Politique

Les grands médias au service de qui ?

La police selon Viry-Châtillon : quand les médias tentent de renverser l’accusation !

Publié le 12 octobre 2016

Attaque de policiers à Viry-Châtillon, puis des tags s’y référant en Sorbonne, la succession des faits suit un déroulé pour le moins idéal pour le gouvernement et sa police. Cette dernière et ses « syndicats » policiers ont bien compris qu’il s’agissait d’une brèche ouverte pour exiger toujours plus d’état d’urgence à Hollande à l’agonie. Pour preuve, les déclarations des syndicats policiers ont inondé la presse, tandis que les forces de polices « manifestaient » pour exiger plus de moyens pour réprimer, plus d’impunité policière et de non-lieux auprès de la justice. Résultat immédiat, des renforts supplémentaires seront déployés dans l’Essonne. En somme, l’austérité ne vaut pas pour son bras armé surtout quand il s’agit de restaurer le crédit d’une institution policière profondément remise en cause ces dernier mois. Pour cela, la classe politique, bien aidée par les médias, tente de renverser l’accusation.

Damien Bernard

« À Mâcon comme ailleurs, les policiers ont peur, admet Stéphane Oria, délégué syndical chez Unité SGP Police FO. Quand ils sortent de l’Hôtel de police, ils se retournent pour voir si personne ne les suit. En rentrant chez eux, ils ferment la porte à double tour. »

Du « sauvageon » au « criminel cagoulé ». Bernard Cazeneuve n’a pas tardé re-calibrer son discours suite à la mobilisation des policiers, et à la pression des Républicains et du FN. Dans un premier temps « mesuré » pour se délimiter de sa droite, il a radicalisé son discours face à la pression, lâché du lest tout en en gardant sous le coude. Une fois passé l’étape stigmatisation des jeunes des quartiers, il a pris appui sur les tags se référant à Viry-Châtillon pour passer à l’étape supérieure et a annoncé qu’il portera plainte à chaque fois que ce sera nécessaire, une façon pour lui de restaurer l’image de l’institution police contre la « haine anti-flic ».

Rassemblements, appel à témoin, cagnotte… c’est ce qu’on appelle leur solidarité de classe !

À Évry, Poitiers, Grenoble ou encore Toulouse, Paris, Viry-Chatillon, plusieurs centaines de policiers ont exprimé leur solidarité et leur colère après l’attaque aux cocktails Molotov de quatre de leurs collègues policiers ce mardi 11 octobre. Alternative Police CFDT, le SCSI-CFDT, Unité SGP-FO et l’Unsa avaient invité les policiers à se réunir en milieu de journée, en silence, sans banderole, ni affichage syndical, en soutien à leurs collègues. Le premier syndicat policier, Alliance, avait appelé lundi à une « grève du zèle », consistant à ne répondre qu’aux appels d’urgence. Le soutien est sans faille, appel à témoin, caisse de soutien. Une solidarité exemplaire. Face à l’adversité, ils savent se montrer soudés lorsque l’un des leurs est touché. Ils sont organisés dans des "syndicats", souvent liés à l’extrême droite, et certaines fois liées aux organisations du mouvement ouvrier : on ne le répétera jamais autant mais que font nos syndicats dans la police, et que fait la police dans nos syndicats ?

Plus d’effectifs, plus de répression judiciaire et d’impunité policière !

Si l’on peut trouver le dénominateur commun parmi les revendications des syndicats policiers, tous évoquent le même « problème » : manque de moyens qui complique leur quotidien. Une « remise à niveau des effectifs de la police national » exige notamment la CGT-Police SGAP. Les plus à droite, dont Alliance et SGP-FO dénonce « le sentiment d’impunité des délinquants » et le « laxisme de la justice ». Concrètement, Alliance exige de « modifier la législation sur la légitime défense. Aujourd’hui, quand un policier utilise son arme, il y a une présomption de bavure ». En l’occurrence, si l’on prend le programme maximal, il revient à dire que les pouvoirs étendus de la police, suite à l’état d’urgence permanent, seraient « efficace » pour combattre le terrorisme, mais ne suffisent pas pour combattre le trafic de drogue. Là encore, le discours gouvernemental et policier ne tient pas. On ne peut que se poser la question suivante. A quoi servent les moyens supplémentaires, si ce n’est accentuer la répression dans les quartiers populaires, ou écraser le mouvement social ?

Le gouvernement lâche un peu de lest… pour son bras armé !

