Notre classe

La garde-à-vue pour justifier une « bavure »

La police tire sur un Malien de 76 ans et le place en garde à vue

Publié le 3 juin 2016

Le mardi 31 mai, des agents de la BRI* ont enfoncé la porte d’une famille du 20ème pour « suspicion » de trafic de stupéfiants. L’homme, 76 ans, ouvre la porte et, sans sommation, se prend une balle en dessous de l’épaule. Sa femme, affolée, l’a cru mort. Il a dû être transporté à la Salpêtrière pour subir une intervention chirurgicale, pendant que les policiers démentaient sur place la gravité de la blessure. « Les policiers prétendaient que mon père n’avait qu’une égratignure alors que lui disait qu’il avait très mal », rapporte une des filles du couple. La presse dominante n’a évidemment écrit aucune ligne sur cette tentative d’assassinat perpétrée par la police. Seule StreetPress a publié un article. Média dominants et justice à deux vitesses.

Syd B.

Mais la suite de la scène est encore plus gênante : les policiers essayent de se couvrir en recourant à l’intimidation. Alors que l’homme de 76 ans vient de partir à l’hôpital, ils notifient sa garde à vue pour « violences sur personne dépositaire de l’ordre public », tentent de retrouver la douille du projectile, soupçonnent le reste de la famille de la dissimuler, puis partent avec le tee-shirt ensanglanté au moment de l’impact. Un membre de la famille s’y oppose, considérant qu’il s’agit d’une pièce à conviction. La tentative se solde par un étranglement et une clé de bras. Cette unité dite d’élite, encouragée par les acquittements en cascade de collègues, a été sur le point de commettre un assassinat, puis a tenté de se couvrir en intimidant et en exploitant les difficultés linguistiques des cinq autres membres de la famille. Car on le sait, si la police a la réputation d’être intrinsèquement raciste, ce n’est pas seulement à cause des discussions de caserne, mais également parce que les cas de violences policières concernent très souvent un profil type, un homme des quartiers populaires, d’origine maghrébine ou nord-africaine, sur fond de politiques racistes du gouvernement.

L’occasion de s’interroger sur l’expression favorite des faits divers : la « bavure ». Il serait peut-être temps d’arrêter de parler de « bavure », alors que le terme est systématiquement employé lorsque la victime décède. La bavure, c’est ce qui dépasse, c’est un surplus involontaire. On comprend mal l’emploi d’un tel terme lorsqu’il s’agit d’un tir à bout portant sur un ancien éboueur septuagénaire, souffrant de la thyroïde et de problèmes cardiaques qui lui valent des séjours réguliers à l’hôpital. La fouille de l’appartement n’a par ailleurs rien donné.

Une plainte va être déposée auprès du Procureur de la République. La famille de la victime est convaincue que l’agent responsable sera condamné. On souhaiterait en être aussi sûrs, étant donné le niveau d’impunité qui entoure les violences policières, celle-là même qui pousse M. Macron à mépriser les salariés ou à affirmer qu’on ne tutoie pas un ministre. En réalité, c’est l’expression d’une justice à deux vitesses, d’un côté, celle qui condamne les manifestants pour avoir osé lever la tête et de l’autre, l’impunité la plus complète pour la classe politique et sa police raciste.

Les policiers sont des justiciables de droit commun, et lorsqu’on essaie de le défendre (comme le collectif urgence-notre-police-assassine), c’est Valls qui porte plainte contre « diffamation envers une administration ». Lorsqu’après un tabassage en règle, le Parquet déclare un non-lieu car il y avait une malformation cardiaque pour la dixième fois, c’est là la diffamation (Omar Slaouti du collectif « Vérité et justice pour Ali Ziri » : « A croire que lorsqu’on est immigré, on a tous un problème de valve cardiaque. C’est complètement délirant »)

*La BRI, Brigade de Recherche et d’Intervention, surnommée « l’antigang », est une unité de police judiciaire mise à disposition des directions régionales de la PJ. Il est à noter que la BRI est le seul corps d’intervention armée de la police qui cumule des fonctions judiciaires (ex : collecte de preuves) et la possibilité d’intervenir sur le terrain.