce une plus étroite « coopération » avec Salvini

C’est dans cette ambiance que le vendredi 19 octobre Matteo Salvini a publié sur les réseaux sociaux une vidéo montrant des gendarmes français déposant trois migrants du côté italien de la frontière avant de repartir. Le leader d’extrême-droite conteste la version de la Préfecture qui soutient que la procédure de non-admission était arrêtée et légale et attaque en affirmant que « la police avait ramené les migrants avant de prévenir les autorités italiennes ».

Dimanche dernier, Salvini a continué dans cette direction en invitant Christophe Castaner à le rencontrer en Italie « pour améliorer la coopération » entre les deux pays. Le ministre de l’intérieur a répondu dans les même termes à son homologues italien, plaidant l’indispensable « coopération » entre les deux polices tout en réaffirmant la nécessaire « politique ferme contre l’immigration irrégulière ». Loin de marquer le clivage censé exister entre la ligne réactionnaire de Salvini et le « progressisme » de Macron, Castaner a une fois de plus donné la preuve que la question migratoire fait consensus de l’extrême-droite à l’extrême-centre, comme on l’avait déjà vu avec le refoulement de l’Aquarius par la France et l’Italie.




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