A l’image des 650 million d’euros d’augmentation après deux manifestations, les policiers et leurs syndicats n’ont pas tardé à faire lâcher un peu de lest au gouvernement. Pour « reconquérir pas à pas » ces « territoires », le ministre de l’intérieur a annoncé des renforts pour les forces de police de l’Essonne avec 101 postes supplémentaires. Manuel Valls a lui annoncé des « films anticaillassages sur les véhicules voire de blindage » ou encore des tenues « ignifugées » et bientôt la construction d’un « commissariat de plein exercice » à Grande-Borne. Autant dire que pour le bras armé du gouvernement, prêt à casser du manifestant, ou à réprimer dans les quartiers, la mobilisation paye toujours rapidement. Pourtant, cela semble « peu » au regard de la situation. A 8 mois des présidentielles, il pourrait s’agir pour le gouvernement de ne pas donner raison à la droite et à l’extrême droite. « Reconnaître que les zones de non-droit existent, c’est quelque part reconnaître une faillite de l’Etat, personne ne veut le faire » affirme notamment le syndicat Alternative Police CFDT.

Un gouvernement en difficulté

« Quand on s’attaque à des policiers, on s’attaque tout simplement à la France », avait affirmé Valls deux jours après l’attaque des policiers. Cazeneuve a renchérit en radicalisant son discours. Pourtant, il semble que quel que soit les belles paroles de Hollande, Valls ou Cazeneuve, le discours sécuritaire et autoritaire ne semble plus avoir le ressort d’antan. Ressusciter Charlie, tel est la énième tentative du gouvernement. Après avoir instauré l’état d’urgence permanent, sur le terrain national, une première depuis la guerre d’Algérie, étendu les pouvoirs des forces de police et de la justice, jusqu’à développer une impunité policière, dont l’une des expressions les plus brutales, mais pourtant quotidiennes et structurelles dans les quartiers populaires, a été la mort d’Adama Traoré cet été, cette impunité acquise s’est illustrée plus récemment dans la radicalité des paroles, l’agression de Guillaume Vadot. Ainsi, sur fond de rupture du « peuple de gauche » avec le PS et de montée du discrédit de l’institution police, le discours du gouvernement semble être devenu inaudible.

Une belle occasion ratée pour renverser l’accusation ? Mais les médias rattrapent le coup !

Pourtant, cette attaque de policier dans le cadre d’un trafic de drogue et son instrumentalisation à des fins politiques sont une occasion rêvée pour restaurer le crédit d’une institution policière profondément remise en cause ces derniers mois, notamment après la répression policière durant la mobilisation contre la loi Travail. Une remise en cause qui s’est cristallisée par le succès du meeting contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie, et la répression à l’université Paris 1, un point d’inflexion dans la construction d’un front de lutte pour nos droits démocratiques. Mais dans l’adversité, heureusement que les classes dominantes, peuvent compter sur un allié de poids, les médias dominants. « Les policiers ont peur », « Les policiers sont à bout », un florilège d’interviews de policiers, de représentants de syndicats de policiers, de soutien des habitants, une uniformité comme rarement vue. Une manipulation de l’opinion publique en bonne et due forme pour tenter de recréer « des liens entre la population et la police », ce qui est « absolument essentiel », explique un représentant syndicale policier. En effet, il est vrai que l’institution policière et ses méthodes répressives, l’un des piliers centraux de l’Etat, en ce qu’il maintient l’ordre existant, est essentiel pour leur République, au service du grand patronat. Ainsi, tant bien que mal, bien que le gouvernement soit à l’agonie, les médias tente, sur fond de stigmatisation des jeunes des quartiers populaires et des manifestants, de redorer le blason de l’institution police en renversant l’accusation.

Un florilège de citations de policiers et de syndicats policiers.

« Les tenues ignifugées dont parle Valls ? la protection se perd au premier lavage »

« Nous n’assurons pas notre propre sécurité, comment assurer celle du citoyen ? »

« À Mâcon comme ailleurs, les policiers ont peur, admet Stéphane Oria, délégué syndical chez Unité SGP Police FO. Quand ils sortent de l’Hôtel de police, ils se retournent pour voir si personne ne les suit. En rentrant chez eux, ils ferment la porte à double tour. »

« Il y a une vraie haine anti-flics. Nous sommes des cibles du terrorisme, mais aussi des délinquants. Même lors des manifestations sociales, on observe ce phénomène. Les policiers sont malmenés, leur métier est dangereux. Il y a un malaise. Le policier voudrait être en sécurité sur la voie publique. »

« Une nouvelle fois, malheureusement nous exprimons notre colère et notre exaspération par rapport à l’hostilité vis-à-vis des forces de l’ordre. Les agressions, les violences sont quotidiennes et il y a de plus en plus de blessés. Parallèlement, nous observons une absence de réponse judiciaire efficace et dissuasive. Les voyous ont un sentiment d’impunité et se rebellent plus facilement. Nous sommes face à une montée en puissance inquiétante. »